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Quelle belle place que celle d’un tyran

— Je me verrais bien à ta place : un beau palais, une belle femme, des mets à volonté, des serviteurs attentifs à tes moindres désirs, et personne pour s’opposer à toi.

— Crois-tu vraiment ? Ne penses-tu pas que tout cela s’accompagne d’une contrepartie à la hauteur de ces privilèges ?

— Quelle contrepartie pourrait donc exister quand on est roi en son domaine ?

— Même un roi a des obligations. Le pouvoir et la puissance ne libèrent pas de tout.

— Mais toi, plus qu’un roi, tu es un tyran. Cela ne t’épargne-t-il pas les petits tracas du pouvoir ?

— Certes… mais les dieux me sont supérieurs, et ils veillent à me le rappeler.

— Quel pouvoir pourraient-ils avoir sur toi que tu n’aies déjà ?

— Je t’invite à prendre mon siège, le temps d’une journée, et tu jugeras alors de ma condition.

— Je ne puis faire cela, mon roi.

— Bien sûr que si, mon ami. Puisque ton roi te l’ordonne.

Et ainsi les deux hommes échangèrent leur place.

Le nouveau roi d’un jour ordonna qu’on préparât un grand banquet pour célébrer sa fortune passagère. Il prit place sur le trône, mangea, but, chanta, se laissa griser par l’abondance, et traita sans retenue servantes et courtisans. Il savourait pleinement sa bonne fortune passagère.

Puis, dans un moment d’insouciance, il leva les bras et porta les yeux vers le ciel. Alors son regard s’arrêta sur ce qu’il n’avait pas vu jusque-là. Il comprit aussitôt. Le vin perdit sa saveur, et la joie s’effondra dans un éclair de lucidité.

Il quitta le trône sans un mot, rendit à l’ancien roi sa place et tous ses attributs, puis s’éloigna du palais, plus léger de ne plus envier le pouvoir.

Mais qui est cet homme et quel est ce mythe évoqués librement par votre serviteur ?

A/ Agamemnon

B/ Ulysse

C/ Damoclès

D/ Sisyphe

La réponse

Le mythe de Damoclès raconte qu’à la cour de Syracuse, un courtisan nommé Damoclès ne cessait d’envier la puissance et le bonheur du tyran Denys l’Ancien. Pour lui faire comprendre que le pouvoir s’accompagne aussi de peur et de danger, Denys lui proposa de prendre sa place le temps d’un banquet.

Pendant le repas, Damoclès profita du luxe du palais, puis leva les yeux et vit une épée suspendue au-dessus de sa tête, retenue par un simple crin de cheval. Il comprit alors que vivre dans le faste ne signifie pas être heureux, car le pouvoir reste toujours fragile et menacé.

C’est de là que vient l’expression « l’épée de Damoclès », qui désigne aujourd’hui un danger constant ou une menace prête à surgir à tout moment.