Le 12 janvier 1920, le paquebot Afrique sombre par gros temps au large des Sables-d’Olonne, à environ 42 km au nord-est du plateau de Rochebonne. Ce navire, construit en 1907 et parti de Bordeaux trois jours plus tôt à destination du Sénégal, transporte 602 personnes : passagers européens, 192 tirailleurs sénégalais rapatriés et membres d’équipage. Dans une nuit noire et déchaînée, 568 âmes périssent dans un quasi silence général.
Sommaire
Des circonstances tragiques
Dès la nuit du 11 au 12 janvier, une tempête monstrueuse s’abat sur l’Afrique avec des vagues culminant à 14 mètres. Une forte voie d’eau s’ouvre dans la coque, les machines cessent brutalement de fonctionner, et le bateau dérive sans propulsion ni énergie électrique dans une obscurité totale. Vers 23h30, l’équipage ordonne l’évacuation, mais la plupart des passagers, épuisés, malades de mer et paralysés par la peur des vagues gigantesques, refusent obstinément d’embarquer dans les canots précaires. Le navire heurte finalement un récif près d’un bateau-phare, s’éventre et disparaît vers 3 heures du matin le 13 janvier ; le capitaine Antoine Le Dû, héroïque, reste à son poste jusqu’à la fin, symbole d’un devoir accompli dans le chaos.
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Les éléments déchaînés aggravent une panne mécanique survenue dès le 10 janvier et une brèche fatale provoquée par la collision avec le bateau-phare. L’Afrique ne dispose que de six baleinières utilisables sur sept – la dernière emportée par la tempête -, offrant bien trop peu de places pour 602 âmes entassées. Les passagers, terrifiés et désorientés, s’accrochent désespérément au navire qui gîte follement, refusant le saut dans l’abîme écumant ; seuls 34 survivants émergent des flots, principalement des marins robustes et un passager, secourus tardivement par des navires alertés par des signaux de détresse faibles. Cette panique humaine, jointe aux lacunes techniques, transforme une avarie en massacre.
Une actualité qui étouffe le drame
Le naufrage explose pile au cœur de la campagne pour l’élection présidentielle française du 11 janvier 1920, qui monopolise les unes des journaux avec ses intrigues politiques brûlantes ; L’Humanité ne relaie les cadavres flottants qu’en pages intérieures, noyés entre publicités, le 16 janvier seulement. Deux ans après l’armistice de 1918 et ses 1,4 million de morts, une France épuisée et traumatisée aspire à tourner la page plutôt qu’à plonger dans un nouveau deuil collectif poignant.
Contrairement au Titanic, pas de passagers célèbres ou d’élites pour captiver le monde, juste des familles modestes et des tirailleurs sénégalais anonymes ; peu de survivants pour multiplier les témoignages sensationnels, et aucune commission d’enquête retentissante immédiate. Les médias relèguent ainsi l’événement au rang d’anecdote locale, le laissant glisser dans l’oubli pendant des décennies.
Une mémoire discrète aux Sables-d’Olonne
Une plaque commémorative sobre orne le fort Saint-Nicolas, adossée au mémorial aux disparus en mer, tandis que quelques tombes émouvantes datant de l’époque parsèment les cimetières locaux des Sables-d’Olonne, gardiennes silencieuses du souvenir.
En janvier 2020, pour le centenaire, 120 descendants de victimes affluent au port sous une pluie battante pour une cérémonie poignante : dépôts de gerbes, discours vibrants, cornemuse lugubre, initiée par l’historien local Roland Mornet qui ravive les flammes oubliées.
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En 2025, le réseau « Mémoires et Partages » convie à une nouvelle commémoration pour les 105 ans, tandis qu’un événement international « Sauver L’Afrique » se profile à Bordeaux en janvier 2026 sur les quais des Chartrons, pour localiser et protéger l’épave menacée à 47 mètres de fond.
Illustration: L’Afrique voguant vers Bordeaux. – Wikipédia
