Je soutiens le projet

Image aléatoire LTDC-081

BONJOUR

Octobre 2026
LunMarMerJeuVenSamDim
1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31
Aujourd'hui c'est la Sainte-Gaga, bonne fête à toutes les ladies

Les célébrations notables

Bonne fête aux Géraud

Jour de la pêche le 22 vendémiaire

Journée internationale de la prévention des catastrophes naturelles
Journée internationale du hamburger
Journée mondiale de l'oeuf
Journée mondiale de la thrombose

Les évènements notables

2006 - Naissance de l'État Islamique en Irak

Le 13 octobre 2006, plusieurs groupes djihadistes irakiens s’unissent sous la bannière d’Abou Omar al-Baghdadi pour fonder l’État islamique en Irak. Né du chaos consécutif à l’invasion américaine de 2003, ce mouvement deviendra plus tard Daech, étendant son influence en Syrie et provoquant une vague de terreur internationale... lire l'article

1917 - Dernière des apparitions mariales de Fátima, avec le phénomène astronomique appelé le miracle du soleil

Le 13 octobre 1917, près de 70 000 personnes assistent à Fátima, au Portugal, à la dernière apparition mariale aux trois jeunes bergers. Ce jour est marqué par le « miracle du soleil », phénomène lumineux inexpliqué observé par la foule, qui consolide la ferveur religieuse autour des messages attribués à la Vierge Marie.

1837 - Prise de Constantine

Le 13 octobre 1837, les troupes françaises dirigées par le maréchal Damrémont (tué durant l’assaut) et le général Valée s’emparent de Constantine, en Algérie. Cette conquête, au prix de lourdes pertes, marque une étape décisive dans la colonisation française de l’Algérie, soumettant un bastion de résistance locale.

1775 - Création de l’United States Navy

Le 13 octobre 1775, le Congrès continental américain ordonne l’armement de deux navires pour intercepter les navires britanniques. Cet acte fonde officiellement la Marine américaine, l’United States Navy, qui jouera un rôle clé dans la guerre d’indépendance et deviendra l’une des forces navales les plus puissantes du monde.

1307 - Arrestation de tous les Templiers en France

Le 13 octobre 1307, sur ordre du roi Philippe IV le Bel, tous les Templiers du royaume de France sont arrêtés au lever du jour. Accusés d’hérésie et de pratiques occultes, ils subissent tortures et procès iniques. Cet événement marque le début de la chute de l’Ordre du Temple, dissous en 1312 par le pape Clément V.

54 - Néron accède au trône impérial romain du fait du décès de son prédécesseur Claude

Le 13 octobre 54, à la mort de l’empereur Claude, probablement empoisonné par son épouse Agrippine, son fils adoptif Néron devient empereur de Rome. Âgé de 16 ans, il sera l’un des souverains les plus controversés, connu pour son faste, ses persécutions contre les chrétiens et l’incendie de Rome en 64.

Les naissances et décès notables

1989 - Naissance de Slimane (Slimane Nebchi), chanteur français
1982 - Naissance de Ian Thorpe, nageur australien, quintuple champion olympique
1967 - Naissance de Javier Sotomayor, athlète de saut en hauteur cubain
1965 - Naissance de Philippe Torreton, acteur français et normand
1945 - Naissance de Christophe (Daniel Bevilacqua), chanteur français
1934 - Naissance de Nana Mouskouri (Ioánna Moúskhouri), chanteuse grecque
1931 - Naissance de Raymond Kopa, footballeur français
1925 - Naissance de Margaret Thatcher, femme d'État britannique
1921 - Naissance de Yves Montand, chanteur et acteur français

2023 - Décès de Hubert Reeves, astrophysicien canadien
2023 - Décès de Dominique Bernard, professeur français assassiné par un islamiste
2008 - Décès de Guillaume Depardieu, acteur français
1986 - Décès de Eduard Haas III, homme d’affaire autrichien ayant commercialisé les bonbons PEZ
1131 - Décès de Philippe de France, fils de Louis VI le Gros

Tu veux soutenir l’almanach,

les fin de mois sont compliquées,

partage sur les réseaux !


L’œuvre du jour


Savais-tu ?

De l’Opéra de Paris à Garnier

Inauguré en 1875, le palais conçu par l’architecte Charles Garnier porte d’abord le nom d’Opéra de Paris. Il ne devient pas immédiatement l’Opéra Garnier.

Le changement intervient après l’ouverture de l’Opéra Bastille, inauguré le 13 juillet 1989. Désormais, l’Opéra de Paris dispose de deux salles et doit les distinguer clairement. Le palais historique prend alors progressivement le nom d’Opéra Garnier, en hommage à son architecte.

En 1994, l’établissement adopte officiellement le nom d’Opéra national de Paris. Ses deux salles sont alors identifiées comme l’Opéra Garnier et l’Opéra Bastille.

Aujourd’hui, le palais Garnier conserve sa vocation lyrique et chorégraphique, tout en demeurant l’un des monuments les plus emblématiques de Paris.

Angleterre, Grande‑Bretagne, Royaume‑Uni ?

L’Angleterre est une des quatre nations du Royaume‑Uni, avec l’Écosse, le Pays de Galles et l’Irlande du Nord. Elle occupe la partie sud de la grande île au nord de la France, et sa capitale, Londres, est aussi celle du Royaume‑Uni. Tous les Anglais sont Britanniques, mais tous les Britanniques ne sont pas Anglais : on évite donc d’appeler un Écossais ou un Gallois « Anglais ».

Au fil de l’histoire, on a pu rencontrer :

  • Angleterre (notamment après l’union avec le Pays de Galles, souvent englobé dans ce nom par abus)
  • « le royaume d’Angleterre » (avant les unions avec l’Écosse puis l’Irlande)

La Grande‑Bretagne désigne d’abord l’île qui regroupe l’Angleterre, l’Écosse et le Pays de Galles. Elle n’inclut pas l’Irlande du Nord, située sur l’île d’Irlande. En formule simple : Grande‑Bretagne = Angleterre + Écosse + Pays de Galles.

Historiquement, on trouve plusieurs formulations :

  • « Grande‑Bretagne » comme nom géographique dès l’époque moderne
  • « royaume de Grande‑Bretagne » après l’Acte d’Union de 1707 (union politique de l’Angleterre – qui incluait déjà le pays de Galles – et de l’Écosse)

Le Royaume-Uni s’appelle plus exactement « Royaume‑Uni de Grande‑Bretagne et d’Irlande du Nord ». C’est l’État souverain qui rassemble quatre nations : Angleterre, Écosse, Pays de Galles et Irlande du Nord. On peut le résumer ainsi : Royaume‑Uni = Grande‑Bretagne + Irlande du Nord.

Mais, selon les époques, le nom officiel a varié :

  • 1707–1801 : « royaume de Grande‑Bretagne »
  • 1801–1922 : « Royaume‑Uni de Grande‑Bretagne et d’Irlande » (après l’union avec l’Irlande entière)
  • Depuis 1927 : « Royaume‑Uni de Grande‑Bretagne et d’Irlande du Nord » (après l’indépendance de l’Irlande devenue État libre, puis République d’Irlande)

Dans l’usage courant, on rencontre aussi :

  • « Royaume‑Uni »
  • « Grande‑Bretagne » employé par synecdoque pour l’État, surtout au XIXᵉ siècle
  • « les Britanniques », pour désigner les habitants de l’ensemble

Et la perfide Albion alors ? 😉

« Albion » est un ancien nom poétique de la Grande‑Bretagne, sans doute lié aux falaises d’un blanc d’albatre du sud de l’Angleterre. « Perfide » renvoie à l’idée de trahison ou de duplicité : la « perfide Albion » désigne donc l’Angleterre (ou la Grande‑Bretagne) vue comme sournoise surtout par les français. Née dans un contexte de rivalité franco‑anglaise, l’expression est aujourd’hui surtout utilisée avec humour, comme un clin d’œil à cette longue histoire commune.

En conclusion,

est-ce vraiment plus clair 😳 ? Pas sûr.
🤔 Oui, d’autant plus qu’on parle aussi des anglo-saxons…
😳 Pfff, je renonce. Ce voisin se révèle bien trop compliqué à comprendre 😉

Tu apprécies cet almanach,

tu désires soutenir son développement,

va pour un café !


Un peu d’humour

Je m’emmerde…

C’est qui mon papa

🥹 Maman, c’est qui mon papa ?
😟 Je ne sais pas ma chérie, tout le monde portait un masque en 2020.

La catastrophe d’Erfurt

Nous sommes en 1184, à Erfurt, en Allemagne. L’ambiance est tendue, les costumes sont somptueux, et la réunion est ultra importante : le roi Henri VI convie toute l’élite du Saint-Empire pour régler un conflit politique majeur. Pas de champ de bataille, pas d’épée, pas de drame chevaleresque… juste une salle de réunion avec, malheureusement, un plancher en bois plus que fatigué.

Comme on peut s’en douter, le plancher cède. D’un seul coup. nobles, évêques, comtes et autres grands noms de l’époque dégringolent au rez-de-chaussée… puis encore un peu plus bas, dans la fosse des latrines. Certains meurent sur le coup, d’autres se noient dans les excréments ou suffoquent sous les émanations. Un vrai scénario catastrophe comptant tout de même une soixantaine de mort parmi l’élite politique de l’époque.

Les principaux protagonistes de la réunion, dont le roi Henri VI et l’archevêque Conrad, survivent en s’accrochant tant bien que mal à des barreaux de fenêtre. Les victimes varient selon les chroniques mais jamais on ne parle des secours qui doivent intervenir dans des conditions disons… irrespirables.

Résultat : la dispute politique reste non résolue, personne n’est accusé d’un attentat putride mais voilà tout de même une affaire plus que nauséabonde. En tout cas, on peut dire que la noblesse n’a jamais été aussi proche du peuple… ni aussi proche du fond.


Instant de vie

En voilà une belle soirée. Madame reçoit la bonne société locale. Ses chers amis sont tous là, accompagnés de leur épouse, tous et toutes dans leur plus belle tenue. Les conversations vont bon train. Vous savez ce que c’est : « Mais oui, bien sûr, très chère », « Oh non, si peu, mon ami », « J’ai cru ouïe dire, effectivement »…

Madame semble cependant contrariée. Discrètement, elle prend à part son mari :

— Mon ami, je m’absente un instant.
— Tout va bien, ma douce ?
— Oui, ne vous inquiétez pas… juste un petit besoin naturel. Si quelqu’un me demande, je suis allée déposer les enfants à la piscine.

Le mari, nullement surpris bien qu’ils n’aient point d’enfant :
— Mais bien sûr, ma chère. Allez donc changer l’eau du poisson.

Et Madame de s’échapper discrètement du côté de ce lieu où le roi se rend toujours seul.

L’art délicat de l’excuse élégante

De bien entendu, il ne s’écoule pas cinq minutes avant que l’une des convives ne s’écrie :
— Mais où diable se trouve donc votre épouse, cher ami ?

« Mais pourquoi faut-il que ce soit justement la plus “prout-prout” de l’assemblée qui pose cette question », se dit Monsieur en souriant in petto. Il lui répondrait bien que sa femme est allée « sortir la quiche au bord du four », mais impossible : pourquoi aller déranger le personnel en cuisine pour si peu ? Pour une quiche, qui plus est. Et l’excuse d’aller démouler une terrine ou de sortir le cake du four ne convient pas mieux. Quel dilemme !

Devant l’embarras du mari, un invité avisé s’approche et rassure la quémandeuse :
— Il me semble l’avoir vue aller donner à manger aux canards.

Le mari souffle :
— Oui, elle est allée faire le tour du cabanon. Elle va sûrement revenir sans tarder.

— Mais quelle idée ! s’exclame l’importune.

« Ah », pense le mari, un peu plus excédé, « n’est-il pas possible de déposer le bilan tranquillement ? » L’envie de lâcher le morceau le tenaille : « Elle est simplement allée caguer, voyons ! » Mais cette dame ignore probablement ce que c’est que d’aller nourrir les cagoinces.

Le retour triomphal de Sa Majesté

Le mari ne sait plus quoi dire ni quoi faire quand sa chère aimée réapparaît, semble-t-il bien aise. Quelle est belle en cet instant, après être allée compter fleurette à dame nature ! Elle les rejoint d’une démarche chaloupée, indiquant que, par bonheur, le temps de faire parler le joufflu se trouve révolu. Revenant de sa méditation express sur le trône, la reine de la soirée navigue avec élégance d’un convive à l’autre, l’esprit serein, comme si elle venait d’envoyer un fax à la Lyonnaise des eaux.

Madame s’approche enfin du petit groupe.
— Ah, vous voilà, ma chère ! s’exclame l’ingénue, toujours plus curieuse. Votre mari me confiait que vous aviez des canards. Quelle idée de les nourrir à cette heure !
— Des canards ? Mais, par Jacob Delafon, que raconte cette femme ! Vite, vite, terrain miné, jeter du lest.
— Mais non, très chère, je suis juste allée refaire le crépi.
— Le crépi ! Que c’est cocasse ! Vous me ferez toujours rire.

Morale de l’histoire (si tant est qu’il y en ait une)

Ainsi s’achève l’épisode du côté obscur, sur le point de reprendre du poil de la bête. Pas de quoi en chier une pendule, avez-vous peut-être envie de vous esclaffer, mais vous reconnaîtrez bien volontiers l’inconfort d’une telle situation. Peut-être que cette anecdote vous sauvera un jour d’une gêne somme toute bien naturelle.


A la maison et au jardin

Pomme rôtie à la Leffe Ruby

Pour 4 personnes, compter 10 minutes de préparation et 30 minutes de cuisson.

Ingrédients : 4 pommes golden – 20 cl de Leffe Ruby – 120 g de sucre cassonade – 80 g de beurre – 40 g de spéculoos – 40 cl de glace caramel beurre salé

Couper la base et le sommet des pommes puis en évider le centre. Les dresser dans un plat à gratin et préchauffer le four à 180°C (th.6).

Dans une casserole, faire fondre le sucre à feu moyen avec un peu d’eau. une fois transformé en caramel avec une jolie couleur dorée, ajouter le beurre. Verser progressivement la Leffe Ruby et mélanger régulièrement jusqu’à l’obtention d’un sirop liquide.

Verser ce caramel sur les pommes, puis les enfourner à 180°C pendant 30 min (th.6). Arroser régulièrement les pommes avec le sirop.

A la sortie du four, dresser les pommes dans une assiette, sur un lit de sauce à la Leffe. Accompagner d’une boule de glace au caramel beurre salé. Saupoudrer de miettes de spéculoos.

Serrure à l’huile d’olive

Une petite goutte d’huile d’olive peut parfois aider à dégripper une serrure : déposez délicatement une toute petite goutte sur la clé (évitez d’en mettre directement dans le cylindre), insérez-la puis effectuez des rotations lentes et des mouvements d’entrée-sortie pour répartir l’huile; répétez si nécessaire et essuyez l’excédent pour éviter l’encrassement. Gardez tout de même cette astuce pour un dépannage ponctuel et préférez ensuite un lubrifiant spécifique pour serrure pour un entretien durable.

Tu apprécies cet almanach,

tu désires soutenir son développement,

va pour un café !


Activation des méninges


Espace lecture

Honor Harrington, le space opera pensé comme une bataille navale

Poèmes saturniens – Femme et chatte – Paul Verlaine

Elle jouait avec sa chatte,
Et c’était merveille de voir
La main blanche et la blanche patte
S’ébattre dans l’ombre du soir.

Elle cachait — la scélérate ! —
Sous ses mitaines de fil noir
Ses meurtriers ongles d’agate,
Coupants et clairs comme un rasoir.

L’autre aussi faisait la sucrée
Et rentrait sa griffe acérée,
Mais le diable n’y perdait rien…

Et dans le boudoir où, sonore,
Tintait son rire aérien
Brillaient quatre points de phosphore.

Tu veux soutenir l’almanach,

les fin de mois sont compliquées,

partage sur les réseaux !

Le temps d’une nouvelle

La main d’écorché – Guy de Maupassant

En février 1875, un jeune homme de 25 ans signe « Joseph Prunier » dans les pages d’un modeste almanach lorrain. Derrière ce pseudonyme se cache Guy de Maupassant, qui publie là sa toute première nouvelle : La Main d’écorché. Le texte paraît dans L’Almanach lorrain de Pont-à-Mousson, grâce à l’entremise d’un ami, Léon Fontaine, dont le cousin dirige la publication. Maupassant teste ainsi sa plume sans engager son nom, comme s’il voulait voir si ses mots tiennent debout hors de son cercle habituel.

L’histoire met en scène une main humaine desséchée, trophée macabre arraché à un criminel supplicié. L’objet, à la fois curiosité et malédiction, s’anime dans la nuit et laisse derrière lui terreur et folie. Sans dévoiler l’intrigue, on peut dire que Maupassant y installe déjà son univers : l’angoisse sourde, le détail qui trouble, et cette frontière fragile entre raison et surnaturel. Cette nouvelle reste un petit bijou d’efficacité : quelques pages, une atmosphère lourde, et une chute qui hante. Pour qui aime le fantastique du XIXᵉ siècle, voilà une porte d’entrée idéale vers l’univers d’un jeune écrivain futur maître de la nouvelle française.

La main d’écorché

Il y a huit mois environ, un de mes amis, Louis R., avait réuni, un soir, quelques camarades de collège ; nous buvions du punch et nous fumions en causant littérature, peinture, et en racontant, de temps à autre, quelques joyeusetés, ainsi que cela se pratique dans les réunions de jeunes gens. Tout à coup la porte s’ouvre toute grande et un de mes bons amis d’enfance entre comme un ouragan. « Devinez d’où je viens », s’écria-t-il aussitôt. — « Je parie pour Mabille », répond l’un, — « Non, tu es trop gai, tu viens d’emprunter de l’argent, d’enterrer ton oncle, ou de mettre ta montre chez ma tante », reprend un autre ; « Tu viens de te griser, riposte un troisième, et comme tu as senti le punch chez Louis, tu es monté pour recommencer. » — « Vous n’y êtes point, je viens de P… en Normandie, où j’ai été passer huit jours et d’où je rapporte un grand criminel de mes amis que je vous demande la permission de vous présenter. » À ces mots, il tira de sa poche une main d’écorché ; cette main était affreuse, noire, sèche, très longue et comme crispée, les muscles, d’une force extraordinaire, étaient retenus à l’intérieur et à l’extérieur par une lanière de peau parcheminée, les ongles jaunes, étroits, étaient restés au bout des doigts ; tout cela sentait le scélérat d’une lieue. « Figurez-vous, dit mon ami, qu’on vendait l’autre jour les défroques d’un vieux sorcier bien connu dans toute la contrée ; il allait au sabbat tous les samedis sur un manche à balai, pratiquait la magie blanche et noire, donnait aux vaches du lait bleu et leur faisait porter la queue comme celle du compagnon de saint Antoine. Toujours est-il que ce vieux gredin avait une grande affection pour cette main, qui, disait-il, était celle d’un célèbre criminel supplicié en 1736, pour avoir jeté, la tête la première, dans un puits sa femme légitime, en quoi faisant je trouve qu’il n’avait pas tort, puis pendu au clocher de l’église le curé qui l’avait marié. Après ce double exploit, il était allé courir le monde et dans sa carrière aussi courte que bien remplie, il avait détroussé douze voyageurs, enfumé une vingtaine de moines dans leur couvent et fait un sérail d’un monastère de religieuses. » — « Mais que vas-tu faire de cette horreur ? » nous écriâmes-nous. — « Eh parbleu, j’en ferai mon bouton de sonnette pour effrayer mes créanciers. » — « Mon ami, dit Henri Smith, un grand Anglais très flegmatique, je crois que cette main est tout simplement de la viande indienne conservée par un procédé nouveau, je te conseille d’en faire du bouillon. » — « Ne raillez pas, Messieurs, reprit avec le plus grand sang-froid un étudiant en médecine aux trois quarts gris, et toi, Pierre, si j’ai un conseil à te donner, fais enterrer chrétiennement ce débris humain, de crainte que son propriétaire ne vienne te le redemander ; et puis, elle a peut-être pris de mauvaises habitudes cette main, car tu sais le proverbe : « Qui a tué tuera. » — « Et qui a bu boira », reprit l’amphitryon ; là-dessus il versa à l’étudiant un grand verre de punch, l’autre l’avala d’un seul trait et tomba ivre-mort sous la table. Cette sortie fut accueillie par des rires formidables, et Pierre élevant son verre et saluant la main : « Je bois, dit-il, à la prochaine visite de ton maître », puis on parla d’autre chose et chacun rentra chez soi.

Le lendemain, comme je passais devant sa porte, j’entrai chez lui, il était environ deux heures, je le trouvai lisant et fumant. « Eh bien, comment vas-tu ? » lui dis-je. — « Très bien », me répondit-il. — « Et ta main ? » — « Ma main, tu as dû la voir à ma sonnette où je l’ai mise hier soir en rentrant, mais à ce propos figure-toi qu’un imbécile quelconque, sans doute pour me faire une mauvaise farce, est venu carillonner à ma porte vers minuit ; j’ai demandé qui était là, mais comme personne ne me répondait, je me suis recouché et rendormi. »

En ce moment, on sonna, c’était le propriétaire, personnage grossier et fort impertinent. Il entra sans saluer. « Monsieur, dit-il à mon ami, je vous prie d’enlever immédiatement la charogne que vous avez pendue à votre cordon de sonnette, sans quoi je me verrai forcé de vous donner congé. » — « Monsieur, reprit Pierre avec beaucoup de gravité, vous insultez une main qui ne le mérite pas, sachez qu’elle a appartenu à un homme fort bien élevé. » Le propriétaire tourna les talons et sortit comme il était entré. Pierre le suivit, décrocha sa main et l’attacha à la sonnette pendue dans son alcôve. — Cela vaut mieux, dit-il, cette main, comme le « Frère, il faut mourir » des Trappistes, me donnera des pensées sérieuses tous les soirs en m’endormant. Au bout d’une heure je le quittai et je rentrai à mon domicile.

Je dormis mal la nuit suivante, j’étais agité, nerveux ; plusieurs fois je me réveillai en sursaut, un moment même je me figurai qu’un homme s’était introduit chez moi et je me levai pour regarder dans mes armoires et sous mon lit ; enfin, vers 6 heures du matin, comme je commençais à m’assoupir, un coup violent frappé à ma porte, me fit sauter du lit ; c’était le domestique de mon ami, à peine vêtu, pâle et tremblant. « Ah monsieur ! s’écria-t-il en sanglotant, mon pauvre maître qu’on a assassiné. » Je m’habillai à la hâte et je courus chez Pierre. La maison était pleine de monde, on discutait, on s’agitait, c’était un mouvement incessant, chacun pérorait, racontait et commentait l’événement de toutes les façons. Je parvins à grand-peine jusqu’à la chambre, la porte était gardée, je me nommai, on me laissa entrer. Quatre agents de la police étaient debout au milieu, un carnet à la main, ils examinaient, se parlaient bas de temps en temps et écrivaient ; deux docteurs causaient près du lit sur lequel Pierre était étendu sans connaissance. Il n’était pas mort, mais il avait un aspect effrayant. Ses yeux démesurément ouverts, ses prunelles dilatées semblaient regarder fixement avec une indicible épouvante une chose horrible et inconnue, ses doigts étaient crispés, son corps, à partir du menton, était recouvert d’un drap que je soulevai. Il portait au cou les marques de cinq doigts qui s’étaient profondément enfoncés dans la chair, quelques gouttes de sang maculaient sa chemise. En ce moment une chose me frappa, je regardai par hasard la sonnette de son alcôve, la main d’écorché n’y était plus. Les médecins l’avaient sans doute enlevée pour ne point impressionner les personnes qui entreraient dans la chambre du blessé, car cette main était vraiment affreuse. Je ne m’informai point de ce qu’elle était devenue.

Je coupe maintenant, dans un journal du lendemain, le récit du crime avec tous les détails que la police a pu se procurer. Voici ce qu’on y lisait :

« Un attentat horrible a été commis hier sur la personne d’un jeune homme, M. Pierre B…, étudiant en droit, qui appartient à une des meilleures familles de Normandie. Ce jeune homme était rentré chez lui vers 10 heures du soir, il renvoya son domestique, le sieur Bouvin, en lui disant qu’il était fatigué et qu’il allait se mettre au lit. Vers minuit, cet homme fut réveillé tout à coup par la sonnette de son maître qu’on agitait avec fureur. Il eut peur, alluma une lumière et attendit ; la sonnette se tut environ une minute, puis reprit avec une telle force que le domestique, éperdu de terreur, se précipita hors de sa chambre et alla réveiller le concierge, ce dernier courut avertir la police et, au bout d’un quart d’heure environ, deux agents enfonçaient la porte.

« Un spectacle horrible s’offrit à leurs yeux, les meubles étaient renversés, tout indiquait qu’une lutte terrible avait eu lieu entre la victime et le malfaiteur. Au milieu de la chambre, sur le dos, les membres raides, la face livide et les yeux effroyablement dilatés, le jeune Pierre B… gisait sans mouvement ; il portait au cou les empreintes profondes de cinq doigts. Le rapport du docteur Bourdeau, appelé immédiatement, dit que l’agresseur devait être doué d’une force prodigieuse et avoir une main extraordinairement maigre et nerveuse, car les doigts qui ont laissé dans le cou comme cinq trous de balle s’étaient presque rejoints à travers les chairs. Rien ne peut faire soupçonner le mobile du crime, ni quel peut en être l’auteur. »

On lisait le lendemain dans le même journal :

« M. Pierre B…, la victime de l’effroyable attentat que nous racontions hier, a repris connaissance après deux heures de soins assidus donnés par M. le docteur Bourdeau. Sa vie n’est pas en danger, mais on craint fortement pour sa raison ; on n’a aucune trace du coupable. »

En effet, mon pauvre ami était fou ; pendant sept mois, j’allai le voir tous les jours à l’hospice, mais il ne recouvra pas une lueur de raison. Dans son délire, il lui échappait des paroles étranges et, comme tous les fous, il avait une idée fixe, et se croyait toujours poursuivi par un spectre. Un jour, on vint me chercher en toute hâte en me disant qu’il allait plus mal, je le trouvai à l’agonie. Pendant deux heures, il resta fort calme, puis tout à coup, se dressant sur son lit malgré nos efforts, il s’écria en agitant les bras et comme en proie à une épouvantable terreur : « Prends-la ! prends-la ! Il m’étrangle, au secours, au secours ! » Il fit deux fois le tour de la chambre en hurlant, puis il tomba mort, la face contre terre.

Comme il était orphelin, je fus chargé de conduire son corps au petit village de P… en Normandie, où ses parents étaient enterrés. C’est de ce même village qu’il venait, le soir où il nous avait trouvés buvant du punch chez Louis R. et où il nous avait présenté sa main d’écorché. Son corps fut enfermé dans un cercueil de plomb, et quatre jours après, je me promenais tristement avec le vieux curé qui lui avait donné ses premières leçons, dans le petit cimetière où l’on creusait sa tombe. Il faisait un temps magnifique, le ciel tout bleu ruisselait de lumière ; les oiseaux chantaient dans les ronces du talus, où, bien des fois, enfants tous deux, nous étions venus manger des mûres. Il me semblait encore le voir se faufiler le long de la haie et se glisser par le petit trou que je connaissais bien, là-bas, tout au bout du terrain où l’on enterre les pauvres, puis nous revenions à la maison, les joues et les lèvres noires de jus des fruits que nous avions mangés ; et je regardai les ronces, elles étaient couvertes de mûres, machinalement j’en pris une, et je la portai à ma bouche ; le curé avait ouvert son bréviaire et marmottait tout bas ses oremus, et j’entendais au bout de l’allée la bêche des fossoyeurs qui creusaient la tombe. Tout à coup, ils nous appelèrent, le curé ferma son livre et nous allâmes voir ce qu’ils nous voulaient. Ils avaient trouvé un cercueil. D’un coup de pioche, ils firent sauter le couvercle et nous aperçûmes un squelette démesurément long, couché sur le dos, qui de son œil creux semblait encore nous regarder et nous défier ; j’éprouvai un malaise, je ne sais pourquoi, j’eus presque peur. « Tiens ! s’écria un des hommes, regardez donc, le gredin a un poignet coupé, voilà sa main. » Et il ramassa à côté du corps une grande main desséchée qu’il nous présenta. « Dis donc, fit l’autre en riant, on dirait qu’il te regarde et qu’il va te sauter à la gorge pour que tu lui rendes sa main. » — « Allons mes amis, dit le curé, laissez les morts en paix et refermez ce cercueil, nous creuserons autre part la tombe de ce pauvre Monsieur Pierre. »

Le lendemain tout était fini et je reprenais la route de Paris après avoir laissé 50 francs au vieux curé pour dire des messes pour le repos de l’âme de celui dont nous avions ainsi troublé la sépulture.

Un peu de ciel bleu