Franz Xaver Messerschmidt, Autrichien né en Allemagne, 1736–1783
The MET
À la fin de sa vie, Franz Xaver Messerschmidt (1736-1783) est obsédé par la réalisation d’une série d’autoportraits sculptés aux expressions faciales extrêmes, qu’il appelle ses « têtes de caractère ».
Entre 1770 et 1783, Messerschmidt sculpte dans son atelier, d’abord à Vienne puis à Bratislava (alors Presbourg), une soixantaine de bustes en alliage d’étain et de plomb représentant son propre visage déformé par des grimaces violentes : lèvres pincées, mâchoires crispées, yeux exorbités, bouche ouverte, etc. Ces « têtes de caractère » (ainsi nommées après sa mort) sont des autoportraits destinés à figer des états d’âme et des passions humaines : le mélancolique, l’hypocondriaque, le satirique, l’obstiné, le vexé, etc.
Selon son ami l’écrivain et philosophe Friedrich Nicolai, Messerschmidt se disait persécuté par un « esprit des proportions » qui le tourmentait moralement et physiquement, notamment par des douleurs dans le bas-ventre et les cuisses. Pour tenter de maîtriser cet esprit et de contrôler ses propres expressions, il se pinçait le corps très fort devant un miroir jusqu’à grimacer, puis reproduisait ces grimaces en sculpture. Il regardait son reflet toutes les trente secondes et ajustait minutieusement la grimace qu’il voulait immortaliser.
Écarté de l’Académie impériale des Beaux-Arts de Vienne à cause de sa « curieuse santé » et des rumeurs sur sa folie (on évoque aujourd’hui paranoïa, schizophrénie ou troubles psychiques), Messerschmidt se retire en 1777 chez son frère à Bratislava, où il continue jusqu’à sa mort, en 1783, à travailler sur ces têtes. Après son décès, 49 des 69 bustes retrouvés dans son atelier sont vendus et exposés en 1793 à Vienne comme des curiosités, avant que l’œuvre ne soit redécouverte et réévaluée aux XIXème et XXème siècles.