Le 30 mars 1282, à Palerme, éclatent les Vêpres siciliennes, un soulèvement populaire contre la domination angevine. Ce lundi de Pâques, au son des cloches des vêpres, la foule massacre environ 8 000 soldats et colons français en deux jours, chassant les Angevins de l’île qui passe sous contrôle aragonais. Cet événement marque la fin brutale de seize ans d’occupation.
Sommaire
La conquête angevine
Charles Ier d’Anjou conquiert la Sicile en 1266 grâce au soutien décisif des papes et à une série de victoires militaires contre la dynastie des Hohenstaufen. Malgré la grande distance depuis ses bases françaises, il mobilise une armée imposante de plusieurs milliers d’hommes, traverse les Alpes et l’Italie du Nord pour débarquer à Rome, où il reçoit la couronne sicilienne.
Le 26 février 1266, à la bataille de Bénévent, ses troupes infligent une défaite fatale à Manfred, roi bâtard de Sicile, ce qui ouvre la voie à Naples et à la soumission progressive de l’île par ses capitaines expérimentés. Il consolide ensuite son pouvoir en écrasant Conradin, dernier prétendant légitime des Hohenstaufen, lors de la bataille de Tagliacozzo en 1268, puis en faisant exécuter ce jeune rival à Naples, éliminant ainsi toute opposition dynastique et instaurant un régime français stable.
Le choix papal de Charles
Les papes Urbain IV et Clément IV choisissent Charles Ier d’Anjou pour contrer Manfred de Hohenstaufen en raison de son prestige militaire incontesté, de sa loyauté inébranlable à la faction guelfe pro-papale et de la menace persistante que représente la dynastie impériale des Hohenstaufen pour l’indépendance du Saint-Siège. Manfred, bâtard excommunié de Frédéric II, usurpe le trône sicilien en 1258, écartant son neveu Conradin et défiant ouvertement les papes successifs comme Alexandre IV, qui prêche une croisade contre lui.
Charles, frère du roi saint Louis IX et vainqueur en Pouilles ainsi qu’en Provence, apparaît comme le champion idéal : Urbain IV négocie avec lui dès 1262-1263, le nommant sénateur de Rome, tandis que Clément IV l’investit roi de Sicile en 1265, malgré les réticences initiales de Louis IX. Cette stratégie papale refuse tout roi héréditaire Hohenstaufen, préférant un vassal fidèle comme Charles pour vassaliser définitivement le royaume et sécuriser Rome contre les gibelins, écartant ainsi d’autres candidats comme le jeune Edmond d’Angleterre.
L’occupation autoritaire
L’occupation angevine, de 1266 à 1282, se déroule sous une administration centralisée et profondément oppressive, marquée par l’arrivée massive de fonctionnaires français tels que baillis et justiciers qui privilégient les colons venus d’Outre-mer au détriment des élites locales. Charles Ier transfère la capitale administrative de Palerme à Naples, renforçant le poids du continent italien, épure l’aristocratie sicilienne en confisquant terres et titres, et impose une fiscalité écrasante via de nouveaux impôts, monopoles commerciaux et gabelles pour financer ses ambitieuses croisades contre Byzance et en Tunisie.
Cette pression économique ruine l’agriculture sicilienne, provoque un déclin démographique alarmant et des dévastations des campagnes, tandis que les recrutements forcés pour l’armée et la présence omniprésente de soldats français, qualifiés de « François » avec mépris, attisent un ressentiment profond chez les Siciliens. Préparée en secret par des agents aragonais et byzantins, cette tension culmine aux Vêpres siciliennes, où le peuple se soulève en masse contre ses oppresseurs.
Le destin méditerranéen des Angevins
Après les Vêpres siciliennes de 1282, les Angevins perdent définitivement la Sicile au profit des Aragonais mais conservent fermement le royaume de Naples en Italie du Sud jusqu’en 1442, sous la direction de Charles II, fils de Charles Ier, qui sort de captivité pour reprendre le contrôle continental malgré une guerre épuisante (guerre des Vêpres, 1282-1302). La paix de Caltabellotta en 1302 confirme Naples à la branche aînée angevine, qui lutte encore contre les incursions aragonaises et les factions gibelinnes jusqu’à la conquête finale par Alphonse V d’Aragon.
Parallèlement, ils maintiennent la Provence comme base logistique essentielle depuis 1246 et conquièrent brièvement Durrës en Albanie (1271-1294) dans l’espoir de menacer Byzance et de restaurer l’Empire latin de Constantinople via des croisades avortées. Affaiblis par des divisions internes entre lignes aînée et cadette, ainsi que par les rivalités incessantes avec les Aragonais, les Angevins déclinent progressivement : la branche de Provence s’éteint en 1481 avec René d’Anjou, tandis que Naples passe aux mains aragonaises puis espagnoles, laissant un héritage dynastique durable via des unions en Hongrie et en Pologne.