Pauvre facteur parisien, en plein chaos rĂ©volutionnaire, qui tourne en rond dans un dĂ©dale de rues oĂč les numĂ©ros se rĂ©pĂštent Ă l’infini ou brillent par leur absence.
Fort heureusement, un dĂ©cret impĂ©rial datĂ© du 4 fĂ©vrier 1805 vient Ă son secours : NapolĂ©on impose la numĂ©rotation uniforme des immeubles Ă Paris, avec des chiffres pairs Ă droite et impairs Ă gauche, progressant par rue entiĂšre. Peints Ă l’huile â noir sur ocre pour les rues obliques Ă la Seine, rouge sur ocre pour les parallĂšles â, ces repĂšres lui sauvent la mise en trois mois chrono.
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Avant 1790, sous l’Ancien RĂ©gime, rien n’est simple. Les maisons s’identifient par des enseignes pittoresques â « Au Chat qui pelote » ou « La Bonne Chouette » â plutĂŽt que par des chiffres. Des essais timides voient le jour, comme en 1507 sur le pont Notre-Dame ou en 1736 pour surveiller les constructions illĂ©gales. Puis, en 1779, le lieutenant de police lance un vrai systĂšme royal : des numĂ©ros peints sur chaque porte (principale, cochĂšre, service), qui grimpent en continu sur un cĂŽtĂ© de la rue avant de redescendre l’autre en sens inverse. Sur la rue Saint-HonorĂ©, ça file du 1 au 734 ! Mais les propriĂ©taires rechignent, craignant la pieuvre fiscale.
Le 1er dĂ©cembre 1790, la RĂ©volution balaie tout. Le dĂ©cret abolit l’ancien systĂšme au profit d’un numĂ©rotage sectionnaire : Paris se dĂ©coupe en 48 sections, et chaque porte d’immeuble reçoit un numĂ©ro indĂ©pendant par section, sans logique entre les rues. RĂ©sultat ? Des doublons dĂ©lirants, genre le 5650 rue de l’Ăchelle, et un bazar administratif total. Les commissaires de section numĂ©rotent par segment – nord-ouest ici, nord-est lĂ -, par porte et non par maison. IdĂ©al pour le recensement fiscal, catastrophique pour le courrier et la police.
Ce fouillis motive NapolĂ©on Ă trancher. Son dĂ©cret de 1805 restaure l’ordre : une numĂ©rotation sĂ©quentielle par rue, pairs/impairs, valable mĂȘme Ă travers les arrondissements. AppliquĂ© dĂšs l’Ă©tĂ©, il s’Ă©tend Ă toute la France en 1823 et guide encore nos pas aujourd’hui. Les facteurs respirent enfin, et Paris gagne en lisibilitĂ©.
