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Les voix ensevelies de l’Opéra Garnier

Sous les ors de l’Opéra Garnier se cachait un étonnant trésor sonore. Dans les sous-sols du palais, des urnes métalliques renfermaient depuis un siècle des disques enregistrés à la Belle Époque.

Tout commence en décembre 1907. Alfred Clark, président de la Compagnie française du Gramophone, remet à l’Opéra de Paris vingt-quatre disques destinés à préserver les grandes voix et les airs célèbres de son époque. L’ensemble comprend également du matériel permettant leur lecture.

Les précieux enregistrements sont déposés dans une urne, puis scellés dans les caves du palais Garnier. Une seconde urne rejoint le lieu en 1912. L’idée est alors de transmettre aux générations futures un témoignage de l’art lyrique et des techniques sonores du début du XXème siècle.

Pendant cent ans, les disques restent à l’abri de la lumière et des regards. Leur contenu demeure cependant fragile : les supports peuvent se dégrader et leur lecture risque de les endommager. En septembre 2008, la Bibliothèque nationale de France fait finalement ouvrir les urnes.

Les spécialistes découvrent alors des enregistrements d’une grande valeur historique. On y entend notamment des extraits d’œuvres de Gounod et de Massenet, ainsi qu’un rare passage attribué à Beethoven. Ces voix, fixées à une époque où le phonographe en est encore à ses débuts, semblent parvenir directement de la Belle Époque.

Pour les écouter, les chercheurs utilisent des méthodes de lecture analogique et numérique. Ils peuvent ainsi récupérer les sons avec précaution, sans imposer aux disques les contraintes d’une lecture traditionnelle. Les voix oubliées retrouvent alors une nouvelle vie après un sommeil de cent ans.