Une idée très répandue veut que le prix du pétrole augmente mécaniquement à mesure que les réserves diminuent. La réalité est plus subtile, presque paradoxale : lorsque le prix du pétrole monte, les réserves exploitables peuvent elles aussi augmenter.
Tout dépend, en fait, de ce que l’on appelle un « stock de pétrole ».
La quantité totale de pétrole présente dans le sous-sol terrestre diminue bien à mesure que nous la brûlons dans les moteurs, les chaudières ou les usines. À l’échelle humaine, ce pétrole ne se reconstitue pas : sa formation naturelle demande des millions d’années. Mais les réserves pétrolières ne désignent pas tout le pétrole existant sous terre. Elles correspondent à la part que l’on peut extraire avec les techniques disponibles, dans des conditions économiquement rentables.
Or, un gisement n’est presque jamais exploité jusqu’à la dernière goutte. Une partie du pétrole demeure prisonnière de la roche, trop profonde, trop visqueuse, trop dispersée ou simplement trop coûteuse à récupérer. Tant que son extraction coûte davantage que ce qu’elle rapporte, elle n’est pas comptabilisée comme une réserve rentable : elle reste dans le sous-sol, en attente de jours meilleurs.
Si le prix du baril augmente, l’équation change. Des gisements auparavant jugés trop chers deviennent exploitables. On peut alors investir dans des forages plus complexes, injecter de l’eau, du gaz ou de la vapeur pour extraire davantage de pétrole, ou développer des ressources dites « non conventionnelles », comme les sables bitumineux et le pétrole de schiste.
C’est notamment ce mécanisme qui a permis l’essor spectaculaire de la production américaine de pétrole de schiste. Pendant longtemps, ces hydrocarbures étaient connus, mais leur extraction demeurait trop coûteuse. La hausse des prix, associée aux progrès techniques — forage horizontal et fracturation hydraulique — a fini par rendre leur exploitation rentable à grande échelle.
Autrement dit, la planète ne crée pas du pétrole supplémentaire lorsque le baril devient cher. En revanche, une hausse des prix transforme du pétrole déjà connu, mais auparavant inaccessible ou non rentable, en pétrole compté parmi les réserves exploitables.
Cela ne signifie pas que le pétrole soit une ressource infinie, ni que son extraction puisse progresser sans limites. Les nouveaux gisements sont souvent plus coûteux, plus difficiles à exploiter et plus lourds sur le plan environnemental. Mais cela explique pourquoi les estimations de réserves mondiales peuvent augmenter alors même que l’humanité continue de consommer du pétrole chaque jour : ce ne sont pas les molécules qui se multiplient, c’est la part économiquement récupérable qui s’élargit.
Il est pas beau ce monde ! 😏