William Michael Harnett
The MET
Datée de 1888, Still Life—Violin and Music (« Nature morte, violon et musique ») de William Michael Harnett est l’un des joyaux du trompe-l’œil américain conservés au Metropolitan Museum of Art de New York. Contre une porte en bois légèrement entrouverte, Harnett dispose un violon usé, un archet, un piccolo, une feuille de musique déchirée, un fer à cheval, une boîte à allumettes métallique et un petit cartellino portant sa signature.
Tout est peint à taille réelle, sans trace de coup de pinceau visible, avec des ombres portées et des détails hyper-réalistes : le coin de la partition qui se soulève, la corde du violon qui projette son ombre, la rouille des charnières… Autant d’effets destinés à « tromper l’œil » et à faire croire que les objets sont réellement suspendus devant nous.
Derrière cette prouesse technique se lit une méditation sur le temps qui passe : l’instrument, poussiéreux et silencieux, évoque les plaisirs révolus, tandis que la musique inscrite sur la feuille – une ballade irlandaise – rappelle les origines de l’artiste, né en Irbefore avant d’émigrer aux États-Unis. Dans une Amérique en pleine industrialisation, Harnett oppose à la production de masse la valeur de l’objet fait main, lentement ciselé par la main du peintre.
Un tableau à regarder de près… jusqu’à ce que l’envie prenne de tendre la main pour détacher le violon.