
Je le sens approcher, discrètement mais inévitablement. Surtout ne pas croiser son regard, rester concentré, ignorer cet appel silencieux. La tâche relève presque de l’exploit : il est redoutable, l’animal, et cela fait des années qu’il perfectionne sa technique.
Je résiste, autant que possible. Mais je n’ai pas sa patience. Il perçoit la moindre faille, le plus infime moment d’hésitation, dès que mon regard dévie vers lui. Alors, implacable, il pose sa truffe humide sur mon genou, sans jamais me quitter des yeux.
La lutte pourrait durer, mais elle est perdue d’avance. Il le sait. Je le sais.
Je cède finalement — après tout, ce ne sont que quelques morceaux de fromage. Je les lui tends. Il feint presque la surprise, comme si cette scène ne se rejouait pas chaque jour à l’identique. Puis, avec une précision admirable, il s’en empare : rapide, sûr, sans jamais effleurer mes doigts pourtant sans défense.
Mission accomplie.
Il se retire, pleinement satisfait, laissant derrière lui l’unique trace de son passage : une tache de bave sur mon pantalon propre du jour.