Bonne fête aux Charlotte
Aujourd’hui à la une
Les évènements notables
1976 – Début des jeux de la 21ème olympiade d’été à Montréal
Le 17 juillet 1976, les Jeux olympiques d’été s’ouvrent à Montréal au Canada, sous la présidence du CIO de lord Killanin. Ces Jeux sont marqués par un boycott massif de vingt-huit nations africaines protestant contre la présence de la Nouvelle-Zélande, dont l’équipe de rugby avait tourné en Afrique du Sud en plein apartheid. La Roumaine Nadia Comaneci y obtient la première note parfaite de l’histoire de la gymnastique olympique.
1962 – 1ère diffusion d’Interville
Le 17 juillet 1962, l’émission Intervilles est diffusée pour la première fois sur la télévision française. Créée par Guy Lux et Simone Garnier, cette émission de jeux et de défis sportifs opposant des équipes de deux villes françaises connaît un succès immédiat et populaire. Les vachettes landaises et les animations burlesques deviennent les symboles d’une émission qui marquera durablement la mémoire collective française.
1944 – Catastrophe de Port Chicago en Californie
Le 17 juillet 1944, deux navires chargés de munitions explosent dans le port de Port Chicago en Californie, tuant trois cent vingt personnes, dont deux cent deux marins noirs américains. Cette catastrophe, la plus meurtrière survenue aux États-Unis durant la Seconde Guerre mondiale, met en lumière la ségrégation raciale au sein de la marine américaine et déclenche une mutinerie qui fera jurisprudence dans la lutte pour les droits civiques.
1942 – Début de la bataille de Stalingrad
Le 17 juillet 1942, débute la bataille de Stalingrad, l’un des affrontements les plus meurtriers de la Seconde Guerre mondiale. Les forces allemandes de la Wehrmacht tentent de s’emparer de cette ville symbole sur les rives de la Volga. Les combats acharnés, rue par rue, dureront jusqu’en février 1943. La capitulation allemande marquera le tournant décisif du conflit sur le front de l’Est.
1936 – Début de la guerre civile espagnole
Le 17 juillet 1936, le général Francisco Franco déclenche depuis le Maroc un soulèvement militaire contre le gouvernement républicain espagnol élu. Ce pronunciamiento marque le début d’une guerre civile qui ensanglante l’Espagne pendant trois ans. Soutenu par l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste, Franco l’emporte en avril 1939 et instaure une dictature qui durera jusqu’à sa mort en 1975.
1918 – Assassinat de la famille impériale russe, dont le tsar Nicolas II, à Iekaterinbourg en Russie
Le 17 juillet 1918, le tsar Nicolas II, son épouse Alexandra, leurs cinq enfants et leurs quelques serviteurs sont exécutés dans la nuit par un peloton bolchevique dans la cave de la maison Ipatiev à Iekaterinbourg. Cet assassinat met fin à trois siècles de dynastie Romanov. Les restes de la famille impériale ne seront identifiés et officiellement reconnus que dans les années 1990.
1917 – La famille royale britannique est renommée “maison de Windsor” en raison de l’antigermanisme de la population
Le 17 juillet 1917, le roi George V annonce que la famille royale britannique abandonne son nom allemand de Saxe-Cobourg-Gotha pour adopter celui de Windsor, en référence au château royal. Cette décision intervient en pleine Première Guerre mondiale, face à la montée de l’antigermanisme au sein de la population britannique. La maison de Windsor règne sur le Royaume-Uni jusqu’à aujourd’hui.
1793 – Exécution de Charlotte Corday, meurtrière de Marat
Le 17 juillet 1793, quatre jours après avoir poignardé Jean-Paul Marat dans sa baignoire, Charlotte Corday est guillotinée place de la Révolution à Paris. Calme et résolue jusqu’au bout, cette jeune Normande de vingt-cinq ans, convaincue que la mort de Marat mettrait fin à la Terreur, devient une figure tragique de la Révolution. Son geste n’empêchera pas la radicalisation révolutionnaire.
1791 – Fusillade du Champ-de-Mars à Paris
Le 17 juillet 1791, la Garde nationale commandée par La Fayette ouvre le feu sur une foule rassemblée au Champ-de-Mars à Paris pour signer une pétition réclamant la déchéance de Louis XVI après sa fuite à Varennes. Le bilan est d’une cinquantaine de morts parmi les manifestants. Cet épisode sanglant marque une rupture profonde entre la bourgeoisie constitutionnelle et le peuple républicain.
1453 – La bataille de Castillon, dernière grande bataille de la guerre de 100 ans
Le 17 juillet 1453, les forces françaises de Jean Bureau écrasent l’armée anglaise commandée par le comte de Shrewsbury à Castillon-la-Bataille, en Gironde. Cette victoire, acquise grâce à une supériorité décisive de l’artillerie française, met fin à la présence anglaise en Guyenne et clôt pratiquement la guerre de Cent Ans. Bordeaux se rend aux Français le 19 octobre suivant.
1429 – Couronnement de Charles VII
Le 17 juillet 1429, Charles VII est sacré roi de France en la cathédrale de Reims, en présence de Jeanne d’Arc qui tient son étendard à ses côtés. Ce sacre, rendu possible par la reconquête militaire menée par Jeanne depuis la levée du siège d’Orléans, légitime définitivement le pouvoir de Charles face aux prétentions anglaises. Il marque un tournant décisif dans la guerre de Cent Ans.
Les naissances et décès notables
1981 – Naissance de Mélanie Thierry, mannequin et actrice française
1978 – Naissance de Émilie Simon, auteure-compositrice-interprète française
1975 – Naissance de Cécile de France, actrice belge
1954 – Naissance de Angela Merkel, scientifique et femme politique allemande, chancelière fédérale
1952 – Naissance de David Hasselhoff, acteur américain
2025 – Décès de Felix Baumgartner, parachutiste autrichien et premier homme à franchir le mur du son en chute libre
2020 – Décès de Zizi Jeanmaire (Renée Marcelle Jeanmaire), danseuse de ballet, chanteuse, meneuse de revue et actrice française
2010 – Décès de Bernard Giraudeau, acteur, cinéaste et écrivain français
1996 – Décès de Paul Touvier, policier de la Milice française condamné pour meurtre contre l’humanité
1995 – Décès de Juan Manuel Fangio, pilote automobile argentin
1967 – Décès de John Coltrane, musicien américain
1959 – Décès de Billie Holiday, chanteuse américaine de blues et jazz
1794 – Décès des Carmélites de Compiègne, guillotinées le lendemain de leur fête de Notre-Dame du Mont-Carmel
1793 – Décès de Charlotte Corday, exécutée pour le meurtre de Marat
Un peu de bonne humeur
Une banane dans l’oreille
Un homme croise un autre et lui dit : « Dis-moi, pourquoi as-tu une banane dans l'oreille ! »
L'autre répond : « Quoi ? »
Le premier répète plus fort : « Tu as une banane dans l'oreille ! »
Et l'autre : « Parle plus fort, j'ai une banane dans l'oreille ! ».
Esclave et travail – Anonyme
Les esclaves au moins, ils avaient du boulot ! - Brève de comptoir
L’homme paratonnerre
Roy Cleveland Sullivan détient le record mondial du plus grand nombre de foudroiements, avec sept cas documentés entre 1942 et 1977. Ce garde forestier américain de Virginie est reconnu par le Guinness World Records comme l'homme paratonnerre humain. Il survit à chaque incident malgré des blessures variées, sans victimes référencées autour de lui.
Les circonstances de ses foudroiements sont souvent liées à son travail ou à des activités quotidiennes. En 1942, il est touché dans une tour d’observation ; en 1969, dans sa camionnette ; en 1970, en jardinant ; en 1972, dans un poste de garde ; en 1973, en patrouille ; en 1976, sans détails précis ; et en 1977, en pêchant, où un ours intervient ensuite. Sa femme est foudroyée une fois seule, tandis que lui cette fois-ci en réchappe.
Roy est officiellement inscrit au Guinness Book, qui valide ce record unique. Les gens l’évitent par superstition, craignant un effet de ricochet, mais aucun cas de victimes simultanées avec des proches ou collègues n’est référencé.
Savais-tu ?
« Alarmant » n’est pas « Alarmiste »
Dire « la montée du niveau de la mer est alarmante parce qu’elle menace des millions de personnes selon les modèles actuels » est un énoncé descriptif fondé sur des études ; dire « la civilisation humaine s’effondrera dans dix ans si vous ne changez pas tout maintenant » est une formulation typiquement qualifiée d’alarmiste si elle repose sur une extrapolation non justifiée.
Cette distinction importe parce qu’un message qualifié d’« alarmant » peut pousser à des politiques prudentes et à des investissements préventifs, tandis qu’un discours « alarmiste » risque d’user la crédibilité des lanceurs d'alertes — et de renforcer le scepticisme ou la paralysie face au problème réel.
Bref : alerter sur un danger réel est nécessaire ; dramatiser sans fondement est contre‑productif.
Astuce
Utilité l’hiver de la litière pour chat
La litière pour chat peut se révéler étonnamment utile en cas de verglas : grâce à son fort pouvoir absorbant et à sa texture granuleuse, elle améliore l’adhérence sur les surfaces glissantes comme les trottoirs, les marches ou même autour des roues d’une voiture. En en saupoudrant une petite quantité, vous créez rapidement une zone plus sûre pour circuler, sans avoir besoin de sel ou de sable sous la main. C’est une astuce simple, économique et souvent déjà disponible à la maison, parfaite pour faire face aux imprévus hivernaux avec efficacité... par contre, le chat devra se débrouiller sans litière... il se gèlera peut-être un peu les papattes mais, pour la bonne cause, il peut, tout de même, occasionnellement, aller faire ses besoins dans la plate-bande la plus proche.
Un instant en ce bas monde
De : ACCDH - Direction Confidentialité et Réputation
À : Tout le monde
Objet : Augmentation des fuites
Dans le cadre de notre stratégie globale de discrétion, l’Association des Complots visant à Contrôler ou Détruire l’Humanité a investi des ressources considérables dans la protection de l’information : protocoles de confidentialité renforcés, canaux de communication sécurisés, formation continue au secret opérationnel et audits réguliers de nos pratiques de partage.
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La Direction de la Confidentialité et de la Réputation - ACCDH
« Parce qu’un plan mondial mérite une gouvernance solide. »
Communiqué officiel de l'ACCDH
Espace lecture
La Barbe bleue – Charles Perrault
Barbe-Bleue et Gilles de Rais forment l’un des rapprochements les plus tenaces entre un conte et l’histoire. Les deux se rencontrent d’abord dans l’imaginaire. Le seigneur de Perrault, qui assassine ses épouses et cache leurs corps dans une chambre interdite, devient au fil des siècles le double légendaire de Gilles de Rais, riche baron breton et compagnon de Jeanne d’Arc, jugé pour des meurtres d'enfants et exécuté en 1440 pour ses crimes atroces.
Le lien entre les deux figures tient moins à une filiation littéraire démontrée qu’à une longue confusion populaire. Dans l’Ouest de la France, la mémoire des crimes de Gilles de Rais se mêle aux récits de maris meurtriers et aux légendes locales ; certains châteaux finissent même par porter le nom de « château de Barbe-Bleue ». Ainsi, Gilles de Rais n’est pas la source certaine du conte - rien ne prouve même que Charles Perrault s’en inspire de près ou de loin -, mais il en devient son visage historique le plus célèbre.

Il était une fois un homme qui avait de belles maisons à la ville et à la campagne, de la vaisselle d’or et d’argent, des meubles en broderies, et des carrosses tout dorés. Mais, par malheur, cet homme avait la barbe bleue : cela le rendait si laid et si terrible, qu’il n’était personne qui ne s’enfuît de devant lui.
Une de ses voisines, dame de qualité, avait deux filles. Il lui en demanda une en mariage. Elles n’en voulaient point toutes deux, ne pouvant se résoudre à prendre un homme qui eût la barbe bleue. Ce qui les dégoûtait encore, c’est qu’il avait déjà épousé plusieurs femmes, et qu’on ne savait ce que ces femmes étaient devenues.
La Barbe-Bleue, pour faire connaissance, les mena, avec leur mère et trois ou quatre de leurs meilleures amies à une de ses maisons de campagne, où on demeura huit jours entiers. Ce n’étaient que promenades, que parties de chasse et de pêche, que danses et festins, que collations : enfin tout alla si bien que la cadette commença à trouver que le maître du logis était un fort honnête homme. Dès qu’on fut de retour à la ville, le mariage se conclut.
Au bout d’un mois, la Barbe-Bleue dit à sa femme qu’il était obligé de faire un voyage en province, de six semaines au moins, pour une affaire de conséquence ; qu’il la priait de se bien divertir pendant son absence ; qu’elle fît venir ses bonnes amies ; qu’elle les menât à la campagne, si elle voulait ; que partout elle fît bonne chère. « Voilà, lui dit-il, les clefs des deux grands garde-meubles ; voilà celles de la vaisselle d’or et d’argent, qui ne sert pas tous les jours ; voilà celles de mes coffres-forts où est mon or et mon argent ; celles des cassettes où sont mes pierreries, et voilà le passe-partout de tous les appartements. Pour cette petite clef-ci, c’est la clef du cabinet au bout de la grande galerie de l’appartement bas : ouvrez tout, allez partout ; mais, pour ce petit cabinet, je vous défends d’y entrer, et je vous le défends de telle sorte que, s’il vous arrive de l’ouvrir, il n’y a rien que vous ne deviez attendre de ma colère. »
Elle promit d’observer exactement tout ce qui lui venait d’être ordonné, et lui monte dans son carrosse, et part pour son voyage.
Les voisines et les bonnes amies n’attendirent pas qu’on les envoyât quérir pour aller chez la jeune mariée, tant elles avaient d’impatience de voir toutes les richesses de sa maison, n’ayant osé y venir pendant que le mari y était, à cause de sa barbe bleue, qui leur faisait peur. Les voilà aussitôt à parcourir les chambres, les cabinets, les garde-robes, toutes plus belles et plus riches les unes que les autres. Elles montèrent ensuite aux garde-meubles, où elles ne pouvaient assez admirer le nombre et la beauté des tapisseries, des lits, des sophas des cabinets, des guéridons, des tables et des miroirs où l’on se voyait depuis les pieds jusqu’à la tête, et dont les bordures, les unes de glace, les autres d’argent et de vermeil doré, étaient les plus belles et les plus magnifiques qu’on eût jamais vues. Elles ne cessaient d’exagérer et d’envier le bonheur de leur amie, qui, cependant, ne se divertissait point à voir toutes ces richesses, à cause de l’impatience qu’elle avait d’aller ouvrir le cabinet de l’appartement bas.
Elle fut si pressée de sa curiosité, que, sans considérer qu’il était malhonnête de quitter sa compagnie, elle y descendit par un petit escalier dérobé, et avec tant de précipitation qu’elle pensa se rompre le cou deux ou trois fois. Étant arrivée à la porte du cabinet, elle s’y arrêta quelque temps, songeant à la défense que son mari lui avait faite, et considérant qu’il pourrait lui arriver malheur d’avoir été désobéissante ; mais la tentation était si forte, qu’elle ne put la surmonter : elle prit donc la petite clef, et ouvrit en tremblant la porte du cabinet.
D’abord elle ne vit rien, parce que les fenêtres étaient fermées. Après quelques moments, elle commença à voir que le plancher était tout couvert de sang caillé, et que, dans ce sang, se miraient les corps de plusieurs femmes mortes et attachées le long des murs : c’était toutes les femmes que la Barbe-Bleue avait épousées, et qu’il avait égorgées l’une après l’autre. Elle pensa mourir de peur, et la clef du cabinet qu’elle venait de retirer de la serrure, lui tomba de la main.
Après avoir un peu repris ses sens, elle ramassa la clef, referma la porte, et monta à sa chambre pour se remettre un peu ; mais elle n’en pouvait venir à bout, tant elle était émue.
Ayant remarqué que la clef du cabinet était tachée de sang, elle l’essuya deux ou trois fois ; mais le sang ne s’en allait point : elle eut beau la laver, et même la frotter avec du sablon et avec du grès, il demeura toujours du sang, car la clef était fée, et il n’y avait pas moyen de la nettoyer tout à fait : quand on ôtait le sang d’un côté, il revenait de l’autre.
La Barbe-Bleue revint de son voyage dès le soir même, et dit qu’il avait reçu des lettres, dans le chemin, qui lui avaient appris que l’affaire pour laquelle il était parti venait d’être terminée à son avantage. Sa femme fit tout ce qu’elle put pour lui témoigner qu’elle était ravie de son prompt retour.
Le lendemain, il lui demanda les clefs ; et elle les lui donna, mais d’une main si tremblante, qu’il devina sans peine tout ce qui s’était passé. « D’où vient, lui dit-il, que la clef du cabinet n’est point avec les autres ? — Il faut, dit-elle, que je l’aie laissée là-haut sur ma table. — Ne manquez pas, dit la Barbe-Bleue, de me la donner tantôt. »
Après plusieurs remises, il fallut apporter la clef. La Barbe-Bleue, l’ayant considérée, dit à sa femme : Pourquoi y a-t-il du sang sur cette clef ? — Je n’en sais rien, répondit la pauvre femme, plus pâle que la mort. — Vous n’en savez rien ! reprit la Barbe-Bleue ; je le sais bien, moi. Vous avez voulu entrer dans le cabinet ! Eh bien, madame, vous y entrerez et irez prendre votre place auprès des dames que vous y avez vues.
Elle se jeta aux pieds de son mari en pleurant, et en lui demandant pardon, avec toutes les marques d’un vrai repentir, de n’avoir pas été obéissante. Elle aurait attendri un rocher, affligée comme elle était ; mais la Barbe-Bleue avait le cœur plus dur qu’un rocher. « Il faut mourir, madame, lui dit-il, et tout à l’heure. — Puisqu’il faut mourir, répondit-elle, en le regardant les yeux baignés de larmes, donnez-moi un peu de temps pour prier Dieu. — Je vous donne un demi-quart d’heure, reprit la Barbe-Bleue ; mais pas un moment davantage. »
Lorsqu’elle fut seule, elle appela sa sœur, et lui dit : Ma sœur Anne, car elle s’appelait ainsi, monte, je te prie, sur le haut de la tour pour voir si mes frères ne viennent point ; ils m’ont promis qu’ils me viendraient voir aujourd’hui ; et, si tu les vois, fais-leur signe de se hâter. — La sœur Anne monta sur le haut de la tour ; et la pauvre affligée lui criait de temps en temps : Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? — Et la sœur Anne lui répondait : Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie.
Cependant la Barbe Bleue, tenant un grand coutelas à sa main, criait de toute sa force à sa femme : Descends vite, ou je monterai là-haut. — Encore un moment, s’il vous plaît, lui répondait sa femme ; et aussitôt elle criait tout bas : Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? — Et la sœur Anne répondait : Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie.
Descends donc vite, criait la Barbe-Bleue, ou je monterai là-haut. — Je m’en vais, répondait la femme ; et puis elle criait : Anne, ma sœur Anne ne vois-tu rien venir ? — Je vois, répondit la sœur Anne, une grosse poussière qui vient de ce côté-ci… — Sont-ce mes frères ? — Hélas ! non, ma sœur : c’est un troupeau de moutons…
Ne veux tu pas descendre ? criait la Barbe-Bleue — Encore un moment, répondait sa femme ; et puis elle criait : Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? — Je vois, répondit-elle, deux cavaliers qui viennent de ce côté-ci, mais ils sont bien loin encore… Dieu soit loué ! s’écria-t-elle un moment après ; ce sont mes frères. Je leur fais signe tant que je puis de se hâter.
La Barbe-Bleue se mit à crier si fort que toute la maison en trembla. La pauvre femme descendit, et alla se jeter à ses pieds tout épleurée et tout échevelée. « Cela ne sert de rien, dit la Barbe-Bleue ; il faut mourir. » Puis, la prenant d’une main par les cheveux, et de l’autre levant le coutelas en l’air, il allait lui abattre la tête. La pauvre femme, se tournant vers lui, et le regardant avec des yeux mourants, le pria de lui donner un petit moment pour se recueillir. « Non, non, dit-il, recommande-toi bien à Dieu ; » et, levant son bras…
Dans ce moment, on heurta si fort à la porte que la Barbe-Bleue s’arrêta tout court. On ouvrit, et aussitôt on vit entrer deux cavaliers, qui mettant l’épée à la main, coururent droit à la Barbe-Bleue. Il reconnut que c’était les frères de sa femme, l’un dragon et l’autre mousquetaire, de sorte qu’il s’enfuit aussitôt pour se sauver ; mais les deux frères le poursuivirent de si près qu’ils l’attrapèrent avant qu’il pût gagner le perron. Ils lui passèrent leur épée au travers du corps, et le laissèrent mort.
La pauvre femme était presque aussi morte que son mari, et n’avait pas la force de se lever pour embrasser ses frères.
Il se trouva que la Barbe-Bleue n’avait point d’héritiers et qu’ainsi sa femme demeura maîtresse de tous ses biens. Elle en employa une partie à marier sa sœur avec un gentilhomme, une autre partie à acheter des charges de capitaines à ses deux frères, et le reste à se marier elle-même à un fort honnête homme, qui lui fit oublier le mauvais temps qu’elle avait passé avec la Barbe-Bleue.
