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SAUVEGARDE DU TRÉSOR DE LA TOUR D’ARGENT 📆 14 juin 1940

Ce 14 juin 1940, tandis que les troupes allemandes entrent dans Paris, Claude Terrail, propriétaire de la Tour d’Argent, accomplit un geste décisif : il fait disparaître derrière un mur les plus précieuses bouteilles de la cave du célèbre restaurant.

Une cave hors normes

Située quai de la Tournelle, la Tour d’Argent possède alors l’une des caves les plus prestigieuses de Paris. Son trésor ne se résume pas aux grands crus contemporains : il rassemble aussi des vins historiques issus du Café Anglais, fermé en 1913, que la famille Terrail a patiemment réunis.

Face à l’avancée allemande, Claude Terrail comprend que ces bouteilles exceptionnelles risquent d’être réquisitionnées. Avec son maître d’hôtel, Gaston Masson, il décide donc de protéger le cœur de la collection.

Cinq heures pour bâtir une cachette

Dans un angle des caves, les deux hommes font élever un mur en un temps record : environ cinq heures. Les flacons les plus rares y sont enfermés, puis le mur est recouvert de chaux et dissimulé derrière des casiers à vin ordinaires.

La cachette est si discrète qu’elle échappe aux occupants pendant toute la durée de la guerre. Le mur ne révèle son secret qu’en 1944, à la Libération, lorsqu’il est enfin démoli et que les bouteilles retrouvent leur place dans l’inventaire.

Un sauvetage partiel

L’opération ne sauve pourtant pas l’intégralité des réserves. Dès juin 1940, les Allemands réquisitionnent environ 80 000 bouteilles de la Tour d’Argent, auxquelles s’ajoutent 75 000 autres provenant de grands palaces parisiens.

Mais l’essentiel est préservé : les millésimes les plus anciens et les plus rares, le véritable patrimoine de la maison, restent hors de portée. Ce mur improvisé devient ainsi l’un des épisodes les plus remarquables de la résistance discrète menée dans les caves françaises pendant l’Occupation.

Un héritage toujours visible

Aujourd’hui encore, une partie de ces vins historiques est présentée dans un espace protégé des caves de la Tour d’Argent. Surnommé le « Saint des Saints », il rappelle qu’un grand restaurant ne conserve pas seulement des bouteilles : il préserve une mémoire, un savoir-faire et parfois, en temps de guerre, un fragment de patrimoine national.