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La Reine rouge : courir pour ne pas reculer

Dans De l’autre côté du miroir, la Reine rouge explique à Alice qu’il faut courir à toute vitesse pour rester au même endroit. Les biologistes reprennent cette image pour décrire l’évolution : une espèce ne conserve son avantage que si elle s’adapte sans cesse aux autres espèces, qui s’adaptent elles aussi.

Le guépard devient plus rapide, la gazelle s’améliore pour lui échapper. Le parasite trouve une nouvelle faille, l’hôte développe une défense. Personne ne gagne définitivement : chacun progresse pour ne pas être dépassé.

Cette logique éclaire aussi, par analogie, la guerre entre l’Ukraine et la Russie. Le conflit devient une course permanente aux contre-mesures : un drone est brouillé, puis il change de fréquence ; une défense est renforcée, puis une nouvelle tactique la contourne ; une arme efficace est rapidement neutralisée par une parade adverse.

La comparaison a toutefois ses limites. La théorie de la Reine rouge décrit une coévolution entre êtres vivants, sur de longues durées. La guerre oppose des États et des industries qui choisissent, financent et organisent leurs innovations. Elle relève donc davantage de la course aux armements.

Mais le principe reste saisissant : dans la nature comme sur le champ de bataille, il ne suffit pas d’avoir trouvé la bonne solution. Il faut continuer à courir, simplement pour ne pas reculer.