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LES AVENTURES DE TOM SAWYER SORTENT DANS LES MEILLEURES LIBRAIRIES – CHAP. I 📆 9 juin 1876

Le 9 juin 1876, un vent nouveau souffle sur la littérature mondiale : Mark Twain publie pour la première fois son roman « Les Aventures de Tom Sawyer ». Ce livre, qui naît dans l’Amérique encore marquée par la guerre de Sécession, invite petits et grands à suivre les pas d’un enfant pas comme les autres, espiègle et rêveur, dans une petite ville du Missouri.

Aujourd’hui encore, Tom Sawyer séduit. On le rencontre, jeune garçon débrouillard, orphelin élevé par sa tante Polly, dans la ville fictive de Saint-Petersburg, au bord du Mississippi. Tom ne tient pas en place. Il préfère mille fois jouer, explorer et inventer des histoires que d’aller à l’école ou d’obéir aux adultes. Avec ses amis Huckleberry Finn et Joe Harper, il multiplie les aventures, les bêtises et les découvertes. Qui n’a jamais souri en lisant la scène où Tom convainc d’autres enfants de repeindre la clôture à sa place ? Qui ne frémit pas lorsqu’il devient témoin d’un meurtre dans le cimetière, ou lorsqu’il se perd dans la grotte avec Becky Thatcher ?

Mark Twain, à travers ce roman, célèbre l’enfance dans toute sa liberté, son imagination et sa capacité à défier les règles. Il peint aussi, avec humour et une pointe de satire, la société américaine de son temps : la justice, l’éducation, la morale, tout y passe. Mais au-delà de la critique, c’est surtout un hymne à la débrouillardise et à l’amitié que Twain nous offre.

Le style du roman, vivant, rythmé par des dialogues savoureux et des descriptions pleines de couleurs, embarque le lecteur dans un tourbillon d’émotions et de souvenirs. Tom Sawyer, c’est l’aventure, la peur, la joie, la découverte du monde et de soi-même. C’est aussi le passage de l’enfance à l’âge adulte, avec ses doutes et ses rêves.

Depuis sa sortie, « Les Aventures de Tom Sawyer » traverse les générations. Il inspire des adaptations au cinéma, à la télévision, en bande dessinée, et reste un incontournable de la littérature jeunesse. Tom Sawyer, c’est le symbole d’une enfance insouciante, curieuse et audacieuse, qui continue, près de 150 ans plus tard, à faire rêver les lecteurs du monde entier.



Avertissement

La plupart des aventures racontĂ©es dans ce livre ont rĂ©ellement eu lieu. J’en ai vĂ©cu une ou deux ; je dois les autres Ă  mes camarades d’école. Huck Finn est un personnage rĂ©el ; Tom Sawyer Ă©galement, mais lui est un mĂ©lange de trois garçons que j’ai bien connus. Il est, en quelque sorte, le rĂ©sultat d’un travail d’architecte.

Les étranges superstitions que j’évoque étaient très répandues chez les enfants et les esclaves dans l’Ouest, à cette époque-là, c’est-à-dire il y a trente ou quarante ans.

Bien que mon livre soit surtout écrit pour distraire les garçons et les filles, je ne voudrais pas que, sous ce prétexte, les adultes s’en détournent. Je tiens, en effet, à leur rappeler ce qu’ils ont été, la façon qu’ils avaient de réagir, de penser et de parler, et les bizarres aventures dans lesquelles ils se lançaient.

L’AUTEUR

Hartford, 1876.

CHAPITRE I

« Tom ! Â»

Pas de réponse.

« Tom ! Â»

Pas de réponse.

« Je me demande oĂą a bien pu passer ce garçon… Allons, Tom, viens ici ! Â»

La vieille dame abaissa ses lunettes sur son nez et lança un coup d’œil tout autour de la pièce, puis elle les remonta sur son front et regarda de nouveau. Il ne lui arrivait pratiquement jamais de se servir de ses lunettes pour chercher un objet aussi nĂ©gligeable qu’un jeune garçon. D’ailleurs, elle ne portait ces lunettes-lĂ  que pour la parade et les verres en Ă©taient si peu efficaces que deux ronds de fourneau les eussent avantageusement remplacĂ©s, mais elle en Ă©tait très fière. La vieille dame demeura un instant fort perplexe et finit par reprendre d’une voix plus calme, mais assez haut cependant pour se faire entendre de tous les meubles :

« Si je mets la main sur toi, je te jure que… Â»

Elle en resta là, car, courbée en deux, elle administrait maintenant de furieux coups de balai sous le lit et avait besoin de tout son souffle. Malgré ses efforts, elle ne réussit qu’à déloger le chat.

« Je n’ai jamais vu un garnement pareil ! Â»

La porte était ouverte. La vieille dame alla se poster sur le seuil et se mit à inspecter les rangs de tomates et les mauvaises herbes qui constituaient tout le jardin. Pas de Tom.

« HĂ© ! Tom Â», lança-t-elle, assez fort cette fois pour que sa voix portât au loin.

Elle entendit un léger bruit derrière elle et se retourna juste à temps pour attraper par le revers de sa veste un jeune garçon qu’elle arrêta net dans sa fuite.

« Je te tiens ! J’aurais bien dĂ» penser Ă  ce placard. Que faisais-tu lĂ -dedans ?

– Rien.

– Rien ? Regarde-moi tes mains, regarde-moi ta bouche. Que signifie tout ce barbouillage ?

– Je ne sais pas, ma tante.

– Eh bien, moi je sais. C’est de la confiture. Je t’ai rĂ©pĂ©tĂ© sur tous les tons que si tu ne laissais pas ces confitures tranquilles, tu recevrais une belle correction. Donne-moi cette badine. Â»

La badine tournoya dans l’air. L’instant était critique.

« Oh ! mon Dieu ! Attention derrière toi, ma tante ! Â»

La vieille dame fit brusquement demi-tour en serrant ses jupes contre elle pour parer à tout danger. Le gaillard, en profitant, décampa, escalada la clôture en planches du jardin et disparut par le chemin. Dès qu’elle fut revenue de sa surprise, tante Polly éclata de rire.

« Maudit garçon ! Je me laisserai donc toujours prendre ! J’aurais pourtant dĂ» me mĂ©fier. Il m’a jouĂ© assez de tours pendables comme cela. Mais plus on vieillit, plus on devient bĂŞte. Et l’on prĂ©tend que l’on n’apprend pas aux vieux singes Ă  faire la grimace ! Seulement, voilĂ  le malheur, il ne recommence pas deux fois le mĂŞme tour et avec lui on ne sait jamais ce qui va arriver. Il sait pertinemment jusqu’oĂą il peut aller avant que je me fâche, mais si je me fâche tout de mĂŞme, il s’arrange si bien pour dĂ©tourner mon attention ou me faire rire que ma colère tombe et que je n’ai plus aucune envie de lui taper dessus. Je manque Ă  tous mes devoirs avec ce garçon-lĂ . Qui aime bien, châtie bien, dit la Bible, et elle n’a pas tort. Je nous prĂ©pare Ă  tous deux un avenir de souffrance et de pĂ©chĂ© : Tom a le diable au corps, mais c’est le fils de ma pauvre sĹ“ur et je n’ai pas le courage de le battre. Chaque fois que je lui pardonne, ma conscience m’adresse d’amers reproches et chaque fois que je lève la main sur lui, mon vieux cĹ“ur saigne. Enfin, l’homme nĂ© de la femme n’a que peu de jours Ă  vivre et il doit les vivre dans la peine, c’est encore la Bible qui le dit. Rien n’est plus vrai. Il va de nouveau faire l’école buissonnière tantĂ´t et je serai forcĂ©e de le faire travailler demain pour le punir. C’est pourtant rudement dur de le faire travailler le samedi lorsque tous ses camarades ont congĂ©, lui qui a une telle horreur du travail ! Il n’y a pas Ă  dire, il faut que je fasse mon devoir, sans quoi ce sera la perte de cet enfant. Â»

Tom fit l’école buissonnière et s’amusa beaucoup. Il rentra juste Ă  temps afin d’aider Jim, le nĂ©grillon, Ă  scier la provision de bois pour le lendemain et Ă  casser du petit bois en vue du dĂ®ner. Plus exactement, il rentra assez tĂ´t pour raconter ses exploits Ă  Jim tandis que celui-ci abattait les trois quarts de la besogne. Sidney, le demi-frère de Tom, avait dĂ©jĂ , quant Ă  lui, ramassĂ© les copeaux : c’était un garçon calme qui n’avait point le goĂ»t des aventures.

Au dîner, pendant que Tom mangeait et profitait de la moindre occasion pour dérober du sucre, tante Polly posa à son neveu une série de questions aussi insidieuses que pénétrantes dans l’intention bien arrêtée de l’amener à se trahir. Pareille à tant d’autres âmes candides, elle croyait avoir le don de la diplomatie et considérait ses ruses les plus cousues de fil blanc comme des merveilles d’ingéniosité.

« Tom, dit-elle, il devait faire bien chaud Ă  l’école aujourd’hui, n’est-ce pas ?

– Oui, ma tante.

– Il devait mĂŞme faire une chaleur Ă©touffante ?

– Oui, ma tante.

– Tu n’as pas eu envie d’aller nager ? Â»

Un peu inquiet, Tom commençait à ne plus se sentir très à son aise. Il leva les yeux sur sa tante, dont le visage était impénétrable.

« Non, rĂ©pondit-il… enfin, pas tellement. Â»

La vieille dame allongea la main et tâta la chemise de Tom.

« En tout cas, tu n’as pas trop chaud, maintenant. Â»

Et elle se flatta d’avoir découvert que la chemise était parfaitement sèche, sans que personne pût deviner où elle voulait en venir. Mais Tom savait désormais de quel côté soufflait le vent et il se mit en mesure de résister à une nouvelle attaque en prenant l’offensive.

« Il y a des camarades qui se sont amusĂ©s Ă  nous faire gicler de l’eau sur la tĂŞte J’ai encore les cheveux tout mouillĂ©s. Tu vois ? Â»

Tante Polly fut vexée de s’être laissé battre sur son propre terrain. Alors, une autre idée lui vint.

« Tom, tu n’as pas eu Ă  dĂ©coudre le col que j’avais cousu Ă  ta chemise pour te faire asperger la tĂŞte, n’est-ce pas ? DĂ©boutonne ta veste. Â»

Les traits de Tom se détendirent. Le garçon ouvrit sa veste. Son col de chemise était solidement cousu.

« Allons, c’est bon. J’étais persuadĂ©e que tu avais fait l’école buissonnière et que tu t’étais baignĂ©. Je te pardonne, Tom. Du reste, chat Ă©chaudĂ© craint l’eau froide, comme on dit, et tu as dĂ» te mĂ©fier, cette fois-ci. Â»

Tante Polly était à moitié fâchée que sa sagacité eût été prise en défaut et à moitié satisfaite que l’on se fût montré obéissant, pour une fois.

Mais Sidney intervint.

« Tiens, fit-il, j’en aurai mis ma main au feu. Je croyais que ce matin tu avais cousu son col avec du fil blanc, or ce soir le fil est noir.

– Mais c’est Ă©vident, je l’ai cousu avec du fil blanc ! Tom ! Â»

Tom n’attendit pas son reste. Il fila comme une flèche et, avant de passer la porte, il cria :

« Sid, tu me paieras ça ! Â»

Une fois en lieu sûr, Tom examina deux longues aiguilles piquées dans le revers de sa veste et enfilées l’une avec du fil blanc, l’autre avec du fil noir.

« Sans ce maudit Sid, elle n’y aurait rien vu, pensa-t-il. TantĂ´t elle se sert de fil blanc, tantĂ´t de fil noir. Je voudrais tout de mĂŞme bien qu’elle se dĂ©cide Ă  employer soit l’un soit l’autre. Moi je m’y perds. En attendant Sid va recevoir une bonne raclĂ©e. Ça lui apprendra. Â»

Tom n’était pas le garçon modèle du village, d’ailleurs il connaissait fort bien le garçon modèle et l’avait en horreur.

Deux minutes à peine suffirent à Tom pour oublier ses soucis, non pas qu’ils fussent moins lourds à porter que ceux des autres hommes, mais ils pâlissaient devant de nouvelles préoccupations d’un intérêt puissant, tout comme les malheurs s’effacent de l’esprit sous l’influence de cette fièvre qu’engendre toujours une nouvelle forme d’activité. Un nègre venait de lui apprendre une manière inédite de siffler et il mourait d’envie de la mettre en pratique. Cela consistait à imiter les trilles des oiseaux, à reproduire une sorte de gazouillement liquide en appliquant à intervalles rapprochés la langue contre le palais. Si jamais le lecteur a été un petit garçon, il se rappellera comment il faut s’y prendre. À force de zèle et d’application, Tom ne tarda pas à mettre la méthode au point et, la bouche toute remplie d’harmonies, l’âme débordante de gratitude, il commença à déambuler dans les rues du village. Il se sentait dans un état voisin de celui qu’éprouve un astronome ayant découvert une nouvelle planète et, sans aucun doute, d’ailleurs, sa jubilation était encore plus grande.

Les soirées d’été étaient longues. Il ne faisait pas encore nuit. Bientôt, Tom s’arrêta de siffler. Un inconnu lui faisait face, un garçon guère plus grand que lui. Dans le pauvre petit village de Saint-Petersburg, tout visage nouveau excitait une profonde curiosité. De plus, ce garçon était bien habillé, très bien habillé même pour un jour de semaine.

C’était tout bonnement ahurissant. Sa casquette était des plus élégantes et sa veste bleue, bien boutonnée, était aussi neuve que distinguée. Il en allait de même pour son pantalon. L’inconnu portait des souliers et une cravate de teinte vive. Il était si bien mis, il avait tellement l’air d’un citadin que Tom en éprouva comme un coup au creux de l’estomac. Plus Tom considérait cette merveille de l’art, plus il regardait de haut un pareil étalage de luxe, plus il avait conscience d’être lui-même habillé comme un chiffonnier. Les deux garçons restaient muets. Si l’un faisait un mouvement, l’autre l’imitait aussitôt, mais ils s’arrangeaient pour tourner l’un autour de l’autre sans cesser de se dévisager et de se regarder dans le blanc des yeux. Enfin Tom prit la parole.

« J’ai bonne envie de te flanquer une volĂ©e, dit-il.

– Essaie un peu.

– Ă‡a ne serait pas difficile.

– Tu dis ça, mais tu n’en es pas capable.

– Pas capable ?

– Non, tu n’oseras pas.

– Si !

– Non ! Â»

Un moment de silence pĂ©nible, puis Tom reprit :

« Comment t’appelles-tu ?

– Ă‡a ne te regarde pas.

– Si tu le prends sur ce ton, gare Ă  toi.

– Viens-y donc.

– Encore un mot et tu vas voir.

– Un mot… un mot… tiens, ça en fait des tas tout ça. Eh bien, vas-y !

– Oh ! Tu te crois malin, hein ? Tu ne sais pas que je pourrais te flanquer par terre d’une seule main si je le voulais.

– Qu’est-ce que tu attends ?

– Ă‡a ne va pas tarder si tu continues.

– Je connais la chanson. Il y a des gens qui sont restĂ©s comme ça pendant cent sept ans avant de se dĂ©cider.

– DĂ©gourdi, va ! Tu te prends pour quelqu’un, hein ? Oh ! en voilĂ  un chapeau !

– Tu n’as qu’à pas le regarder, ce chapeau, s’il ne te plaĂ®t pas. Seulement, ne t’avise pas d’y toucher, le premier qui y touchera ira mordre la poussière.

– Menteur !

– Toi-mĂŞme !

– Tu crânes, mais tu n’as pas le courage d’aller jusqu’au bout !

– Va voir lĂ -bas si j’y suis.

– Dis donc, tu vas te taire, sans ça je t’assomme.

– J’y compte bien.

– Attends un peu.

– Mais alors, dĂ©cide-toi. Tu dis tout le temps que tu vas me sauter dessus, pourquoi ne le fais-tu pas ? C’est que tu as peur.

– Je n’ai pas peur.

– Si.

– Non.

– Si. Â»

Nouveau silence, nouveaux regards furibonds et nouveau manège des deux garçons dont les épaules finirent par se toucher.

« Allez, file, dĂ©clara Tom.

– DĂ©barrasse donc le plancher toi-mĂŞme.

– Non.

– Eh bien, moi non plus. Â»

Pied contre pied, les deux garçons arc-boutés cherchèrent chacun à faire reculer l’adversaire. L’œil allumé par la haine, ni l’un ni l’autre ne put prendre l’avantage. Après avoir lutté ainsi jusqu’à devenir cramoisis, ils relâchèrent leurs efforts tout en s’observant avec prudence.

« Tu es un lâche et un poseur, dit Tom. Je demanderai Ă  mon grand frère de s’occuper de toi. Il t’écrasera d’une chiquenaude.

– Qu’est-ce que tu veux que ça me fasse ? Mon frère est encore plus grand que le tien. Tu verras, il ne sera pas long Ă  l’envoyer valser par-dessus cette haie. Â»

(Les deux frères étaient aussi imaginaires l’un que l’autre.)

« Tu mens.

– Pas tant que toi. Â»

Tom traça une ligne dans la poussière avec son orteil et dit :

« Si tu dĂ©passes cette ligne, je te tape dessus jusqu’à ce que tu ne puisses plus te relever. Â»

L’inconnu franchit immédiatement la ligne.

« Maintenant, vas-y un peu.

– N’essaie pas de jouer au plus malin avec moi. MĂ©fie-toi.

– Mais qu’est-ce que tu attends ?

– En voilĂ  assez, pour deux sous, je te casse la figure ! Â»

Le garçon sortit deux pièces de cuivre de sa poche et les tendit à Tom d’un air narquois. Tom les jeta à terre. Alors, tous deux roulèrent dans la poussière, agrippés, l’un à l’autre comme des chats. Pendant une longue minute, ils se tirèrent par les cheveux et par les vêtements, se griffèrent et s’administrèrent force coups de poing sur le nez, se couvrant à la fois de poussière et de gloire. Bientôt, la masse confuse formée par les deux combattants émergea d’un nuage poudreux et Tom apparut à califourchon sur le jeune étranger dont il labourait énergiquement les côtes.

« Tu en as assez ? Â» fit Tom.

Le garçon se débattit. Il pleurait, mais surtout de rage.

« Tu en as assez ? Â»

Pas de réponse, et Tom recommença à taper sur l’autre.

Enfin, l’étranger demanda grâce : Tom le laissa se relever.

« J’espère que ça te servira de leçon, fit-il. La prochaine fois, tâche de savoir Ă  qui tu te frottes. Â»

Le garçon s’en alla en secouant la poussière de ses habits. Il haletait, reniflait, se dĂ©tournait parfois en relevant le menton et criait Ă  Tom ce qu’il lui rĂ©servait pour le jour oĂą il le « repincerait Â», ce Ă  quoi Tom rĂ©pondait par des sarcasmes. Fier comme Artaban, il rebroussa chemin. Ă€ peine eut-il le dos tournĂ© que son adversaire ramassa une pierre, la lança, l’atteignit entre les deux Ă©paules et prit ses jambes Ă  son cou.

Tom se précipita à la suite du traître et le poursuivit jusqu’à sa demeure, apprenant ainsi où il habitait. Il resta un moment à monter la garde devant la porte.

« Sors donc, si tu oses ! Â» dit-il Ă  son ennemi, mais l’ennemi, le nez collĂ© Ă  la vitre d’une fenĂŞtre, se contenta de lui rĂ©pondre par une sĂ©rie de grimaces jusqu’à ce que sa mère arrivât et traitât Tom d’enfant mĂ©chant et mal Ă©levĂ©, non sans le prier de prendre le large. ForcĂ© d’abandonner la partie, Tom fit demi-tour en se jurant bien de rĂ©gler son compte au garçon.

Il rentra chez lui fort tard et, au moment où il se faufilait par la fenêtre, il tomba dans une embuscade. Sa tante l’attendait. Lorsqu’elle vit dans quel état se trouvaient ses vêtements, elle prit la décision irrévocable d’empêcher son neveu de sortir le lendemain, bien que ce fût jour de congé.