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L’INNOVATION FRANÇAISE EN RENFORT DES MÉNAGÈRES 📆 16 février 1932

En ce 16 février 1932, Jean Mantelet se présente à l’INPI pour déposer le brevet n°732 100 d’un ustensile qu’il baptise « Moulin‑Légumes », un moulin à légumes conçu pour venir à bout des grumeaux qui résistent aux presse‑purée traditionnels. Cet objet simple, muni d’une manivelle et d’un disque perforé, promet de faciliter la préparation des purées, soupes et coulis dans les cuisines familiales, en particulier celles des ménagères sur lesquelles repose alors l’essentiel du travail domestique. Sans le savoir encore, Mantelet ouvre avec ce brevet la voie à une entreprise qui va marquer durablement l’histoire du petit électroménager français.

La trajectoire industrielle commence quelques années plus tôt, lorsque Jean Mantelet fonde en 1929 la Manufacture d’emboutissage de Bagnolet, spécialisée dans le travail du métal pour la quincaillerie et les ustensiles ménagers. Le succès progressif du Moulin‑Légumes, mis au point en 1932, donne à cette petite structure l’élan nécessaire pour se développer et amène rapidement l’industriel à chercher de nouveaux locaux et de nouvelles capacités de production. Dès 1937, une grande usine s’implante à Alençon, tandis que Bagnolet demeure le cœur administratif et symbolique de l’entreprise naissante.

À partir de l’après‑guerre, la société issue de cette invention se diversifie et enrichit sa gamme d’ustensiles mécaniques : moulis à râper le fromage, à hacher le persil ou à moudre le poivre s’enchaînent, toujours dans l’idée de réduire la pénibilité des tâches culinaires. Dans les années 1950, le mouvement s’accélère avec l’arrivée de l’électricité dans tous les foyers, et l’entreprise lance notamment en 1956 un moulin à café électrique qui fait date. En 1957, elle adopte officiellement le nom de Moulinex, une marque courte et sonore qui s’impose rapidement comme synonyme de modernité ménagère en France.

Les décennies suivantes voient l’essor spectaculaire de cette maison née d’un simple moulin à légumes : de nouvelles usines sortent de terre en Normandie et dans l’Ouest (Argentan, Falaise, Cormelles‑le‑Royal, Mamers, Mayenne, Saint‑Lô, Villaines‑la‑Juhel, Domfront…), tandis que les produits s’exportent vers des dizaines de pays. Dans les années 1970, la marque contrôle une part très importante du marché français du petit électroménager et se présente comme un champion européen, capable de proposer à la fois des appareils à manivelle et une large gamme électrique destinée à simplifier la vie quotidienne. À travers ce développement, le discours de Moulinex insiste sur l’idée de libérer du temps dans la cuisine, reprenant et amplifiant l’intuition initiale du Moulin‑Légumes.

À partir des années 1980 pourtant, l’histoire s’assombrit : la concurrence internationale, les coûts de production, des investissements lourds et des choix stratégiques contestés entraînent restructurations, plans sociaux et fermetures de sites. Les usines se réduisent peu à peu, notamment en Normandie, et les conflits sociaux se multiplient à mesure que l’entreprise tente de retrouver de la rentabilité. Cette fragilisation conduit finalement au dépôt de bilan du groupe Moulinex‑Brandt en 2001, puis au redressement judiciaire qui scelle la fin de la société telle qu’elle s’est construite depuis les années 1930.

En octobre 2001, le tribunal de commerce de Nanterre choisit le groupe SEB pour reprendre une partie des activités de Moulinex, sauvant plusieurs usines et plusieurs milliers d’emplois, mais entérinant en parallèle la fermeture d’autres sites et des licenciements massifs. La marque Moulinex perd son indépendance mais survit en tant que label intégré au portefeuille de SEB, et continue d’apparaître sur de nombreux appareils de cuisine, des robots multifonctions aux autocuiseurs. Dans les anciennes villes d’usines, comme Bagnolet ou Alençon, le nom reste associé à une mémoire ouvrière forte, façonnée par des décennies de travail industriel et par cet objet modeste qui, en 1932, promet déjà de rendre la purée plus lisse et la cuisine un peu moins pénible.

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