Edgar Degas (1834-1917) – Sculpteur français
The MET
Elle se dresse, immobile et pourtant vivante, au cœur des salles du musée d’Orsay comme à la National Gallery of Art de Washington. La Petite Danseuse de 14 ans d’Edgar Degas n’est pas une simple sculpture : c’est un manifeste du réalisme, une effigie troublante de vérité qui bouleverse encore aujourd’hui.
Degas la modèle entre 1878 et 1881, en cire teintée, avec une recherche obsessionnelle du vrai. Il habille la figurine d’un tutu en tulle, d’un bustier en satin, de chaussons de danse et même d’une perruque en cheveux naturels, poussant l’imitation de la peau humaine à un degré inédit. Présentée à la sixième exposition impressionniste de 1881, elle scandalise : « Quel laideron ! » s’exclame un critique, tandis que d’autres parlent de « malaise ». C’est la seule sculpture que Degas expose de son vivant.
Derrière la danseuse se cache une jeune fille bien réelle : Marie van Goethem, née en 1865, élève de l’Opéra de Paris, issue d’une famille modeste et illettrée. Degas, qui est son voisin, la fait poser à de multiples reprises, captant sa posture de repos, menton relevé, bras tendus, mains croisées dans le dos, pieds en quatrième position. Mais derrière la grâce apparente se dessine une réalité plus sombre : Marie, comme d’autres « petits rats », doit parfois arrondir ses fins de mois, l’Opéra étant pour certaines jeunes filles moins une école de danse qu’un lieu de rencontre avec des hommes fortunés.
À la mort de Degas en 1917, on découvre dans son atelier près de 150 sculptures en cire ou en terre, presque toutes inconnues du public. La Petite Danseuse, elle, devient iconique. Vingt-cinq exemplaires en bronze sont fondus entre 1921 et 1931 par le fondeur Adrien-Aurélien Hébrard. En 2024, l’une de ces versions atteint 41,6 millions de dollars chez Christie’s, devenant l’œuvre la plus chère de Degas jamais vendue aux enchères.