Par un forgeron (numu) de l’ethnie Bamana
The MET
Au cœur de la galerie 341 du Metropolitan Museum, un personnage de bois d’une hauteur de 90 cm impose sa silhouette sereine et puissante. Il s’agit d’un Gwantigi, une sculpture créée entre le XVᵉ et le XVIIᵉ siècle par un forgeron (numu) de l’ethnie Bamana, dans la région de Bougouni, au sud du Mali.
Ce Gwantigi représente un leader masculin idéalisé, compagnon d’une figure de mère et enfant lors des cérémonies des sociétés d’initiation « Jo » et « Gwan ». Chaque année, à l’occasion de rituels villageois, cette statue et ses semblables sortent de leurs sanctuaires pour être nettoyées, huilées, parées d’étoffes et de perles, puis exposées en plein air, au centre du village, comme symbole de cohésion et de continuité.
Le personnage porte un chapeau de chasseur orné de cornes d’animaux et d’amulettes, censés accroître sa perception et son habileté à la chasse. Il tient une lance, dite « arme de distinction », relicat d’ancêtres héroïques transmis de père en fils lors de l’initiation. Un couteau fixé à son bras rappelle également son lien avec la chasse et la tradition sculpturale bamana, dont les origines remontent jusqu’aux terres cuites du XIIᵉ siècle.
Les paupières lourdes, la bouche close et les bras ramenés contre le corps traduisent un calme intérieur et une maîtrise de soi qui renforcent l’autorité naturelle du personnage. Ce Gwantigi n’est pas seulement une œuvre d’art : c’est un gardien de mémoire, un passeur de rites, un lien vivant entre les générations.
Œuvre visible au Metropolitan Museum of Art, New York – don de John et Evelyn Kossak, 1983.