Le 19 octobre 1783, dans les jardins de la Folie Titon, au faubourg Saint-Antoine, Paris assiste à une première historique : des êtres humains s’élèvent dans les airs à bord d’un ballon. Celui-ci reste attaché au sol par des cordes, mais l’aventure du vol habité commence.
L’exploit d’une équipe
La Folie Titon abrite alors la manufacture de papiers peints de Jean-Baptiste Réveillon. Ce lieu industriel devient, pour quelques jours, le théâtre d’une expérience scientifique et spectaculaire. Les frères Montgolfier, Joseph et Étienne, y préparent leur aérostat avec Réveillon et le physicien Jean-François Pilâtre de Rozier.
Devant une foule considérable, qui bloque le faubourg Saint-Antoine et les boulevards voisins, le ballon se gonfle grâce à l’air chaud produit par la combustion de paille. Pilâtre de Rozier et André Giroud de Villette prennent place dans la nacelle. Retenu par des cordes, l’aérostat s’élève à près de 100 mètres d’altitude.
Une descente mouvementée
À la descente, un vent d’est pousse le ballon vers de grands arbres. Pilâtre de Rozier réanime alors le feu du réchaud avec une botte de paille. L’air chaud revient, le ballon se dégagne des branches et l’expérience s’achève sous les applaudissements du public.
Ce vol captif prépare le grand saut du 21 novembre 1783 où Pilâtre de Rozier et le marquis d’Arlandes réalisent le premier vol libre habité en montgolfière, au-dessus de Paris.
Tout commence par une chemise
Quelques mois plus tôt, l’invention naît d’une observation presque banale. En 1782, Joseph Montgolfier tient une chemise fermée au-dessus d’un feu : le tissu se gonfle et s’élève. Les frères transforment cette intuition en expériences successives.
En novembre 1782, à Avignon, un petit cube de taffetas d’environ un mètre cube monte jusqu’au plafond. En décembre, à Annonay, un essai analogue atteint une trentaine de mètres. Le 14 décembre, une sphère de trois mètres cubes décolle avec une telle force que les frères perdent quelque peu le contrôle de l’engin.
Le 25 avril 1783, un ballon de près de 800 mètres cubes, en toile renforcée de papier, s’élève à environ 400 mètres lors d’un essai privé. Puis, le 4 juin 1783, les Montgolfier présentent leur invention au public à Annonay : le ballon vole une dizaine de minutes et retombe à près de deux kilomètres de son point de départ.
Première rivalité dans les airs
Les Montgolfier ne sont pas seuls à rêver du ciel. Le physicien Jacques Alexandre César Charles, associé aux frères Anne-Jean et Nicolas-Louis Robert, mise sur une autre technologie : l’hydrogène.
La concurrence oppose bientôt les « Montgolfiéristes », adeptes de l’air chaud, aux « Charliens », partisans du ballon à gaz. Charles croit d’abord que les Montgolfier utilisent de l’hydrogène lors de leur démonstration d’Annonay. Il met alors au point, avec les frères Robert, un ballon gonflé à l’hydrogène.
Le 27 août 1783, Charles lance le premier ballon à hydrogène au Champ-de-Mars. Le 1er décembre, il effectue avec Nicolas-Louis Robert le premier vol habité en ballon à gaz, depuis le jardin des Tuileries.
A chacun sa victoire
Les Montgolfier remportent la première manche : le 21 novembre, Pilâtre de Rozier et le marquis d’Arlandes s’envolent librement au-dessus de Paris. Mais dix jours plus tard, Charles et Robert réalisent un vol de près de deux heures et d’environ 35 à 36 kilomètres. Ils établissent alors les records de durée, de distance et d’altitude.
En quelques mois, Paris voit naître l’aéronautique. Entre l’air chaud des Montgolfier et l’hydrogène de Charles, le ciel cesse enfin d’être un domaine réservé aux oiseaux.