Sorti en 1945, Kolberg est à la fois un grand film historique et un outil de propagande conçu pour les derniers mois du IIIᵉ Reich. Joseph Goebbels confie sa réalisation au cinéaste Veit Harlan avec une consigne explicite : montrer qu’un peuple uni, au front comme à l’arrière, peut tenir tête à un ennemi supérieur. Le film raconte le siège de Kolberg par les Français en 1807, mais s’adresse aux Allemands encerclés et en recul en 1945.
Pour donner à cette idée la force d’une épopée, la production mobilise des moyens exceptionnels. Le tournage commence en 1943, sous le contrôle de Goebbels, et le budget atteint environ huit millions de Reichsmarks — une somme alors inédite pour un film allemand. Tourné en couleur Agfacolor, Kolberg multiplie les décors historiques, les costumes et les scènes de bataille spectaculaires. Des milliers de soldats — jusqu’à 50 000 dit-on — et plus d’un millier de chevaux participent au tournage, tandis que du sel transporté par train sert à créer des paysages enneigés.
Le film insiste sur l’engagement de toute la population : dans une scène emblématique, le roi s’étonne qu’on fasse appel au peuple, puisque « la guerre est l’affaire des armées ». Le général Gneisenau répond que « le peuple sera l’armée — tout le peuple ». C’est précisément le message de Goebbels : transformer la population entière en force combattante et faire de la résistance une obligation collective. Cependant cette fresque prend quelques libertés avec l’histoire. Kolberg résiste effectivement au siège, mais celui-ci prend fin avec la paix de Tilsit entre la France et la Prusse ; la ville ne remporte pas la victoire décisive mise en scène par le film.
La sortie du film souligne encore le contraste entre la fiction et la réalité. Le 30 janvier 1945, alors que l’Armée rouge approche de l’Oder et que les Alliés avancent à l’ouest, une copie est envoyée jusqu’à La Rochelle, ville française encore occupée par les Allemands, pour y être projetée aux soldats. Kolberg célèbre une résistance sans limite au moment même où la défaite du Reich devient imminente. Le film est projeté à Berlin dans un cinéma de fortune jusqu’à la chute de la ville en mai 1945.