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NAISSANCE D’UN IMPÔT, TOUT NOUVEAU TOUT BEAU, PERMANENT CELUI-CI 📆 2 novembre 1439

Le 2 novembre 1439, Ă  OrlĂ©ans, Charles VII obtient des États gĂ©nĂ©raux l’autorisation de prĂ©lever la taille d’annĂ©e en annĂ©e. Avec cette dĂ©cision, la France voit naĂźtre l’un des fondements de son État moderne : l’impĂŽt permanent.

La taille devient permanente

La taille n’est pas une invention de 1439. Elle existe dĂ©jĂ  depuis le Moyen Âge comme une aide exceptionnelle, votĂ©e pour faire face Ă  un besoin prĂ©cis, le plus souvent la guerre. Mais ce jour-lĂ , elle change de nature : elle devient un impĂŽt royal annuel, renouvelable sans nouvelle consultation des États gĂ©nĂ©raux.

Charles VII en a besoin pour financer une armĂ©e royale permanente et mettre fin aux pillages des bandes armĂ©es, notamment les Écorcheurs, qui sĂ©vissent aprĂšs les troubles de la guerre de Cent Ans. L’ordonnance d’OrlĂ©ans lie donc Ă©troitement fiscalitĂ© et pouvoir militaire : le roi finance ses soldats grĂące Ă  un impĂŽt qu’il contrĂŽle.

Les États gĂ©nĂ©raux d’OrlĂ©ans ?

Les États gĂ©nĂ©raux rĂ©unissent les reprĂ©sentants des trois ordres du royaume : le clergĂ©, reprĂ©sentĂ© par des prĂ©lats et dignitaires ecclĂ©siastiques ; la noblesse, souvent convoquĂ©e personnellement en tant que seigneurs et dĂ©tenteurs de fiefs ; le tiers Ă©tat, surtout des bourgeois Ă©lus par les grandes villes.

Charles VII prĂ©side l’assemblĂ©e, entourĂ© de commissaires royaux chargĂ©s de prĂ©senter les besoins de la Couronne, demander le subside et organiser sa rĂ©partition. Des princes du sang et de hauts prĂ©lats participent Ă©galement aux dĂ©bats.

Les dĂ©putĂ©s discutent de la guerre, de la paix avec l’Angleterre et du financement de l’armĂ©e. Ils votent alors un subside de 100 000 francs pour une annĂ©e, ouvrant la voie Ă  la taille annuelle et Ă  la crĂ©ation d’une armĂ©e royale permanente.

La répartition de la taille

La taille fonctionne comme un impĂŽt de rĂ©partition. Le roi ne fixe pas un taux appliquĂ© Ă  chacun : il dĂ©termine un montant global, ensuite divisĂ© de proche en proche jusqu’aux foyers. Le calcul est ainsi fait :

  1. Le roi et son conseil fixent le montant annuel global.
  2. Ce montant est réparti entre les généralités, grandes circonscriptions financiÚres.
  3. Les intendants et les élus le divisent ensuite entre les élections ou subdélégations.
  4. Les paroisses reçoivent leur quote-part.
  5. Des collecteurs ou assĂ©eurs locaux Ă©tablissent le rĂŽle, c’est-Ă -dire la liste des chefs de famille et la somme que chacun doit payer.

Deux systĂšmes coexistent. Dans le nord de la France, la taille personnelle s’appuie sur les revenus et le train de vie estimĂ©s du contribuable. Dans le Midi, la taille rĂ©elle porte sur la valeur des terres roturiĂšres, grĂące Ă  des registres cadastraux appelĂ©s compoix ou terriers.

La paroisse est solidaire du paiement : si un habitant ne peut pas payer, les autres doivent couvrir sa part. Cette rÚgle renforce le pouvoir des collecteurs locaux, mais elle expose aussi les plus pauvres aux inégalités et aux pressions.

Les autres charges des roturiers

La taille n’est pas la seule contribution qui pùse sur les roturiers. Ils supportent aussi de nombreux impîts indirects, qui touchent leur consommation quotidienne :

  • la gabelle, impĂŽt sur le sel, parfois assorti d’une obligation d’achat ;
  • les aides, taxes sur les boissons et certaines marchandises ;
  • les traites, droits de douane perçus sur les marchandises ;
  • les octrois, taxes locales sur les produits entrant dans les villes.

Selon les périodes, ils payent aussi la capitation, créée en 1695, puis le vingtiÚme, qui frappe en principe les revenus fonciers, mobiliers, commerciaux et professionnels.

À ces prĂ©lĂšvements royaux s’ajoutent des charges seigneuriales, des corvĂ©es, la dĂźme versĂ©e Ă  l’Église, l’obligation de loger des soldats ou encore le service dans la milice. La fiscalitĂ© de l’Ancien RĂ©gime pĂšse donc lourdement sur le tiers Ă©tat, tandis que la noblesse et le clergĂ© bĂ©nĂ©ficient d’exemptions ou de privilĂšges importants.

Un tournant vers un Etat stable

Le 2 novembre 1439 ne crée pas seulement un impÎt : il transforme la relation entre le roi et ses sujets. La taille devient un instrument durable du pouvoir royal, affaiblit les prélÚvements seigneuriaux et permet à la monarchie de financer une armée réguliÚre.

De la taille de Charles VII jusqu’à sa suppression Ă  la RĂ©volution française, cet impĂŽt accompagne prĂšs de trois siĂšcles et demi d’histoire de France. Il rappelle qu’un État moderne se construit aussi avec des finances stables… et que le contribuable en bas de la pyramide en paie bien souvent le prix le plus Ă©levĂ©.