Jeanne Florentine Bourgeois, née le 3 avril 1875 à Enghien-les-Bains, grandit dans une famille modeste. Fille d’un ouvrier et d’une couturière, elle rêve dès son plus jeune âge d’échapper à sa condition pour briller sur scène. Elle deviendra Mistinguett, l’une des plus grandes icônes du music-hall français.
Mistinguett passe son enfance à Soisy-sous-Montmorency, dans un milieu populaire. Peu studieuse mais débordante d’énergie, elle préfère les rues aux bancs de l’école. Ses parents l’inscrivent à des cours de chant, de danse et de théâtre, espérant lui offrir une meilleure vie. C’est dans un train pour Paris qu’elle rencontre Saint-Marcel, un responsable de revue, qui lui ouvre les portes du Casino de Paris alors qu’elle n’a que 15 ans.
À 18 ans, elle monte pour la première fois sur scène au Casino Saint-Martin avec La Môme du Casino. Bien que moquée pour son apparence et sa voix stridente, elle persévère. Elle se fait remarquer par son humour et son audace. Son pseudonyme « Mistinguett » évolue à partir du surnom « Miss Hélyett », inspiré d’une opérette populaire, puis d’une chanson intitulée La Vertinguette. Ce nom devient sa marque de fabrique et symbolise son style unique.
Mistinguett est connue pour son caractère flamboyant et déterminé. Elle se forge une personnalité extravagante et audacieuse, assumant ses défauts physiques avec ironie. Elle cultive une image élégante et excentrique, se démarquant par sa repartie et son sens inné du spectacle. Elle déclare : « Ne pas être douée, c’est la suprême élégance. Dans la vie, je n’avais pas à être douée mais à être Mistinguett ».
Ses récitals sont des spectacles hauts en couleur où règnent fête et effervescence. Elle mêle chansons populaires, humour et chorégraphies audacieuses. Le public est captivé par son charisme unique et sa capacité à transformer chaque représentation en un moment inoubliable.
Pendant la Première Guerre mondiale, Mistinguett s’engage comme espionne pour aider à libérer Maurice Chevalier, son compagnon fait prisonnier par les Allemands. Grâce à ses relations avec des figures influentes comme le roi d’Espagne Alphonse XIII, elle réussit à obtenir sa libération en 1916. Elle agit sans rétribution et se dit fière d’avoir servi son pays.
Mistinguett conquiert les scènes internationales grâce à ses tournées en Angleterre, aux États-Unis et en Amérique du Sud dans les années 1920-1930. Elle se produit notamment au Copacabana Palace à Rio de Janeiro et participe à des spectacles qui incarnent l’image glamour de Paris. Sa gouaille parisienne séduit un public étranger fasciné par le charme français.
En parallèle de la chanson, Mistinguett mène une carrière toute aussi prolifique au cinéma et au théâtre. Elle débute au cinéma en 1908 avec L’Empreinte ou la Main rouge. Elle tourne près de 45 films muets puis parlants entre 1908 et 1955. Ses rôles variés lui permettent d’explorer des personnages comiques ou dramatiques tout en renforçant sa popularité auprès du public français.
Après une carrière exceptionnelle marquée par des triomphes internationaux, Mistinguett se retire dans sa propriété de Bougival dans les années 1950. Gravement malade, elle meurt le 5 janvier 1956 d’une congestion cérébrale. Elle repose au cimetière d’Enghien-les-Bains, sa ville natale. Jusqu’à la fin, elle reste une figure emblématique du music-hall français.