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AUTRE ÉPOQUE AUTRES MŒURS MAIS TOUJOURS BEAUCOUP DE THÉÂTRE À L’ASSEMBLÉE 📆 21 avril 1967

Le 21 avril 1967 se déroule à Neuilly‑sur‑Seine le dernier duel officiellement recensé en France, entre deux députés de la IVᵉ République. À une époque où la TV s’impose et la société s’urbanise, ce combat à l’épée paraît à la fois archaïque et grandiose, comme un ultime écho d’un vieux code d’honneur.

De l’insulte au défi

Gaston Defferre, député SFIO et président du groupe socialiste, s’emporte un jour d’avril à l’Assemblée nationale contre René Ribière, son collègue gaulliste. Le premier l’apostrophe sur les bancs : « Taisez-vous, abruti ! », sous le regard de l’ensemble de l’hémicycle. Cette phrase, jugée insultante, blesse profondément Ribière, pour qui sa dignité de parlementaire est en jeu. Il demande alors des excuses dans la salle des Quatre‑Colonnes, conformément aux règles du rapport d’honneur qui courent encore dans la vie politique. Defferre refuse de revenir sur ses propos, ce qui pousse Ribière à demander « réparation » par un duel. Les témoins sont désignés de chaque côté et le rendez‑vous est fixé à l’épée.

Le duel à l’épée de Neuilly

Le combat se déroule le lendemain dans le jardin d’un hôtel particulier de Neuilly‑sur‑Seine. Les deux hommes se présentent en bras de chemise, chacun entouré de témoins et d’un médecin afin de soigner la moindre blessure. L’arbitre est Jean de Lipkowski, député‑maire de Royan, qui impose la règle du « premier sang » : le duel doit s’arrêter dès que l’un des deux est touché. Le duel ne dure que quelques minutes. Defferre, plus expérimenté aux armes, parvient à toucher Ribière deux fois à l’avant‑bras. Les estafilades sont superficielles, mais suffisent à l’arbitre pour considérer l’honneur réparé. Le combat s’arrête, sans véritable victoire ni mort, simplement un geste accompli.

Suites politiques et médiatiques

Sur le plan strictement politique, le duel n’a pas de conséquence directe sur les carrières de Defferre ou de Ribière. Les deux députés continuent à siéger et à s’affronter dans les débats, sans jamais se réconcilier véritablement. Pourtant, l’épisode ne passe pas inaperçu : des journaux relaient la scène, des images circulent, et l’affrontement devient un sujet de railleries autant qu’un rappel de mœurs anciennes. Le pouvoir gaulliste, avec le général de Gaulle en tête, observe cette « mascarade » d’un air mi‑amuse, mi‑agacé. Certains ministres parlent de « pitrerie anachronique », mais personne ne poursuit sérieusement les deux protagonistes. Le duel reste donc impuni, presque toléré comme un dernier divertissement archaïque.

Un duel aujourd’hui

Vu le niveau de l’Assemblée actuelle, un éventuel duel à l’ancienne ne se ferait sans doute qu’au sabre laser – des sabres plastiques bien flashies pour le sûr. Aujourd’hui, les insultes fusent, les coups bas se multiplient, mais les duels se font à coups de bons mots et de tweets vindicatifs.

On peut se demander si la notion d’honneur existe encore dans cette cour d’école qu’est devenue l’Assemblée. Il y a bien des déclarations solennelles, des références convenues à « la dignité » ou à « la responsabilité », mais derrière, tout sonne creux : promesses trahies, postures médiatiques, logiques partisanes qui balayent les principes. L’honneur, s’il traîne encore quelque part, semble n’être plus qu’un décor de podium, un slogan sans conséquence.