Dans la nuit du 11 au 12 octobre 2026, un violent incendie ravage le marché des Enfants-Rouges, dans le 3e arrondissement de Paris. Le plus ancien marché couvert de la capitale est « totalement sinistré » : une perte patrimoniale et affective majeure pour le Marais.
Fondé en 1615 sous le nom de « Petit Marché du Marais », le marché s’installe dans un quartier alors en plein essor. La place Royale — l’actuelle place des Vosges — attire la noblesse et la grande bourgeoisie, qui y font construire de somptueux hôtels particuliers. Le marché devient rapidement un lieu de commerce quotidien, au cœur d’un Paris qui se construit et se peuple. Il ne prend le nom d’« Enfants-Rouges » qu’à la fin du XVIIIème siècle, en mémoire de l’hospice voisin.
Pourquoi « enfants rouges » ?
Le nom vient de l’hôpital des Enfants-Dieu, fondé en 1536 par Marguerite de Navarre, sœur de François Ier. Cet établissement recueille des orphelins, que la tradition décrit vêtus de drap rouge, en signe de charité.
Mais l’explication ne fait pas l’unanimité. Une autre tradition affirme que ces enfants sont dits « rouges » parce qu’ils sont réputés avoir causé la mort de leur mère en couches : le rouge renverrait alors au sang, non au vêtement. La version du drap rouge reste la plus documentée, mais le doute subsiste.
Les enfants accueillis à l’hospice sont des garçons ; les filles ne sont pas admises. Ils arrivent souvent vers six ou sept ans, après un passage à l’Hôtel-Dieu. Vers dix ou douze ans, l’hospice les place en apprentissage chez des artisans, des commerçants ou des cultivateurs. L’objectif est simple : leur apprendre un métier et leur permettre de devenir autonomes.
Les « enfants bleus » et les filles
Les « enfants rouges » ont leurs homologues : les « enfants bleus », pupilles de l’hôpital de la Trinité, reconnaissables à leurs vêtements bleus. Ils accueillent des enfants pauvres, orphelins ou enfants de parents emprisonnés, tués ou invalides.
Les orphelines, elles, sont prises en charge ailleurs : à l’Hôtel-Dieu, dans des couvents, des hôpitaux spécialisés ou, à partir du XVIIème siècle, à l’hôpital des Enfants-Trouvés. Leur avenir passe souvent par le service domestique, les travaux textiles ou la vie religieuse.
À Paris, l’assistance aux enfants reste donc segmentée par le sexe, l’âge et l’origine de la détresse. Chaque institution possède sa couleur, ses règles et son public.
Qui paie ces hôpitaux ?
Ces établissements ne vivent pas d’un budget public moderne. Ils dépendent des dons, des legs, des fondations, des rentes et d’un important patrimoine immobilier.
S’y ajoutent des taxes sur le vin, les boissons ou les marchandises entrant dans Paris, ainsi que des subventions royales. Louis XIII accorde par exemple 4 000 livres de rente annuelle aux Enfants-Trouvés, puis Louis XIV en ajoute 8 000.
Malgré ces ressources, les caisses restent fragiles. L’hospice des Enfants-Rouges ferme en 1772, victime de difficultés financières ; ses biens passent à l’Hôpital des Enfants-Trouvés.
Le quartier du Marais
Le quartier connaît son âge d’or au XVIIème siècle, avant que la cour ne s’installe à Versailles et que les élites ne délaissent leurs hôtels du Marais. Au XIXème siècle, le quartier devient populaire, industriel et parfois insalubre.
Dans les années 1960, André Malraux en fait le premier secteur sauvegardé de France. Les hôtels particuliers sont restaurés, mais le quartier se gentrifie rapidement.
Avec l’incendie, Paris perd bien plus qu’un marché : un morceau de son histoire urbaine, sociale et gastronomique. Le lieu qui portait encore le souvenir d’un hospice du XVIème siècle disparaît en quelques heures.
La Ville annonce son soutien aux commerçants et aux riverains. Reste à savoir ce que deviendra le site — et si le plus ancien marché couvert de Paris pourra renaître un jour.