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La photo, cette oeuvre créée par une machine

En 1839, la photographie débarque et bouleverse le monde de l’art. Certains peintres, comme Delacroix, y voient d’abord un outil précieux. D’autres, plus inquiets, prédisent la fin de la peinture.

La tension monte en 1859, lorsque les photographes exposent à côté des peintres au Salon. Pour beaucoup d’artistes académiques, c’est un scandale : comment une image produite par une machine peut-elle rivaliser avec une œuvre peinte à la main ?

Charles Baudelaire s’emporte dans son Salon de 1859. Il qualifie la photo d’« industrie triviale » et réclame qu’elle reste la « très humble servante de la peinture ». En 1862, une pétition signée par Ingres et d’autres grands noms tente même d’empêcher toute reconnaissance artistique de la photographie.

Le débat s’envenime autour du droit d’auteur. Les photographes réclament la même protection que les peintres pour leurs œuvres. Mais les tribunaux hésitent : une image produite mécaniquement mérite-t-elle le statut d’œuvre d’art ? En 1862, lors du procès opposant les photographes Mayer et Pierson, la question divise. Certains juges estiment que la photo relève de l’industrie, pas de l’art. D’autres, plus progressistes, reconnaissent la part de création du photographe dans le choix du cadrage, de la lumière et du sujet.

Finalement, la peinture ne meurt pas. Elle se réinvente. Libérée du réalisme, elle explore l’impressionnisme, puis l’abstraction. La photo, elle, gagne peu à peu ses galeries et ses musées, et finit par obtenir la reconnaissance juridique et artistique qu’elle revendique.

Aujourd’hui, peintres et photographes exposent côte à côte. La querelle est close. Peut-être y a-t-il un enseignement à retirer de cette histoire au sujet de l’IA générative. Si le débat est trop vif aujourd’hui, il est probable que le temps fera son oeuvre.