Quand on dit « ketchup », on pense aussitôt à une sauce rouge, sucrée et épaisse, servie avec des frites. Pourtant, avant 1812, le ketchup n’a rien à voir avec cela.
À l’origine, le mot vient du chinois ké-tsiap, une sauce de poisson fermenté dans de la saumure, épicée, proche du nuoc-mâm. Des marins britanniques la découvrent en Asie du Sud-Est entre la fin du XVIIᵉ et le début du XVIIIᵉ siècle, puis la rapportent en Angleterre. Sur place, on garde l’idée d’une sauce savoureuse, très salée et aromatique, mais on remplace le poisson par des ingrédients locaux : champignons, anchois, huîtres, noix, bière…
La version la plus courante avant 1812 est le mushroom ketchup. Il sert de condiment et d’assaisonnement pour viandes, poissons et sauces, un peu comme un Worcestershire très concentré. Une recette typique, inspirée de Hannah Glasse (1758), utilise des champignons bien mûrs, beaucoup de sel, du gingembre, du poivre, du macis et des clous de girofle. On laisse macérer les champignons dans le sel, on extrait le jus, on le filtre, on le fait bouillir avec des épices, puis on le met en bouteilles avec encore plus d’aromates. Résultat : une sauce liquide, foncée, très parfumée, qui se conserve des années.
On trouve aussi des ketchups à base d’anchois, d’huîtres, de noix, ou même de bière et champignons, certains censés tenir vingt ans en cave. Tous sont très salés, très épicés, et utilisés comme assaisonnement plutôt que comme sauce à tremper.
La grande rupture arrive en 1812, quand l’Américain James Mease publie la première recette de tomato ketchup. Il transpose le concept de ketchup à la tomate, ouvrant la voie au condiment moderne. Mais avant lui, le vrai ketchup est une sauce sombre, liquide et savoureuse, bien loin de la bouteille rouge que nous connaissons aujourd’hui.