Green Boots
La dépouille d’un alpiniste anonyme repose dans une cavité rocheuse à 8 500 mètres d’altitude sur l’arête nord-est du mont Everest. Reconnaissable à ses bottes vertes fluorescentes de marque Koflach, ce corps - appelé Green Boots - sert de repère macabre aux expéditions tibétaines depuis près de vingt ans. Il symbolise les dangers extrêmes de la « zone de la mort » et marque la proximité du sommet pour les grimpeurs épuisés.
La majorité des sources identifient Green Boots comme Tsewang Paljor, un alpiniste indien de 28 ans membre de la police frontalière indo-tibétaine (ITBP). En mai 1996, lors d’une violente tempête, Paljor et deux collègues, Tsewang Samanla et Dorje Morup, meurent d’hypothermie dans cette cavité après avoir atteint le sommet. Des témoins japonais confirment avoir croisé ces grimpeurs sans gants, confirmant cette identité.
Le corps disparaît temporairement entre 2014 et 2017, peut-être enfoui sous la neige, avant de réapparaître entouré de pierres. Malgré des tentatives infructueuses pour le retirer, Green Boots demeure un jalon fixe et un rappel tragique des risques mortels de l’Everest. Son image, notamment celle de ses bottes vertes proéminentes, hante l’imaginaire des alpinistes.
« Bouillon » ?
Le bouillon de nos grands-parents et arrière-grands-parents est ce restaurant parisien animé où l'on sert une cuisine française authentique et généreuse à prix mini. Imaginez-vous attablé à une grande salle bruyante, entouré de familles, d'étudiants et de touristes qui se pressent pour déguster des classiques comme les œufs mimosa, une blanquette de veau ou un bœuf bourguignon.
Dès le milieu du XIXème siècle, les bouchers des Halles de Paris lancent l'idée : un plat unique de viande avec son bouillon chaud, rapide et abordable pour les travailleurs affamés. L'engouement est tel que des centaines de bouillons fleurissent à la Belle Époque, préfigurant la restauration rapide mais avec du vrai goût et des produits frais. Ces cantines géantes, aux tables serrées et au service express, nourrissent toute une ville en mouvement, mêlant toutes les classes sociales dans une joyeuse effervescence.
Aujourd'hui, les bouillons renaissent après un long oubli : grandes salles rétro, carte courte et irrésistible, prix défiant toute concurrence pour une qualité qui surprend. On y va pour l'ambiance de fête gastronomique, où les rires fusent entre deux bouchées, dans un lieu convivial et accessible.
« Coller aux basques » ?
Cette expression signifie qu'une personne suit quelqu'un d'autre de très près, souvent de manière insistante ou importune. Elle évoque une proximité excessive, comme si on s'accrochait physiquement à l'autre. Aujourd'hui, l'expression perdure pour décrire toute forme de suivi tenace, sans lien avec le Pays basque ou les baskets modernes. Des variantes comme « être pendu aux basques » illustrent la même idée de dépendance ou d'insistance.
Au XVIIIème siècle, les « basques » désignent les pans d'étoffe qui descendent sous la taille du pourpoint, une veste portée par les hommes aisés d'alors. Ces basques, souvent longues et flottantes, servaient de point d'accroche idéal pour les mendiants, solliciteurs ou quémandeurs qui s'y agrippaient littéralement afin d'implorer aide financière, faveurs ou charité auprès des passants fortunés. Cette pratique, observée dans les rues des villes européennes, a donné naissance à l'image persistante de l'attachement physique et moral, immortalisée dans la langue française dès cette époque.
Record de chute libre involontaire
Vesna Vulović détient le record mondial Guinness de la plus haute chute libre sans parachute, soit 10 160 mètres. Le 26 janvier 1972, alors qu'elle travaille comme hôtesse de l'air à bord d'un DC-9 de la compagnie JAT, l'avion explose en vol au-dessus de la Tchécoslovaquie, probablement à cause d'une bombe. Attachée à son siège dans la partie arrière du fuselage, elle chute et reste la seule survivante parmi les 28 personnes à bord.
La structure de l'arrière de l'avion se sépare et agit comme un bouclier lors de la descente, tandis qu'elle heurte une pente enneigée près de Srbská Kamenice qui amortit l'impact. Gravement blessée avec de multiples fractures, elle reste dans le coma pendant un mois et passe près d'un an à l'hôpital pour sa rééducation. Ce miracle physiologique défie les lois de la chute libre, puisque la vitesse terminale atteint environ 200 km/h.
Le Guinness World Records officialise ce record en 1972 et le maintient toujours, soulignant l'exploit unique de Vesna Vulović, née en 1950 et décédée en 2016. Des controverses persistent sur la cause exacte de l'explosion, entre attentat terroriste croate et erreur militaire tchèque à une altitude moindre, mais l'homologation repose sur l'altitude rapportée de 10 160 mètres.
« Taudis » ?
Le mot taudis tire son origine d’un ancien verbe « se tauder », qui signifie s’abriter sous une tente ou un abri de fortune. Il vient de l’ancien normand « tjald » ou de l’ancien scandinave « tialld », tous deux désignant une tente militaire. Au XIVe siècle, on l’emploie déjà pour parler d’un retranchement ou d’une hutte précaire lors des sièges, comme ces abris en bois que dressent les soldats pour camper.
Le sens évolue vite : au XVe siècle, taudis qualifie ces cahutes de pierre ou de bois pour les assaillants, puis vers 1545, ça devient un bouge sordide. Au XVIIe siècle, on l’utilise pour un petit logement malpropre et en ruine, une « maisonnette en meschant estat » comme le dit l’Académie française. Aujourd’hui, taudis évoque encore ces taudis urbains misérables du XIXe siècle, pleins de misère et d’insalubrité, à l’image des descriptions hugoliennes.
Le club des 27
Le club des 27 regroupe des artistes, surtout des musiciens de rock et de blues, morts à l’âge de 27 ans. L’idée est devenue célèbre avec plusieurs figures majeures décédées très jeunes, ce qui a nourri un mythe autour de cet âge. En réalité, il ne s'agit pas d'un vrai club ou d'une organisation mais d'une formule médiatique et culturelle. Ce terme renvoyant à une légende un peu morbide, certains y ont vu une « malédiction » mais des analyses ont montré qu’il n’y a pas de preuve statistique solide d’un risque particulier de mourir à 27 ans.
Principaux membres du club des 27
| Nom | Profession | Date de décès | Cause du décès |
|---|---|---|---|
| Robert Johnson | Guitariste et chanteur de blues | 16 août 1938 | Cause exacte incertaine, probablement whisky empoisonné |
| Brian Jones | Guitariste fondateur des Rolling Stones | 3 juillet 1969 | Noyade dans une piscine, dans un contexte de drogues et alcool |
| Jimi Hendrix | Guitariste et chanteur rock | 18 septembre 1970 | Asphyxie après prise de somnifères et alcool |
| Janis Joplin | Chanteuse de rock et blues | 4 octobre 1970 | Overdose d’héroïne |
| Jim Morrison | Chanteur des Doors | 3 juillet 1971 | Mort à Paris, cause officielle arrêt cardiaque, contexte alcool/drogues |
| Kurt Cobain | Chanteur, guitariste de Nirvana | 5 avril 1994 | Suicide par arme à feu |
| Amy Winehouse | Chanteuse soul / jazz / pop | 23 juillet 2011 | Intoxication alcoolique aiguë |
« Alarmant » n’est pas « Alarmiste »
Dire « la montée du niveau de la mer est alarmante parce qu’elle menace des millions de personnes selon les modèles actuels » est un énoncé descriptif fondé sur des études ; dire « la civilisation humaine s’effondrera dans dix ans si vous ne changez pas tout maintenant » est une formulation typiquement qualifiée d’alarmiste si elle repose sur une extrapolation non justifiée.
Cette distinction importe parce qu’un message qualifié d’« alarmant » peut pousser à des politiques prudentes et à des investissements préventifs, tandis qu’un discours « alarmiste » risque d’user la crédibilité des lanceurs d'alertes — et de renforcer le scepticisme ou la paralysie face au problème réel.
Bref : alerter sur un danger réel est nécessaire ; dramatiser sans fondement est contre‑productif.
Guano Islands Act de 1856
La loi fédérale américaine Guano Islands Act de 1856 autorise tout citoyen des États‑Unis à prendre possession, au nom du pays, d’îles inhabitées et non revendiquées par une autre puissance, dès lors qu’elles contiennent des gisements de guano (excréments d’oiseaux marins et de chauves‑souris utilisés comme engrais phosphaté).
Au milieu du XIXème siècle, le guano est une ressource stratégique pour fertiliser les sols agricoles, et les États‑Unis cherchent à sécuriser leurs approvisionnements face à la « fièvre du guano ». Le Guano Islands Act permet de s’emparer d’une centaine d’îles dans les Caraïbes et le Pacifique, sans nécessairement en faire des États intégrés à l’Union.
La loi stipule que l’île devient, de facto, un territoire américain tant que l’extraction du guano y est réalisée, tout en laissant au président la possibilité de dépêcher des forces armées pour protéger ces possessions. Elle est encore en vigueur aujourd’hui et reste un exemple particulier d’expansion territoriale américaine motivée par une ressource naturelle spécifique.
Whenever any citizen of the United States discovers a deposit of guano on any island, rock, or key, not within the lawful jurisdiction of any other Government, and not occupied by the citizens of any other Government, and takes peaceable possession thereof, and occupies the same, such island, rock, or key may, at the discretion of the President, be considered as appertaining to the United States.
Chaque fois qu'un citoyen des États-Unis découvre un gisement de guano sur n'importe quelle île, rocher ou îlot, qui n'est pas sous la juridiction légale d'un autre gouvernement et pas occupé par des citoyens d'un autre gouvernement, et prend possession pacifiquement de celle-ci, et l'occupe de la même façon, cette île, rocher ou îlot peut, à la discrétion du président, être considérée comme appartenant aux États-Unis.
Le requin qui vit jusqu’à 500 ans
Le requin du Groenland vit dans les eaux très froides de l’Atlantique Nord et de l’Arctique, près du fond marin, ce qui en fait une espèce dite bathybenthique. Il se nourrit de manière opportuniste, en se spécialisant dans la consommation de poissons, de calmars, de mammifères marins et de charognes, jouant à la fois le rôle de prédateur et de charognard au fond des océans. Sa lente nage et sa faible activité lui permettent de s’adapter à un environnement où la nourriture est parfois rare et dispersée.
Ce requin possède une longévité exceptionnelle, souvent estimée entre 300 et 500 ans, ce qui en fait l’un des vertébrés les plus longévifs connus. Cette longue vie s’explique par un métabolisme très lent, favorisé par l’eau glaciale dans laquelle il évolue, et par des gènes qui protègent son ADN et limitent le vieillissement cellulaire. Sa croissance est extrêmement lente, avec quelques millimètres par an seulement, et sa reproduction intervient très tardivement, ce qui s’inscrit dans une stratégie de vie « ralentie ».
L’espèce est connue depuis des centaines d’années dans les peuples inuits et les communautés nordiques, où elle était pêchée pour sa chair (souvent fermentée) et son huile. Depuis le 19ème siècle, les biologistes l’ont classifié et décrit comme Somniosus microcephalus, en le comparant à d’autres requins dormeurs. Les données ont ensuite été enrichies par des captures accidentelles ou ciblées (pêche commerciale, pêche sportive, études de plongée), qui ont fourni des spécimens pour la mesure, la dissection et l’analyse de tissus. Pour estimer son extrême longévité, les chercheurs utilisent la datation au carbone 14 des protéines du cristallin de l’œil, un tissu qui ne se renouvelle pas et fixe la proportion de carbone au moment de la naissance du requin.
Ouragan (1986) – Stéphanie de Monaco
Ouragan n’est pas seulement un tube des années 80 : c’est un petit morceau de légende pop. En 1986, Stéphanie de Monaco surprend tout le monde avec cette chanson aux accents italo-disco, qui raconte un amour aussi intense qu’une tempête. Le morceau porte bien son titre : il emporte, bouleverse, laisse derrière lui un parfum de passion et d’insouciance très typique de cette décennie solaire et un peu excessive.
A l'origine, ce titre - de Romano Musumarra à la composition et de Yves Rozen aux paroles - n’est pas destiné à Stéphanie de Monaco mais à Jeanne Mas. La chanson circule de refus en refus avant de devenir l’un des grands succès de sa carrière et un symbole immédiat des années Top 50 vendu à un million d'exemplaires. Il y a quelque chose de très attachant dans cette histoire : une princesse qui chante, un refrain qui reste, et tout un imaginaire rétro qui revient dès les premières notes.