Publié en 1997, Mémoires d’une geisha d’Arthur Golden est un roman historique devenu un immense succès mondial. Il raconte, à la première personne, la vie fictive de Sayuri, une geisha de Gion, à Kyoto, avant, pendant et après la Seconde Guerre mondiale.
En 1929, Chiyo, petite fille d’un village de pêcheurs, est vendue avec sa sœur et envoyée à Kyoto. Placée dans une okiya, maison de geishas, elle devient apprentie sous le nom de Sayuri. Sous la protection de la geisha Mameha, elle apprend la danse, le shamisen, la conversation, le port du kimono et les codes d’un monde où la beauté est aussi une stratégie.
Le roman suit son ascension dans le quartier de Gion, ses rivalités — notamment avec la cruelle Hatsumomo — et son amour impossible pour le Président Iwamura. La guerre ferme les quartiers de geishas, bouleverse les destins, avant que Sayuri ne retrouve sa voie dans un Japon en pleine reconstruction.
Le livre séduit par son souffle romanesque, ses descriptions sensibles des saisons, des kimonos et des maisons de thé. Mais il est aussi critiqué pour présenter une vision parfois orientalisante et inexacte du monde des geishas, notamment en suggérant une proximité excessive avec la prostitution. La controverse devient personnelle lorsque Mineko Iwasaki, ancienne geisha consultée par Golden, l’attaque en justice après avoir été nommée dans les remerciements, malgré la promesse d’anonymat. L’affaire se règle à l’amiable en 2003, et Iwasaki publie ensuite ses propres mémoires pour corriger l’image donnée par le roman.
Mémoires d’une geisha reste une excellente porte d’entrée dans l’imaginaire du Japon d’avant-guerre, à condition de le lire comme une fiction, non comme un document historique. Pour une vision plus fidèle du métier, il se complète utilement avec Geisha de Liza Dalby, fondé sur une véritable immersion ethnographique.