Le 5 avril 1815, le mont Tambora, situé sur l’île de Sumbawa en Indonésie, entre en éruption avec un panache volcanique impressionnant visible de loin et des explosions entendues à des centaines de kilomètres. Ce phénomène marque le début d’une des plus puissantes éruptions volcaniques de l’histoire moderne, culminant vers le 10 avril.
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Dévastations locales en Indonésie
Les nuées ardentes, tsunamis et pluies de cendres dévastent les îles de Sumbawa, Lombok et Bali de manière cataclysmique. Environ 11 000 à 12 000 personnes meurent directement sur Sumbawa par les flux pyroclastiques et les chutes de pierres, tandis que 38 000 autres succombent à la famine, aux maladies et à l’eau polluée, portant le bilan local à plus de 50 000 victimes rien que sur cette île.
La péninsule de Sanggar disparaît entièrement sous 3 mètres de dépôts pyroclastiques, les royaumes locaux comme celui de Tambora s’effondrent complètement, anéantissant une culture entière appelée « Culture de Tambora », et la biodiversité met près d’un siècle à se rétablir dans une région où toute vie végétale et animale a été étouffée sous des couches de cendres épaisses de 20 à 50 cm sur le reste de Sumbawa. Les survivants fuient vers d’autres îles dans des conditions de désespoir extrême, avec des témoignages rapportant des actes tragiques comme des parents tuant leurs enfants pour abréger leurs souffrances.
Répercussions climatiques mondiales
Les aérosols soufrés projetés dans la stratosphère à plus de 30 kilomètres d’altitude voilent le soleil sur une échelle planétaire et refroidissent la planète de 0,5 à 3 °C pendant deux à trois ans, bloquant jusqu’à 10% du rayonnement solaire. En Europe, cet effet bouleverse totalement l' »année sans été » de 1816, avec des neiges précoces en juin en France et en Suisse, des pluies incessantes quasi permanentes, des lacs gelés même en plein été et des records de froid battus dans plusieurs pays.
La France subit la baisse estivale la plus forte (-3 °C en moyenne sur l’été), avec seulement 5 jours clairs en juin à Paris et des ciels nuageux persistants qui transforment les mois de juin, juillet et août en une saison automnale interminable, tandis que des phénomènes similaires touchent la Suisse, l’Allemagne et le nord de l’Italie.
L’année sans été en Europe
En 1816, les récoltes de céréales, pommes de terre et autres cultures pourrissent sur pied faute de soleil et sous l’effet d’excès de pluie diluvienne, doublant le prix du blé entre 1815 et 1817 et déclenchant famines généralisées ainsi que des émeutes de la faim violentes en France, Grande-Bretagne, Irlande et Allemagne. La mortalité s’envole dramatiquement, avec environ 200 000 morts indirects en Europe dus à la sous-nutrition, aux épidémies comme le choléra et aux conditions sanitaires dégradées, tandis qu’en Suisse cette année est surnommée « l’année du mendiant » où les paysans en viennent à bouillir du foin pour survivre.
Ce chaos climatique inspire des œuvres littéraires emblématiques comme Frankenstein de Mary Shelley, rédigé lors d’un été pluvieux et confiné au lac Léman en compagnie de Lord Byron, et favorise même des innovations comme l’invention du vélocipède par pénurie de chevaux affaiblis par la famine, tout en influençant des peintres comme J.M.W. Turner qui capture ces ciels apocalyptiques dans ses toiles.