
Le Baiser du dragon est un roman historique et picaresque publié en 1988 par Ysabelle Lacamp, autrice, comédienne et spécialiste des langues orientales. L’œuvre se distingue par son ton truculent, son vocabulaire riche et son inspiration rabelaisienne, mêlant humour, violence et fantaisie dans un cadre historique précis.
L’action se déroule en Chine du Sud au Xᵉ siècle, plus précisément en l’an 937, durant la période troublée des « Cinq Dynasties et Dix Royaumes ». Cette époque de fragmentation politique et d’instabilité favorise les intrigues, les trahisons et les luttes de pouvoir, ce qui constitue une toile de fond idéale pour un récit d’aventures.
Le seigneur Tsao fait halte dans son manoir avant de livrer à son suzerain un précieux chargement : deux cassettes de perles. Ce trésor excite immédiatement les convoitises et provoque un basculment des destins. Au cœur de cette aventure se trouve Shu-Meï, une adolescente qui refuse le mode de vie imposé aux femmes de son époque et rêve de liberté et de chevauchées. Autour d’elle gravite une galerie de personnages aux noms évocateurs : Tigre Hilare, Passion Éteinte, Triton Flageolant, Étron Pensif, etc. L’intrigue s’enchaîne au rythme des orgies, cavalcades, trahisons et supplices raffinés, dans un monde où se croisent mandarins corrompus, courtisanes bafouées, bonzes égrillards et coupe-jarret.
Ysabelle Lacamp signe ici un roman picaresque et cocasse, au vocabulaire riche et imagé. L’écriture est vivante, rythmée, et s’inscrit dans une tradition littéraire où l’on « se bat comme on aime : en riant ». Le mélange de registres — du plus raffiné au plus grossier — contribue à l’effet de dépaysement et d’amusement. Le Baiser du dragon offre une évasion ludique dans un univers historique exotique et mouvementé. Il séduit les lecteurs en quête d’aventures, d’humour noir et de personnages mémorables. L’autrice, par sa maîtrise des langues orientales et son sens du récit, réussit à créer une Chine médiévale à la fois crédible et fantasmée.