Impossible d’évoquer la ville de Clisson, située en Loire-Atlantique près de Nantes, sans parler de Jeanne de Belleville, noble poitevine née vers 1300, épouse en secondes noces d’Olivier IV de Clisson, puissant seigneur breton. Ce dernier s’engage dans la guerre de Succession de Bretagne au sein de la Guerre de Cent Ans. En 1343, Philippe VI le fait arrêter à Paris pour trahison présumée envers les Anglais, le torture, le décapite et expose sa tête au public.
Refusant catégoriquement de se soumettre, Jeanne subit un bannissement total et voit l’ensemble de ses biens confisqués par la couronne française. Déterminée à venger son époux, elle vend ses possessions restantes pour équiper une petite flotte de trois navires, dont son bâtiment amiral baptisé Ma Vengeance. Elle s’établit en Angleterre sous la protection d’Édouard III, allié naturel contre la France, et lance une impitoyable guerre de course dans la Manche, ciblant systématiquement les navires marchands et les bâtiments royaux français. Pendant neuf mois intenses, elle pille sans relâche, massacrant souvent les équipages ennemis avec une cruauté légendaire, ce qui lui vaut les surnoms terrifiants de « Lionne sanglante » ou « Tigresse bretonne ». Ses raids semaient la terreur le long des côtes, faisant d’elle la première femme pirate documentée de l’histoire européenne.
Ses raids s’interrompent brutalement après la perte successive de ses navires lors d’une tempête dévastatrice dans la Manche ; elle échappe de justesse à la mort en s’échappant dans une fragile barque ouverte avec deux de ses fils, dont l’un, épuisé par le froid et la faim, succombe tragiquement en cours de route. Recueillie in extremis sur les côtes anglaises, elle trouve refuge sous la protection bienveillante d’Édouard III, qui l’accueille comme une alliée vengeresse, et se retire dans un manoir du Yorkshire où elle vit discrètement jusqu’à sa mort vers 1359. Son fils aîné, Olivier V de Clisson, parvient plus tard à laver l’honneur familial, récupère les biens ancestraux confisqués et gravit les échelons jusqu’à devenir connétable de France, marquant ainsi la résilience de la lignée Clisson.