Chishō Takaoka (高岡 智照), née Tatsuko Takaoka le 22 avril 1896 et morte le 22 octobre 1994, est une geisha japonaise devenue nonne bouddhiste. Elle est surtout restée célèbre sous le nom de scène Teruha (ou Chiyoha), surnommée « la geisha aux neuf doigts » après s’être coupé une phalange pour prouver son amour à un homme.
Durant la Belle Époque japonaise
Née dans la préfecture de Nara, elle entre très jeune dans une maison de geishas et devient une beauté très photographiée. Son visage paraît sur de nombreuses cartes postales, ce qui lui donne une renommée internationale au début du XXe siècle.
L’acte qui fait scandale — se couper le petit doigt avec un rasoir pour son amant — s’apparente au yubitsume, geste traditionnellement associé à la preuve de loyauté dans le milieu de la mafia japonaise. L’affaire la pousse à quitter Osaka pour Tokyo, où elle devient l’une des geishas les plus recherchées de Shinbashi.
De Teruha à Chishō
Sa vie est ensuite mouvementée : en 1919, elle épouse un homme d’affaires et part avec lui aux États-Unis ; le couple s’installe notamment à Paris, où elle fréquente les milieux artistiques et mondains de la capitale. De retour au Japon, elle apparaît dans le film Ai no tobira (La Porte de l’amour, 1923), puis gère un bar à Osaka avec son second mari. Elle publie en 1928 une première autobiographie, Teruha Zange (« Les confessions de Teruha »), la première de cinq.
À 39 ans, en 1935, elle entre dans les ordres au temple Kume et prend le nom religieux de Chishō (« sagesse illuminée »). Elle rejoint ensuite le temple Giō-ji de Kyoto, qu’elle contribue à restaurer, et y devient une figure religieuse respectée.
Postérité
Son destin — de la célébrité mondaine à la vie monastique — inspire à l’écrivaine Jakucho Setouchi le roman Jotoku (1963). Chishō Takaoka meurt en 1994, à 98 ans, après une vie qui résume presque un siècle d’histoire japonaise : geisha médiatisée, actrice, écrivaine, puis nonne bouddhiste.