
Petronella Oortman (1656-1716)
Rijksmuseum
Dans une salle du Rijksmuseum, un cabinet monumental attire le regard. Derrière ses portes gainées d’écaille et d’étain se cache une maison de poupées pas comme les autres. Entre 1686 et 1710, Petronella Oortman, riche veuve d’un marchand de soie d’Amsterdam, fait créer ce meuble exceptionnel, haut de plus de deux mètres et demi.
À l’intérieur, neuf pièces parfaitement proportionnées reproduisent un intérieur bourgeois hollandais du XVIIᵉ siècle. Chaque détail est réel : les meubles sont en matériaux nobles, les textiles sont finement ouvragés, les porcelaines, les paniers et les ustensiles sont de véritables miniatures, la cuisine dispose de l’eau courante avec une fontaine fonctionnelle et 83 livres reliés en cuir sont rassemblés dans la bibliothèque. Rien n’est factice ; tout est fait pour montrer le raffinement d’une maison idéale.
Ce n’est pas un jouet pour enfants, mais un passe-temps de salon pour femmes fortunées. Petronella y dépense des sommes considérables – en 1718, un voyageur la jugeait la plus précieuse d’Europe, estimée entre 20 000 et 30 000 florins, soit à peu près le prix d’une vraie maison au bord d’un canal d’Amsterdam -, au point que sa « petite maison » devient rapidement célèbre dans toute l’Europe. Aujourd’hui, elle reste l’une des pièces les plus précieuses du Rijksmuseum, à la fois œuvre d’art, témoignage social et fenêtre ouverte sur la vie domestique de l’âge d’or hollandais.