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L’AFFAIRE MARTINOT JETTE UN FROID 📆 6 janvier 2006

L’affaire Martinot concerne un litige opposant l’administration Ă  RĂ©my Martinot, fils d’un couple ayant choisi la conservation par congĂ©lation de leurs corps aprĂšs leur dĂ©cĂšs. Cette affaire aboutit Ă  un arrĂȘt du Conseil d’État le 6 janvier 2006, tranchant la question de la lĂ©galitĂ© de cette pratique en France.

Le contexte de l’affaire dĂ©bute avec le dĂ©cĂšs de Monique Leroy en 1984, dont le corps est placĂ© dans un appareil de congĂ©lation par son mari, le docteur Raymond Martinot. À la mort de ce dernier en fĂ©vrier 2002, son corps rejoint celui de son Ă©pouse dans un caisson rĂ©frigĂ©rĂ© situĂ© dans la crypte de leur chĂąteau du Preuil, prĂšs de Saumur. Leur fils, RĂ©my Martinot, poursuit la conservation des corps malgrĂ© l’opposition de la prĂ©fecture de Maine-et-Loire, qui exige l’arrĂȘt de l’expĂ©rience. S’ensuit une bataille judiciaire entre RĂ©my Martinot et l’administration française.

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Dans sa dĂ©cision, le Conseil d’État reconnaĂźt que la volontĂ© de Raymond Martinot de conserver son corps par congĂ©lation est considĂ©rĂ©e comme une manifestation de conviction, relevant de l’article 9 de la Convention europĂ©enne des droits de l’homme. Cependant, il juge que le choix du mode de sĂ©pulture peut faire l’objet de restrictions, notamment dans l’intĂ©rĂȘt de l’ordre et de la santĂ© publics. Le Conseil d’État rejette ainsi l’ensemble des demandes de RĂ©my Martinot, estimant que les restrictions imposĂ©es par la loi française sur les modes de sĂ©pulture ne violent pas la Convention europĂ©enne des droits de l’homme.

L’affaire connaĂźt un dĂ©nouement inattendu le 3 mars 2006, lorsqu’une panne du systĂšme de rĂ©frigĂ©ration survient dans la crypte du chĂąteau. La tempĂ©rature remonte de -65°C Ă  -20°C, compromettant la conservation des corps. Face Ă  cette situation, RĂ©my Martinot dĂ©cide de mettre fin Ă  l’expĂ©rience, et les corps des Ă©poux Martinot sont finalement incinĂ©rĂ©s, conformĂ©ment Ă  la lĂ©gislation française en vigueur.


Illustration : image IA

8 Comments

  1. Fascinante affaire qui pose une question fondamentale : jusqu’oĂč va le droit de disposer de son propre corps aprĂšs la mort ? Raymond Martinot, ancien mĂ©decin, avait construit lui-mĂȘme un congĂ©lateur artisanal capable de maintenir -62°C dans la crypte de son chĂąteau du Preuil Ă  Nueil-sur-Layon. Une tempĂ©rature bien loin des -196°C de l’azote liquide utilisĂ© par les centres de cryogĂ©nisation amĂ©ricains, mais c’Ă©tait son choix, sa conviction.

    Ce qui est remarquable, c’est que cette « expĂ©rience » (terme qu’utilisait Raymond Martinot lui-mĂȘme) a durĂ© 22 ans pour Monique et 4 ans pour Raymond, avant que la panne fatale du 3 mars 2006 ne mette fin au rĂȘve de rĂ©surrection. Le Conseil d’État a tranchĂ© en invoquant « l’ordre et la santĂ© publics », mais on peut se demander en quoi deux corps conservĂ©s dans une propriĂ©tĂ© privĂ©e menaçaient qui que ce soit…

  2. L’ironie tragique de cette affaire rĂ©side dans son dĂ©nouement : ce n’est pas la justice qui a mis fin Ă  l’expĂ©rience des Ă©poux Martinot, mais une simple panne technique. La tempĂ©rature est remontĂ©e de -65°C Ă  -20°C, et le systĂšme d’alerte n’a pas fonctionnĂ©. RĂ©my Martinot a alors dĂ» prendre la dĂ©cision la plus difficile : accepter que le rĂȘve de ses parents Ă©tait dĂ©finitivement compromis.

    Cette affaire reste un prĂ©cĂ©dent juridique important en France. Elle illustre le conflit entre la libertĂ© individuelle (article 9 de la Convention europĂ©enne des droits de l’homme) et les restrictions imposĂ©es par l’État au nom de « l’ordre public ». Aujourd’hui encore, la France n’autorise que deux modes de sĂ©pulture : l’inhumation et la crĂ©mation. La cryogĂ©nisation reste interdite, contrairement aux États-Unis, Ă  la Russie ou Ă  la Chine.

  3. Ce qui est peu connu, c’est que Monique Leroy fut la premiĂšre : dĂ©cĂ©dĂ©e en fĂ©vrier 1984, elle a Ă©tĂ© placĂ©e dans le congĂ©lateur que son mari avait conçu spĂ©cialement. Raymond Martinot a ensuite vĂ©cu 18 ans en sachant que sa compagne l’attendait dans la crypte du chĂąteau, persuadĂ© que la science finirait par trouver un moyen de les ramener Ă  la vie tous les deux.

    Il avait mĂȘme laissĂ© des instructions dĂ©taillĂ©es pour son fils RĂ©my afin qu’il procĂšde Ă  sa propre cryogĂ©nisation aprĂšs son dĂ©cĂšs en 2002. Cette histoire soulĂšve une question philosophique profonde : Ă©taient-ils vraiment « morts » au sens juridique ? Comme le rappelait RĂ©my lors de son recours Ă  la Cour europĂ©enne, la mort implique une interruption *dĂ©finitive* des fonctions vitales. Mais si les corps sont prĂ©servĂ©s avec l’espoir d’une rĂ©animation future, peut-on vraiment parler de mort dĂ©finitive ?

  4. Il est intĂ©ressant de noter que l’affaire Martinot n’est pas un cas isolĂ©. En 2002, une autre affaire similaire (« affaire Leroy ») avait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© tranchĂ©e par le Conseil d’État : Michel et JoĂ«lle Leroy demandaient Ă  conserver le corps de leur mĂšre dans un appareil de congĂ©lation Ă  La RĂ©union. Le Conseil d’État avait dĂ©jĂ  rejetĂ© leur demande.

    Ce qui rend l’affaire Martinot unique, c’est sa durĂ©e exceptionnelle (1984-2006) et le fait que Raymond Martinot Ă©tait lui-mĂȘme mĂ©decin, avec une approche « scientifique » de la cryogĂ©nisation. Il avait achetĂ© son chĂąteau en 1970 en projetant dĂ©jĂ  cette expĂ©rience. C’Ă©tait un pionnier français de la cryonie, bien avant que le mouvement transhumaniste ne se dĂ©veloppe. Une histoire qui mĂ©rite d’ĂȘtre racontĂ©e pour comprendre les limites lĂ©gales et Ă©thiques de notre sociĂ©tĂ© face aux nouvelles technologies.

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