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INVENTION DU TUBE AU NÉON 📆 19 janvier 1915

Lorsque l’on flĂąne le soir dans une ville, ces lignes de lumiĂšre qui dessinent des lettres, des silhouettes ou des bordures de façade semblent aller de soi. Pourtant, derriĂšre cette magie lumineuse se cache une rĂ©volution technologique : le tube luminescent, dont le tube au nĂ©on n’est que l’un des reprĂ©sentants les plus cĂ©lĂšbres. Les enseignes, l’éclairage des bureaux d’hier et mĂȘme une partie de l’esthĂ©tique urbaine du XXĂšme siĂšcle naissent de ce principe. Ayant compris qu’on peut apprivoiser la lumiĂšre des dĂ©charges Ă©lectriques dans les gaz pour en faire une source d’éclairage stable et spectaculaire, le 19 janvier 1915, Georges Claude obtient aux États‑Unis un brevet pour un « System of illuminating by luminescent tubes ».

Un tube luminescent fonctionne sur un principe trĂšs diffĂ©rent de celui de l’ampoule Ă©lectrique classique. LĂ  oĂč l’ampoule Ă  filament chauffe un fil de tungstĂšne jusqu’à incandescence, le tube luminescent mise sur une dĂ©charge Ă©lectrique dans un gaz Ă  basse pression. On fait passer un courant Ă  travers ce gaz, les Ă©lectrons sont accĂ©lĂ©rĂ©s, percutent les atomes et les excitent ; lorsque ces atomes reviennent Ă  leur Ă©tat initial, ils Ă©mettent des photons, c’est‑à‑dire de la lumiĂšre.

Dans un tube fluorescent, trĂšs courant au XXĂšme siĂšcle dans les bureaux et les ateliers, le gaz (souvent un mĂ©lange d’argon et de vapeur de mercure) Ă©met surtout des rayonnements ultraviolets. Ces UV frappent alors une couche de poudre phosphorescente dĂ©posĂ©e sur la paroi intĂ©rieure du tube, qui réémet en lumiĂšre visible, blanche ou colorĂ©e selon la composition de cette poudre. L’Ɠil ne voit donc pas la lumiĂšre du gaz, mais celle de ce revĂȘtement lumineux, qui transforme l’énergie de la dĂ©charge en Ă©clairage confortable.

À l’inverse, dans le tube au nĂ©on au sens strict, c’est le gaz lui‑mĂȘme qui devient acteur principal du spectacle. Le tube en verre contient du nĂ©on pur ou d’autres gaz rares, comme l’argon, parfois mĂ©langĂ©s et Ă  trĂšs basse pression. Quand le courant circule, la dĂ©charge Ă©lectrique excite directement ces atomes de gaz, qui Ă©mettent des raies lumineuses bien particuliĂšres : rouge orangĂ© intense pour le nĂ©on, bleu‑violet pour certains mĂ©langes Ă  base d’argon, nuances diffĂ©rentes avec le krypton, le xĂ©non ou l’ajout de mercure. La couleur sort alors du cƓur mĂȘme du gaz, comme si l’on faisait chanter chaque Ă©lĂ©ment chimique avec sa propre signature lumineuse.

Pour enrichir la palette, les verriers et nĂ©onistes jouent ensuite sur deux autres leviers : les poudres phosphorescentes et le verre colorĂ©. Des revĂȘtements internes transforment des UV en vert, bleu, rose ou turquoise, tandis que des verres teintĂ©s affinent ou saturent les teintes. En combinant gaz, mĂ©langes et phosphores, on peut obtenir des dizaines de couleurs diffĂ©rentes, du rouge classique des premiĂšres enseignes de Georges Claude jusqu’à des nuances pastel ou acides que l’on associe aujourd’hui Ă  l’esthĂ©tique « nĂ©on ».

Face Ă  cette sophistication, l’ampoule Ă©lectrique traditionnelle paraĂźt presque rustique. Dans une lampe Ă  incandescence, on fait simplement passer un courant dans un filament de tungstĂšne, si fin que le courant le chauffe Ă  plus de 2 500 °C. À cette tempĂ©rature, le filament rayonne comme un « petit soleil domestique » et Ă©met un spectre continu de lumiĂšre, mais avec une contrepartie : la majeure partie de l’énergie part en chaleur, et non en lumiĂšre utile. Le tube luminescent, lui, cherche Ă  exciter des atomes de gaz de maniĂšre contrĂŽlĂ©e pour qu’ils produisent davantage de photons pour une mĂȘme quantitĂ© d’énergie.

Aujourd’hui, les tubes fluorescents et de nombreux tubes luminescents sont progressivement remplacĂ©s par les LED, plus sobres et plus durables, et leur fabrication est fortement restreinte en raison du mercure qu’ils contiennent. Pourtant, dans les ateliers d’artistes, les enseignes rĂ©tro ou certains dĂ©cors de cinĂ©ma, le nĂ©on en verre continue de vivre : sa lumiĂšre vibrante, lĂ©gĂšrement pulsante, ne se contente pas d’éclairer, elle raconte une histoire, celle d’une invention qui, depuis Georges Claude, transforme l’électricitĂ© en poĂ©sie lumineuse.



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