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LA MINERVE NE RÉPOND PLUS 📆 27 janvier 1968

La Doris en 1994

Le 27 janvier 1968, le sous-marin français Minerve, un bâtiment de la classe Daphné mis à l’eau en 1962 et basé à Toulon, disparaît corps et biens au large de la Méditerranée, emportant dans les abysses ses 52 marins, dont le capitaine de corvette Pierre Roland.

Parti la veille pour un exercice banal de navigation en plongée, il salue la base à 1h15 en débarquant un officier d’entraînement, puis file vers le secteur T-65 sous un ciel menaçant. Ce drame naval, l’un des plus noirs de l’histoire maritime française, plonge le pays dans l’effroi : radios muettes, espoirs vains, la nation retient son souffle.

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Un mistral meurtrier

Ce matin fatidique, la Minerve progresse à 7 nœuds en immersion périscopique au schnorchel, à une vingtaine de milles nautiques sud de Toulon. Le mistral hurle avec des rafales à 100 km/h, soulevant une houle monstrueuse qui malmène le tube d’air dressé à fleur d’eau.

Vers 7h19, elle contacte un avion Breguet Atlantic parti de Nîmes pour un exercice de calibration radar, mais les communications UHF sont compliquées sous cette tempête ; l’entraînement s’écourte.

À 7h55, est dernier appel radio est échangé, puis quatre minutes plus tard, une onde de choc sismique déchire les capteurs, marque indélébile d’une implosion à plus de 200 mètres.

Un schnorchel traître

Le schnorchel, ce tube d’air conçu par les ingénieurs allemands en 1943 pour tromper les radars alliés, transforme les sous-marins diesel-électriques en prédateurs discrets : il hisse sa tête effilée à 1 mètre au-dessus des vagues, aspire l’oxygène vital pour faire ronronner les moteurs diesel et recharger les batteries épuisées. Simultanément, il renouvelle l’atmosphère confinée du bord et rejette les gaz d’échappement dans les flots sous haute pression, via un système ingénieux de clapets et de ventilateurs.

Mais par mer démontée, le clapet supérieur, doté d’électrodes sensibles, claque à chaque lame, créant une dépression asphyxiante à bord ou – pire – s’ouvre sur une gerbe d’eau salée. Une voie d’eau torrentielle envahit alors les entrailles du bateau, l’alourdit en quelques instants, et le précipite vers le fond jusqu’à ce que la coque d’acier cède sous 200 bars de pression.

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Des recherches acharnées

Dès le 28 janvier, l’alerte est donnée : une armada improbable se rue en mer – escorteurs La Bourdonnais, Bouvet, Normand, sous-marins Ariane et Vénus, l’aviso Pourquoi-pas? de l’Ifremer, avions, hélicoptères, même la soucoupe plongeante du commandant Cousteau. Sonars, magnétomètres, bathyscaphes balaient frénétiquement les fonds à moins de 600 mètres ; l’aide américaine avec le Pétrel se profile, mais après cinq jours d’espoirs déçus – faux échos sur vieilles épaves ou rochers traîtres -, les opérations s’essoufflent en février 1968, pour ne reprendre qu’en 1970 sans succès.

En 2018, les familles des disparus, menées par Hervé Fauve, cognent à nouveau aux portes du ministère des Armées ; 2019 signe le renouveau : Ifremer déploie Antea et le robot AsterX, le CEA modélise courants et sismique d’époque, tandis que le Seabed Constructor, navire norvégien aux drones ultra-performants, ratisse 800 km² pendant 60 heures à 8 mètres du fond.

Enfin, le 21 juillet, l’épave brisée en trois fragments sur 300 mètres surgit à 2350 mètres, son nom « MIN » et le pennant « S647 » gravés sur le kiosque fracassé.

Enfin des explications

Les enquêtes post-2019, pilotées par le contre-amiral Jean-Louis Barbier et nourries de plongées précises en janvier-février 2020 par l’explorateur Victor Vescovo, dressent un tableau glaçant : entrée d’eau massive via un schnorchel sorti et clapet béant, entraînant une chute incontrôlée et l’implosion ; barres de plongée arrière intactes, batteries neuves sans explosion, absence de torpilles explosives. Les stigmates – kiosque déformé, mâts tordus – plaident pour un choc violent, fort probablement une collision avec un navire de surface. Le dossier est enfin clos. Les âmes de la Minerve peuvent reposer en paix.


Illustration: La Doris en 1994, autre sous-marin français de classe Daphné. – Wikipédia

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