Je soutiens le projet

EMBRASSEZ LES ROUX ET ROUSSES ! 📆 12 janvier

Le 12 janvier, la planĂšte cĂ©lĂšbre la JournĂ©e mondiale des personnes au phĂ©notype rutiliste… bref, c’est la journĂ©e des rouquins et rouquines. En anglais « Kiss a Ginger Day ». Cette fĂȘte ludique invite Ă  honorer les propriĂ©taires de ces chevelures flamboyantes, souvent victimes de moqueries ancestrales, en leur offrant un bisou chaleureux – mais attention : seulement aprĂšs autorisation explicite de la personne concernĂ©e !

Depuis l’AntiquitĂ©, les roux essuient des brimades tenaces qui traversent les siĂšcles. En Égypte ancienne, leur raretĂ© physique intrigue et effraie : on les associe au dieu Seth, incarnation du chaos et du dĂ©sordre cosmique, au point que des lĂ©gendes rapportĂ©es par Montesquieu Ă©voquent des sacrifices humains de roux pour apaiser les divinitĂ©s. Chez les Grecs et Romains, la rousseur Ă©voque le renard rusĂ©, symbole de tromperie, ou encore l’impuretĂ© corporelle, radicalement opposĂ©e Ă  l’idĂ©al de la blondeur divine et purement hellĂ©nique. Cette mĂ©fiance perdure et s’amplifie au fil des Ă©poques, marquant les roux comme des ĂȘtres Ă  part, suspects par nature.

Au Moyen Âge chrĂ©tien, les superstitions s’emballent et cristallisent la haine. L’iconographie reprĂ©sente Judas Iscariote invariablement roux, liant cette couleur Ă  la trahison suprĂȘme et au diable, bien que la Bible n’en fasse aucune mention explicite. En 1254, Saint Louis ordonne aux prostituĂ©es parisiennes de se teindre les cheveux en roux, transformant cette teinte en marque infamante des « feux de l’enfer et de la luxure dĂ©vorante ». Les chasses aux sorciĂšres portent le coup fatal : les cheveux roux, Ă©voquant les flammes infernales, dĂ©signent les femmes rousses comme sorciĂšres privilĂ©giĂ©es ; des milliers finissent brĂ»lĂ©es vives, notamment en Allemagne au XVĂšme siĂšcle oĂč l’on parle de 45 000 victimes pour ce seul trait physique. Cette peur viscĂ©rale de la diffĂ©rence physique imprĂšgne durablement l’imaginaire collectif.

Pourtant, la peinture transforme cette malĂ©diction en une fascination sensuelle et ambivalente qui captive les artistes. Les femmes rousses y Ă©mergent comme des muses Ă  double tranchant, Ă  la fois tentatrices fatales et divinitĂ©s envoĂ»tantes. Chez Rubens, Ève arbore une criniĂšre rousse pour incarner la sĂ©ductrice originelle du pĂ©chĂ©, tandis que John Collier dĂ©peint Lilith, dĂ©mon primordial, enlacĂ©e au serpent dans une Ă©treinte Ă©rotique et malĂ©fique. Ces figures bibliques et mythiques cristallisent l’ambiguĂŻtĂ© sĂ©ductrice de la rousseur, hĂ©ritage direct des lĂ©gendes mĂ©diĂ©vales.

À la Renaissance, la rousseur s’Ă©lĂšve vers des sommets divins et passionnĂ©s. Sandro Botticelli pare sa VĂ©nus d’une chevelure auburn mystique, tandis que des artistes comme Seignac montrent Diane chasseresse dans une gloire roux-or. Titien excelle Ă  vĂȘtir les courtisanes vĂ©nitiennes d’un exotisme voluptueux, oĂč la peau pĂąle contraste avec des mĂšches de feu soulignant sensualitĂ© et mystĂšre. Ces reprĂ©sentations exaltent la rousseur comme un attribut de beautĂ© rare et enivrante, loin des stĂ©rĂ©otypes sombres.

Au XIXĂšme siĂšcle, l’obsession culmine en une cĂ©lĂ©bration Ă©rotique assumĂ©e. Jean-Jacques Henner multiplie les nus rousses lĂ©gendaires comme « La Liseuse » ou « HĂ©rodiade », ces visions de « feu sous la glace » qui mĂȘlent puretĂ© et dĂ©sir ardent. Henri de Toulouse-Lautrec immortalise les prostituĂ©es rousses du Paris nocturne dans « Rousse (La toilette) », capturant leur vitalitĂ© crue et quotidienne. Les prĂ©raphaĂ©lites anglais, tels Dante Gabriel Rossetti, exaltent enfin leur libertĂ© passionnĂ©e et rebelle, faisant des rousses des hĂ©roĂŻnes romantiques et indomptables.

Aujourd’hui, ces stĂ©rĂ©otypes s’estompent en moqueries lĂ©gĂšres et bienveillantes, mais la rousseur continue de charmer, preuve irrĂ©futable que la diffĂ©rence enflamme les cƓurs autant que les regards.