Le 1er février 1328, Charles IV le Bel tire sa révérence à seulement 33 ans dans l’intimité du château de Vincennes. Né en 1294 au château de Creil, troisième fils du redoutable Philippe IV le Bel, ce roi au visage harmonieux – d’où son surnom – disparaît prématurément, emporté par la maladie après un règne bref mais intense. Sans héritier mâle survivant, il laisse un vide béant au sommet de la monarchie capétienne. Cette lignée directe, qui règne sur la France depuis Hugues Capet en 987, s’achève brutalement, plongeant les grands du royaume dans l’incertitude et les intrigues d’une succession inédite.
Charles IV le Bel accède au trône en 1322, succédant à son frère Philippe V le Long, et porte aussi la couronne de Navarre sous le nom de Charles Ier. Ce souverain élancé, souvent décrit comme un homme de belle prestance, s’efforce de redresser les finances royales malmenées par ses prédécesseurs et affronte les tensions avec l’Angleterre, notamment lors de la guerre de Saint-Sardos en 1324. Ses trois mariages jalonnent une vie personnelle tumultueuse : le premier avec Blanche de Bourgogne se termine en scandale pour adultère – le fameux scandale de la tour de Nesle -, le second avec Marie de Luxembourg s’achève par sa mort prématurée en 1324 après la naissance de leur fille, et le troisième avec Jeanne d’Évreux, sÅ“ur du roi de Navarre, reste stérile en fils légitimes – elle est alors enceinte d’une fille nommée Blanche qui naît le 1er avril suivant. Avant de mourir, il désigne son cousin Philippe de Valois comme régent provisoire, un geste qui pèse lourd dans les jours qui suivent, tandis qu’il tente jusqu’au bout de consolider l’autorité capétienne face aux défis internes et externes.
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La succession s’enflamme dès les heures suivant sa mort, transformant le château de Vincennes en théâtre d’ambitions royales. Les pairs de France – archevêques, ducs et comtes influents – se réunissent en hâte pour trancher, guidés par le principe de primogéniture masculine qui écarte fermement les femmes de la couronne. Philippe de Valois s’impose naturellement : neveu de Philippe IV le Bel, cousin germain des derniers rois, il jouit d’une popularité auprès de la noblesse et incarne la continuité capétienne sans tache étrangère. Philippe d’Évreux, époux de Jeanne de Navarre – fille de Louis X et nièce des rois récents -, avance des droits par alliance féminine, tandis qu’Édouard III d’Angleterre, petit-fils de Philippe IV via sa mère Isabelle la louve réprouvée pour ses scandales, ose revendiquer le trône comme prince capétien par le sang. Le 29 mai 1328, à Notre-Dame de Paris, l’assemblée élit Philippe VI, qu’on sacre solennellement le 29 juillet à Reims ; en échange, la Navarre retourne à Jeanne d’Évreux qui renonce à toute prétention française, scellant un compromis fragile.
Edouard III d’Angleterre reste le grand perdant, même s’il est déjà roi. Le feu couve quelques années avant que le continent ne s’embrase. Édouard III, roi d’Angleterre depuis 1327, refuse d’enterrer ses ambitions et conteste ouvertement Philippe VI, brandissant ses droits maternels malgré l’exclusion des femmes votée en 1316 et 1328. Les tensions montent autour du duché de Guyenne – possession anglaise en France -, exacerbées par des litiges commerciaux sur la laine flamande et les alliances incertaines. En 1337, Édouard déclare Philippe déchu et se proclame roi de France, déclenchant la guerre de Cent Ans qui ensanglante l’Europe jusqu’en 1453. Les Anglais frappent vite et fort : victoire navale à l’Écluse en 1340 qui étrangle les ports français, puis triomphe terrestre à Crécy en 1346 où les archers longs déciment la chevalerie française.
La France ploie sous les défaites humiliantes, les ravages économiques et les révoltes paysannes comme la Jacquerie de 1358, révélant les failles d’une monarchie affaiblie. Pourtant, ce siècle de chaos forge une conscience nationale française, culminant avec l’expulsion des Anglais sous Charles VII et Jeanne d’Arc, transformant une querelle de couronne en épopée fondatrice.
Illustration: Le futur Édouard III d’Angleterre rendant hommage à Charles IV de France sous l’égide d’Isabelle de France, mère d’Édouard et sÅ“ur de Charles, en 1325. Enluminure du XVe siècle. – Wikipédia
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