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QUAND LES TOURLOUROUS CHANTAIENT LA MADELON 📆 19 mars 1914

Le 19 mars 1914 au cafĂ©-concert l’Eldorado Ă  Paris est créée la chanson « Quand Madelon… », plus connue sous le nom de « La Madelon ». Cette chanson est interprĂ©tĂ©e pour la première fois par le chanteur Bach, un comique troupier rĂ©putĂ© qui se produisait vĂŞtu d’un uniforme militaire trop grand.

« La Madelon » est une chanson populaire française composĂ©e par Camille Robert sur des paroles de Louis Bousquet. Elle raconte l’histoire d’une serveuse de cabaret militaire nommĂ© « Aux Tourlourous » qui sert Ă  boire aux soldats. Initialement passĂ©e inaperçue lors de sa crĂ©ation, cette chanson connaĂ®t un immense succès pendant la Première Guerre mondiale, devenant l’un des symboles du moral des troupes françaises.

Dans l’armĂ©e française, les « tourlourous » dĂ©signent les soldats d’infanterie, particulièrement reconnaissables Ă  leur pantalon rouge garance. Ce terme populaire sert Ă  nommer les jeunes fantassins. Dans les cafĂ©s-concerts, les « tourlourous » sont ces artistes comiques qui se produisent vĂŞtus en soldats et qui interprètent des chansons militaires comme « La Madelon ». Ces comiques troupiers sont très prisĂ©s du public pendant la Belle Époque et la Première Guerre mondiale.

Le comique troupier est un genre artistique apparu Ă  la fin du XIXème siècle qui met en scène des artistes masculins vĂŞtus d’uniformes militaires interprĂ©tant des monologues ou des chansons comiques liĂ©es Ă  la vie de soldat. Ce style se caractĂ©rise par un humour parfois grivois, des pantalonnades dĂ©bridĂ©es et des histoires de caserne. L’artiste, gĂ©nĂ©ralement immobile sur scène, raconte des histoires de vie militaire, de problèmes vestimentaires ou de petites amies laissĂ©es au village. Le costume typique est celui du soldat de première classe : kĂ©pi, pattes de collet et pantalon rouge garance, capote en laine gris de fer bleutĂ© Ă  martingale, jambières et brodequins en cuir.

Parmi les comiques troupiers les plus cĂ©lèbres, on trouve Polin (Pierre-Paul MarsalĂ©s), surnommĂ© le « premier tourlourou de France », qui règne une quarantaine d’annĂ©es sur les salles de cafĂ©-concert parisiennes. Il se prĂ©sente sur scène en « tringlot » avec une petite veste bleue, un pantalon garance Ă  basanes noires et un kĂ©pi plantĂ© de travers. Bach, qui lance « Quand Madelon », Dranem, Croidel, Vilbert, Dufleuve et Éloi Ouvrard, considĂ©rĂ© comme le premier artiste connu du genre (vers 1876-1877) et Gaston Ouvrard (son fils), font Ă©galement partie des figures emblĂ©matiques. De nombreux artistes cĂ©lèbres dĂ©butent comme comiques troupiers avant d’embrasser d’autres carrières, notamment Fernandel, Maurice Chevalier, Raimu, Rellys, Bourvil et Fernand Raynaud.

Le genre comique troupier connaĂ®t son apogĂ©e avant la Première Guerre mondiale et s’Ă©teint progressivement après celle-ci. Quelques rĂ©surgences occasionnelles marquent son histoire, comme la chanson-sketch « Les Tourlourous » de Jean Broussolle interprĂ©tĂ©e par les Compagnons de la chanson Ă  la fin des annĂ©es 1950. Dans les annĂ©es 1970, après la contestation de l’autoritĂ© et le pacifisme de mai 68, le « film de bidasses » prend la relève comme genre comique militaire, notamment avec les Charlots. Aujourd’hui, ce genre n’existe plus vraiment, mais il reprĂ©sente une page importante de l’histoire du music-hall français et de la culture populaire liĂ©e Ă  l’armĂ©e.

Pour le repos, le plaisir du militaire,
Il est lĂ -bas Ă  deux pas de la forĂŞt
Une maison aux murs tout couverts de lierre
« Aux Tourlourous » c’est le nom du cabaret.
La servante est jeune et gentille
Légère comme un papillon.
Comme son vin son œil pétille,
Nous l’appelons la Madelon
Nous en rĂŞvons la nuit, nous y pensons le jour,
Ce n’est que Madelon mais pour nous c’est l’amour

Refrain :
Quand Madelon vient nous servir Ă  boire
Sous la tonnelle on frĂ´le son jupon
Et chacun lui raconte une histoire
Une histoire à sa façon
La Madelon pour nous n’est pas sĂ©vère
Quand on lui prend la taille ou le menton
Elle rit, c’est tout le mal qu’elle sait faire
Madelon, Madelon, Madelon !

Nous avons tous au pays une payse
Qui nous attend et que l’on Ă©pousera
Mais elle est loin, bien trop loin pour qu’on lui dise
Ce qu’on fera quand la classe rentrera
En comptant les jours on soupire
Et quand le temps nous semble long
Tout ce qu’on ne peut pas lui dire
On va le dire Ă  Madelon
On l’embrasse dans les coins. Elle dit « veux-tu finir… »
On s’figure que c’est l’autre, ça nous fait bien plaisir.

Refrain

Un caporal en képi de fantaisie
S’en fut trouver Madelon un beau matin
Et, fou d’amour, lui dit qu’elle Ă©tait jolie
Et qu’il venait pour lui demander sa main
La Madelon, pas bĂŞte, en somme,
Lui répondit en souriant :
Et pourquoi prendrais-je un seul homme
Quand j’aime tout un rĂ©giment ?
Tes amis vont venir. Tu n’auras pas ma main
J’en ai bien trop besoin pour leur verser du vin

Refrain