Paris, 1948. Caché dans la vitrine de Romi, son ami antiquaire de la rue de Seine, Doisneau épie malicieusement les passants. Il a fait placer un nu dans la vitrine, et attend, en embusqué du quotidien, les réactions que l’œuvre va provoquer.
Un couple s’arrête alors devant les tableaux exposés. Madame observe avec sérieux et déclare sans doute, avec cette assurance qui ne se discute pas : « Ce tableau irait très bien dans le petit salon. » Monsieur acquiesce, évidemment. Enfin, du bout des lèvres. Car son regard, lui, a pris un chemin plus oblique : il se porte avec une insistance toute masculine sur un autre tableau — celui où une femme nue présente ostensiblement un fessier des plus avantageux.
Doisneau saisit l’instant avec sa tendresse habituelle pour les petites hypocrisies humaines. Lui admire l’art, assure-t-il, et à en juger par l’angle de son regard, il a décidément beaucoup de charme.