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A la une,
QUAND GAMBETTA PRIT LA VOIE DES AIRS POUR ORGANISER LA RÉSISTANCE 📆 7 octobre 1870
CE JOUR OÙ SURCOUF S’EMPARAIT DU KENT 📆 7 octobre 1800
LES POGROMS CESSERONT-ILS ENFIN UN JOUR ? 📆 7 octobre 2023
Aujourd’hui, l’éphéméride
Toutes les heures, l’oeuvre du jour, quelques connaissances, un peu d’humour, un instant de vie, à la maison et au jardin, un peu de lecture
Au fil de la journée, un peu de ciel bleu
Sans oublier d’activer vos méninges
Les célébrations notables
Bonne fête aux Pélagie
Jour de la citrouille le 17 vendémiaire
Journée internationale des lesbiennes
Les évènements notables
2022 - Une explosion endommage le pont de Crimée
Le 8 octobre 2022, une explosion frappe le pont reliant la Russie à la péninsule de Crimée annexée en 2014. L’incident, attribué par Moscou à une attaque ukrainienne, endommage gravement une section routière et le trafic ferroviaire. L'événement a une forte portée symbolique et stratégique dans le contexte de la guerre en Ukraine.
1998 - Procédure d’impeachment contre le président des États-Unis Bill Clinton dans l'affaire Lewinski
Le 8 octobre 1998, la Chambre des représentants américaine ouvre officiellement une enquête en vue d’une mise en accusation de Bill Clinton. Il est soupçonné de parjure et d’entrave à la justice concernant sa relation avec Monica Lewinsky. Le Sénat l’acquittera en février 1999, lui permettant de finir son mandat.
1887 - Début du scandale des décorations entachant le président Jules Grévy
Le 8 octobre 1887 éclate l’affaire des décorations, révélant que le gendre du président français Jules Grévy, Daniel Wilson, monnayait des Légions d’honneur. Le scandale choque l’opinion et met en cause l'intégrité du pouvoir républicain. Grévy finira par démissionner quelques semaines plus tard pour apaiser la crise... lire l'article
1871 - Début du grand incendie de Chicago
Le 8 octobre 1871, un incendie se déclare dans une étable de Chicago et se propage rapidement à cause de la sécheresse et des constructions en bois. Le feu ravage une grande partie de la ville pendant près de trois jours, tuant environ 300 personnes et détruisant des milliers de bâtiments. La reconstruction sera massive.
1600 - La république de Saint-Marin adopte sa Constitution, la plus ancienne connue et encore en vigueur
Le 8 octobre 1600, Saint-Marin promulgue un ensemble de lois fondamentales établissant son organisation politique. Ce texte, inspiré du droit de l’époque, est considéré comme la constitution écrite toujours en usage la plus ancienne du monde. La petite république italienne revendique ainsi une longue tradition institutionnelle.
1517 - François Ier signe l'acte de naissance de la ville du Havre
Le 8 octobre 1517, le roi de France François Ier fonde officiellement la ville du Havre par un édit ordonnant la création d’un port sur la Manche. L’objectif est de renforcer la marine française et le commerce maritime. La cité deviendra l’un des principaux ports du pays et un centre économique majeur... lire l'article
Les naissances et décès notables
1949 - Naissance de Sigourney Weaver, actrice américaine
1946 - Naissance de Jean-Jacques Beineix, réalisateur et scénariste français
1939 - Naissance de Paul Hogan, acteur américain
1920 - Naissance de Frank Herbert, écrivain américain
2016 - Décès de Pierre Tchernia, réalisateur, scénariste, journaliste, animateur télé français
2008 - Décès de Marcel Chevalier, dernier bourreau en France
1925 - Décès de Vincenzo Peruggia, peintre en bâtiment et vitrier italien connu pour avoir volé La Joconde
L’œuvre du jour
The MET
La Table Farnèse est l’une des plus somptueuses tables de la Haute Renaissance italienne. Conçue vers 1565–1573 pour le palais Farnèse à Rome, elle allie marbre, albâtre égyptien et incrustations de pierres semi-précieuses dans un décor d’une richesse rare.
Destinée au cardinal Alexandre Farnèse, petit-fils du pape Paul III, la table porte les armes de la famille (fleurs de lys) sculptées sur ses pieds massifs. Elle devait trôner dans l’un des grands salons du palais, symbole du prestige et du goût antiquisant des Farnèse.
Le plateau, attribué au marbrier français Jean Ménard (Giovanni Mynardo), est une mosaïque de pietre dure : marbres colorés et pierres fines assemblés selon la tradition romaine antique. Les trois pieds en marbre ont été sculptés sous la direction de Guglielmo della Porta, avec des grotesques, des sphinx et des cartouches armoriés. L’ensemble mesure environ 95 cm de hauteur pour près de 3,80 m de longueur, ce qui en fait une pièce monumentale.
Acquise en 1958 par le Metropolitan Museum of Art de New York, la Table Farnèse y est exposée comme l’un des fleurons du mobilier Renaissance européen.
Savais-tu ?
Assassinat de Jean Jaurès
Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès, figure majeure du socialisme français et grand défenseur de la paix, est assassiné à Paris par Raoul Villain. Son meurtrier est identifié immédiatement, et Villain ne nie jamais son geste.
Le choc est immense, mais l’épilogue judiciaire l’est tout autant : en 1919, Raoul Villain est acquitté. Le verdict est alors justifié dans un climat de patriotisme d’après-guerre, comme si le crime pouvait être relu à travers la tension nationale de l’époque.
La blessure est encore aggravée par le sort réservé à la veuve de Jaurès : elle est condamnée aux dépens et à verser un franc symbolique de dommages et intérêts. Pour beaucoup, c’est une double injustice, car la famille du disparu se retrouve en quelque sorte sanctionnée après l’assassinat.
Après son acquittement, Raoul Villain vit dans l’ombre, change d’identité, s’éloigne de la France et finit par s’installer à Ibiza. Il meurt en 1936, tué durant les troubles de la guerre civile espagnole.
Les sirènes
Dans la Grèce antique, la sirène était loin d’être une créature aquatique.
Elle apparaît pour la première fois dans l’Odyssée d’Homère — datant du VIIIe siècle avant notre ère — sous les traits d’une femme-oiseau. Perchées sur une île rocheuse, les sirènes attiraient les marins avec un chant envoûtant qui promettait une connaissance absolue à ceux qui l’entendaient. Pourtant, ce savoir était mortel : hypnotisés, les marins faisaient échouer leurs navires sur les récifs et trouvaient la mort.
Les représentations antiques les montrent souvent avec le corps d’un oiseau, des ailes déployées et un visage de femme. Leur rôle est clair : elles incarnent la tentation, le savoir interdit et la mort. Dans certaines versions, elles étaient autrefois les compagnes de Perséphone, punies par Déméter et condamnées à hanter les rivages de leur chant funèbre.
Au fil des siècles, la sirène a subi une métamorphose. Influencée par les bestiaires médiévaux et l’Église, elle a perdu ses ailes pour gagner des écailles. Elle s’est transformée en femme-poisson — mi-humaine, mi-animale — symbolisant la tentation charnelle et le péché. Son chant n’était plus seulement une promesse de savoir, mais une séduction dangereuse, une invitation à la débauche.
Dans l’iconographie chrétienne, la sirène apparaît souvent aux côtés d’autres créatures hybrides, toutes associées au mal, à la vanité et à la luxure. Elle incarne les périls de la chair — des tentations qui détournent l’âme du chemin du salut.
À la Renaissance, la sirène fascine naturalistes et érudits. Elle est classée parmi les « monstres marins » ; elle est étudiée et illustrée, et certains prétendent même que des spécimens ont été capturés. Parallèlement, elle inspire poètes et artistes, évoluant vers une figure romantique, mystérieuse et souvent tragique.
C’est au XIXe siècle que la sirène connaît sa transformation la plus significative. Avec le conte de Hans Christian Andersen, La Petite Sirène (1837), elle devient une héroïne sensible et amoureuse, prête à tout sacrifier pour une romance impossible. Cette version humanise la créature, la rendant plus vulnérable que dangereuse ; elle inspire la compassion plutôt que la peur.
Aujourd’hui, la sirène continue d’évoluer. Elle devient, tour à tour, une icône féministe, un symbole de liberté ou un personnage fantastique. Au cinéma, dans la littérature et les jeux vidéo, elle incarne la force, la magie et la rébellion. Son chant — autrefois mortel — devient une voix de résistance, de désir et de transformation.
Un peu d’humour
Repos vélo dodo
Dimanche six heures du matin, l’homme se lève sans faire de bruit pour ne pas réveiller son épouse. Il charge son VTT dans la voiture, et s’en va.
Arrivé sur le parcours il se met à tomber des trombes d’eau. Sa matinée est foutue, il décide alors de rentrer chez lui.
De retour à la maison, il se déshabille sans faire de bruit et se recouche doucement tout près de son épouse en lui chuchotant à l’oreille : « Il pleut comme vache qui pisse ! ».
Et elle, de lui répondre : « Quand je pense que l’autre idiot est en train de pédaler… »
Suis-je égocentrique ?
😏 Je ne dis pas que je suis le centre du monde, mais tout de même… 😳 à chaque fois que j’ouvre Google Maps, je me retrouve en plein milieu.
Une claudication à la mode
A la fin du XIXème siècle au Royaume-Uni, la mode dans la haute société est à la claudication, quitte à retirer un talon.
La claudication d’Alexandra désigne la démarche boiteuse adoptée par les dames de la haute société victorienne, en imitation de celle de la princesse Alexandra de Danemark. Originaire du Danemark, elle épouse en 1863 le prince de Galles, futur Édouard VII, devenant une icône de mode par son élégance malgré une infirmité à la jambe droite causée par une grave maladie en 1867 qui la raidit. Son allure gracieuse transforme ce handicap en signe de distinction sociale.
Les femmes de l’époque victorienne copient consciemment cette boiterie en accentuant leur démarche, en s’appuyant sur une canne et en modifiant leurs chaussures pour créer un déséquilibre. Elles retirent le talon d’une chaussure ou portent des talons de hauteurs inégales afin d’imposer un boitement permanent et gracieux.
Les cordonniers londoniens commercialisent alors des souliers asymétriques sur mesure, avec des talons délibérément inégaux, répondant à la demande des fashionistas. Ce phénomène de mode devient une industrie lucrative sur Bond Street et Mayfair, où ces chaussures « à la princesse » mêlent sophistication et handicap simulé.
Instant de vie
Quelques instants de vie à travers le temps.
Premier tableau
Une petite famille se promène à vélo lors d’un dimanche ensoleillé qui sent bon l’insouciance. Les parents, émus et fiers, observent leur premier enfant pédaler sans ses petites roues, conquérant du bitume, roi du square. Et soudain…
CHUTE DANS LE PELOTON FAMILIAL !!! OH LÀ LÀ, MON DIEU !
Le père freine dans un dérapage digne du Tour de France, saute de son vélo, accourt et soulève l’enfant avec délicatesse. La mère, déjà à genoux, sort une trousse de secours qui ferait pâlir une ambulance. Elle déballe tout immédiatement : désinfectant, compresses stériles, Mercurochrome, pansement, bande.
Verdict : écorchure de niveau 2. On sécurise le périmètre. On rassure. On souffle. On désinfecte. On panse. On câline.
Le père est prêt à appeler les urgences. Le SAMU n’est jamais très loin dans ces moments-là. Mais contre toute attente… l’enfant survit.
Rideau.
Quelques années plus tard.
Même décor. Même piste cyclable. Même parents. Mais un deuxième enfant est apparu dans le casting…
CHUTE À L’AVANT !
Le père s’approche, jette un œil rapide, analyse la situation.
Diagnostic : égratignure.
La mère intervient. Pas de trousse, pas de protocole.
Un simple bisou magique, homologué depuis des générations. « Voilà, c’est passé. »
L’enfant renifle, hésite… puis repart.
Fin de l’incident. Pas même de quoi interrompre la balade.
Encore quelques années passent.
Même lieu. Même parents. Et — on ne sait pas trop comment — un troisième enfant…
Chute.
Les parents en choeur : « AAAH MAIS C’EST PAS POSSIBLE ! TU PEUX PAS FAIRE ATTENTION !? »
A la maison et au jardin
La truffade : le plat du pauvre des burons
Dans les estives du Cantal, là où le vent siffle entre les pierres et où les vaches paissent l’été, les burons fument doucement. Ce sont de petites cabanes de bergers en pierre, à la fois fromagerie et cuisine, où l’on vit simplement, avec ce que la montagne donne. Et c’est là, entre deux tournées de traite, que naît la truffade.
La truffade est d’abord un plat de survie. Dans ces burons isolés, pas question de luxe : on mange ce qu’on a sous la main. Des pommes de terre, faciles à cultiver et à conserver. De la tomme fraîche, ce fromage encore jeune, parfois trop jeune pour être affiné et vendu. Un peu de graisse, de l’ail, du sel, du poivre. Le mot lui-même dit sa simplicité : en occitan, trufa signifie « pomme de terre ». La truffade, c’est donc « le plat à base de pommes de terre », sans fioritures, conçu pour tenir au corps pendant les longues journées de travail en altitude.
Pendant des décennies, elle reste cantonnée à ces montagnes, associée à une vie rude, à une cuisine de nécessité. On la sert dans les burons, dans les fermes, dans les auberges de village. Ailleurs, on l’ignore ou on la méprise : c’est un plat de pauvre, bon pour ceux qui n’ont rien d’autre. Puis le vent tourne. En période d’inflation, quand les budgets se serrent et que les recettes compliquées perdent leur charme, la truffade revient en force. Sur les réseaux sociaux, dans les magazines, sur les sites de cuisine, on la célèbre comme une recette anti-crise mais surtout comme un plat réconfortant par excellence.
Pour une bonne truffade, il faut peu d’ingrédients, mais du soin… et une faim de loup. Voyez comme la recette est simple sur l’onglet suivant.
Pour quatre personnes :
- 1 kg de pommes de terre à chair ferme (Amandine, Charlotte, « vieilles » plutôt que nouvelles)
- 300–400 g de tome fraîche de Cantal (ou Salers), la plus fraîche possible
- 1 à 3 gousses d’ail, selon le goût
- 2–3 cuillères à soupe d’huile neutre (tournesol, arachide, pépin de raisin)
- 1 noix de beurre (salé ou non) et/ou un peu de saindoux
- Sel, poivre du moulin
- Optionnel : un peu de persil, des tranches de jambon d’Auvergne à côté
La préparation, en quelques gestes :
- Épluchez les pommes de terre, coupez-les en rondelles régulières de 3–5 mm.
- Faites chauffer l’huile dans une poêle en inox ou une cocotte en fonte.
- Ajoutez les pommes de terre sans les saler tout de suite, laissez-les dorer à feu vif quelques minutes, puis baissez le feu.
- Quand elles commencent à colorer, ajoutez l’ail haché, un peu de beurre, puis salez légèrement.
- Poursuivez la cuisson 20–30 minutes à feu moyen-doux, en remuant de temps en temps, jusqu’à ce que les pommes de terre soient tendres à cœur mais encore tenaces.
- Coupez la tome fraîche en petits dés. Quand les pommes de terre sont cuites, baissez le feu au minimum et incorporez la tome en plusieurs fois, en remuant doucement.
- Laissez fondre 3–5 minutes à feu très doux, sans faire bouillir, jusqu’à obtenir un ensemble crémeux et filant.
- Goûtez, rectifiez en sel et poivre, servez aussitôt, avec une salade verte et éventuellement du jambon d’Auvergne.
Quelques astuces :
- Privilégiez des pommes de terre « vieilles », moins gorgées d’eau.
- Utilisez une tome très fraîche : plus elle est fraîche, mieux elle file.
- Une fois la tome ajoutée, restez sur feu très doux : le fromage ne doit pas dépasser environ 80 °C pour bien fondre sans devenir caoutchouteux.
- Salez peu au début, davantage à la fin, car le fromage est déjà salé.
Pour aiguiser des ciseaux
Pour redonner du tranchant à une paire de ciseaux, prenez une feuille d’aluminium, pliez-la plusieurs fois pour obtenir une bonne épaisseur, puis coupez-la plusieurs fois sur toute la longueur des lames — la texture abrasive de l’alu polit les bords et rend la coupe plus nette; essuyez ensuite les lames avec un chiffon pour enlever les résidus et testez sur du papier, et répétez si nécessaire pour un résultat optimal.
Activation des méninges
Jeu en cours de test
A – Bleu à bretelles
B – Refuse dans le désordre – Extirpais
C – Ville à OVNI
D – De François… ou Léon
E – Rendre hommage
F – Nettoient à fond
G – Elle s’occupe du boulot à l’internationale – Règle
H – Face à Hendaye – Echelle à Saumon
I – Il sent mauvais de la bouche
J – Bien intégré – Boisson d’hiver
K – Delon avec un don – Chevalier en jupons – Dans la pliure
L – Charnelle
1 – Chiffon de parterre
2 – Bufle nain d’asie – Pronom, article
3 – Langage informatique – De vraies porcheries
4 – Premier mot dans le nord
5 – Faisait sauter – Proposition de choix
6 – Fragments de métal – 55 à Rome – Délice lyonnais
7 – Poudre blanche – Tri mélangé
8 – Accompagne le punch – Greffe sur – Langue ancienne
9 – A triché avec César
Jeu en cours de test
Clavier : flèches pour se déplacer, 1 à 9 pour saisir, Suppr pour effacer, N pour basculer en mode notes. Votre progression est enregistrée automatiquement dans ce navigateur.
Un nouveau puzzle vous est présenté tous les lundi. Pour le conserver, vous pouvez enregistrez sa page dans les signets du navigateur.

Faites glisser une pièce du bac (tournée de 90°, 180° ou 270°) sur une case blanche du plateau ou sélectionnez-la puis cliquez sur l'endroit où la déplacer. Double-cliquez sur une pièce pour la tourner de 90°. Les pièces correctement placées sont entourées d'un bord vert.
A venir
Espace lecture
Ravage (1943) – René Barjavel
Et si le roman de science-fiction le plus troublant de cet été 2026 avait été publié… en 1943 ?
Avec Ravage, René Barjavel imagine l’effondrement soudain d’un monde entièrement dépendant de la technologie après une panne d’électricité mondiale.
La mégalopole s’arrête, puis se transforme en un brasier infernal ; les machines se taisent et les certitudes partent en fumée. Nous suivons François Deschamps, un jeune paysan perdu dans la ville, qui tente de survivre et de retourner à la terre alors que la civilisation moderne s’écroule. Ce qui rend Ravage particulièrement dérangeant aujourd’hui, c’est la façon dont ses images de feu et de chaos font écho à notre réalité actuelle : méga-feux de forêt, sécheresses, climat déréglé et le sentiment croissant que notre confort technologique ne nous protège plus vraiment. Relire Barjavel, ce n’est pas chercher une prophétie, mais faire face à une question troublante : que reste-t-il de nous quand les systèmes qui nous entourent cessent de fonctionner ? Court, percutant, parfois daté mais étonnamment visionnaire, Ravage est un classique à glisser dans votre pile de lecture pour réfléchir, entre deux alertes aux incendies, à ce que nous entendons réellement par « progrès ».
Barjavel imaginait déjà à l’époque ce que serait une tablette de lecture en 2050
La nuit cernait de tous côtés les dernières flammes de l’Ouest. François tira du dossier de son fauteuil le lecteur électrique et coiffa l’écouteur. La Compagnie Eurasiatique des Transports avait installé un de ces appareils sur chaque siège pour permettre aux voyageurs de lire la nuit sans déranger ceux de leurs voisins qui désiraient rester dans l’obscurité.
Une plaque extensible, que chacun pouvait agrandir ou rapetisser au format de son livre, s’appliquait sur la page et, dans l’écouteur, une voix lisait le texte imprimé. Cette voix, non seulement lisait Goethe, Dante, Mistral ou Céline dans le texte, avec l’accent d’origine, mais reprenait ensuite, si on le désirait, en haut de chaque page, pour en donner la traduction en n’importe quelle langue. Elle possédait un grand registre de tons, se faisait doctorale pour les ouvrages de philosophie, sèche pour les mathématiques, tendre pour les romans d’amour, grasse pour les recettes de cuisine. Elle lisait les récits de bataille d’une voix de colonel, et d’une voix de fée les contes pour enfants. Au dernier mot de la dernière ligne, elle faisait connaître par un « hum hum » discret qu’il était temps
de changer la plaque de page.
Cet appareil n’eût pas manqué de paraître miraculeux à un voyageur du XXe siècle égaré dans ce véhicule du XXIe. Le fonctionnement en était pourtant bien simple. La plaque, sensible à l’encre d’imprimerie, était branchée sur un minuscule poste émetteur de télévision installé dans le dossier de chaque fauteuil. Ce poste transmettait automatiquement l’image de la page au Central de Lecture de la Compagnie Eurasiatique des Transports, dans la banlieue de Vienne. Des cloisons insonores divisaient l’immeuble du Central en une dizaine de milliers de minuscules cabines. Dans ces dix mille cabines, devant dix mille écrans semblables, étaient enfermés dix mille lecteurs et lectrices de tous âges et de toutes nationalités.
Des standardistes polyglottes triaient les réceptions, les branchaient par
langues sur des sous-standards qui les distribuaient ensuite par genre littéraire. Il ne fallait guère plus de quelques secondes pour que l’image de la page arrivât au lecteur compétent, qui se mettait aussitôt à lire dans le ton dont il était spécialiste. Un tel larmoyait pendant huit heures sur des ouvrages sentimentaux. Telle autre souriait à longueur de journée dans sa solitude, pour lire avec grâce des conseils de beauté.
C’était, en somme, une parfaite mais banale installation de télélecture, comme il en existait environ une dizaine en Europe, à l’usage des vieillards dont la vue baissait, des aveugles, et des solitaires qui désiraient se donner à la fois la compagnie d’un livre ami et celle d’une voix humaine.
François Deschamps disposa la plaque sur son roman policier et tourna, sur l’écouteur, le minuscule bouton qui mettait l’appareil en marche. Une voix dramatique murmura à son oreille :
« Chapitre premier. – L’inspecteur Walter enfonça la porte d’un coup d’épaule et s’arrêta stupéfait : à un clou du plafond pendait, intact, le menton soulevé par la corde, le cadavre de M. Lecourtois qu’il avait découvert, la veille, décapité… »
Le jeune homme renonça à connaître l’explication de ce mystère. Il ôta
l’écouteur et s’endormit.
Le train entrait en gare de Lyon-Perrache.
Chanson d’automne – Paul Verlaine
Dans Chanson d’automne (1866), Verlaine écrit : « Les sanglots longs … Blessent mon cœur » Pourtant, une erreur tenace s’est installée : on entend et on cite souvent « bercent mon cœur ».
Cette coquille vient d’une lithographie de Cazals (fin XIXᵉ), puis d’une citation fautive d’Émile Faguet (1900). Elle se propage avec la mise en musique de Charles Trenet (1941), qui chante « bercent », et même certains enregistrements de Léo Ferré reprennent la variante.
Lors des messages codés de Radio Londres annonçant le Débarquement, la BBC diffuse le 5 juin 1944 : « Bercent mon cœur d’une langueur monotone », probablement sous l’influence de Trenet. Depuis, l’erreur s’ancre dans la mémoire du 6 juin.
Autre idée reçue : ces vers ne lancent pas un appel à toute la Résistance. Ils visent le seul réseau Ventriloquist, actif en Sologne, chargé de saboter les voies ferrées et les lignes téléphoniques. Le film Le Jour le plus long (1962) transforme ce signal sectoriel en symbole national, et la confusion perdure encore aujourd’hui.
Poèmes saturniens (1866) – Chansons d’automne – Paul Verlaine
Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.
Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure
Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte
Le temps d’une nouvelle
Le fantôme de l’opéra – Gaston Leroux
Dans les profondeurs de l’Opéra Garnier, un mystère rôde. On parle d’un esprit qui hante les coulisses, d’une voix angélique qui guide une jeune chanteuse, et d’un amour impossible né dans l’ombre des décors.
Gaston Leroux signe ici un roman à la lisière du policier et du fantastique, où chaque recoin du Palais Garnier semble receler un secret. Entre lustres qui vacillent, loges interdites et passions dévorantes, l’auteur tisse une atmosphère unique, à la fois romantique et inquiétante.
Cette œuvre, publiée en 1910, conserve tout son pouvoir de fascination. Elle plonge le lecteur dans un Paris de légende, où la musique devient à la fois refuge et piège, et où la beauté côtoie la monstruosité. Un classique à découvrir ou à redécouvrir.
1ère partie : ERIK- Chapitre I : Est-ce le fantôme ?
Ce soir-là, qui était celui où MM. Debienne et Poligny, les directeurs démissionnaires de l’Opéra, donnaient leur dernière soirée de gala, à l’occasion de leur départ, la loge de la Sorelli, un des premiers sujets de la danse, était subitement envahie par une demi-douzaine de ces demoiselles du corps de ballet qui remontaient de scène après avoir « dansé » Polyeucte. Elles s’y précipitèrent dans une grande confusion, les unes faisant entendre des rires excessifs et peu naturels, et les autres des cris de terreur.
La Sorelli, qui désirait être seule un instant pour « repasser » le compliment qu’elle devait prononcer tout à l’heure au foyer devant MM. Debienne et Poligny, avait vu avec méchante humeur toute cette foule étourdie se ruer derrière elle. Elle se retourna vers ses camarades et s’inquiéta d’un aussi tumultueux émoi. Ce fut la petite Jammes — le nez cher à Grévin, des yeux de myosotis, des joues de roses, une gorge de lis, — qui en donna la raison en trois mots, d’une voix tremblante qu’étouffait l’angoisse :
— C’est le fantôme !
Et elle ferma la porte à clef. La loge de la Sorelli était d’une élégance officielle et banale. Une psyché, un divan, une toilette et des armoires en formaient le mobilier nécessaire. Quelques gravures sur les murs, souvenirs de la mère, qui avait connu les beaux jours de l’ancien Opéra de la rue Le Peletier. Des portraits de Vestris, de Gardel, de Dupont, de Bigottini. Cette loge paraissait un palais aux gamines du corps de ballet, qui étaient logées dans des chambres communes, où elles passaient leur temps à chanter, à se disputer, à battre les coiffeurs et les habilleuses et à se payer des petits verres de cassis ou de bière ou même de rhum jusqu’au coup de cloche de l’avertisseur.
La Sorelli était très superstitieuse. En entendant la petite Jammes parler du fantôme, elle frissonna et dit :
« Petite bête ! »
Et comme elle était la première à croire aux fantômes en général et à celui de l’Opéra en particulier, elle voulut tout de suite être renseignée.
« Vous l’avez vu ? interrogea-t-elle.
— Comme je vous vois ! » répliqua en gémissant la petite Jammes, qui, ne tenant plus sur ses jambes, se laissa tomber sur une chaise.
Et aussitôt la petite Giry — des yeux pruneau, des cheveux d’encre, un teint de bistre, sa pauvre petite peau sur ses petits os, — ajouta :
« Si c’est lui, il est bien laid !
— Oh ! oui », fit le chœur des danseuses.
Et elles parlèrent toutes ensemble. Le fantôme leur était apparu sous les espèces d’un monsieur en habit noir qui s’était dressé tout à coup devant elles, dans le couloir, sans qu’on pût savoir d’où il venait. Son apparition avait été si subite qu’on eût pu croire qu’il sortait de la muraille.
« Bah ! fit l’une d’elles qui avait à peu près conservé son sang-froid, vous voyez le fantôme partout. »
Et c’est vrai que, depuis quelques mois, il n’était question à l’Opéra que de ce fantôme en habit noir qui se promenait comme une ombre du haut en bas du bâtiment, qui n’adressait la parole à personne, à qui personne n’osait parler et qui s’évanouissait, du reste, aussitôt qu’on l’avait vu, sans qu’on pût savoir par où ni comment. Il ne faisait pas de bruit en marchant, ainsi qu’il sied à un vrai fantôme. On avait commencé par en rire et par se moquer de ce revenant habillé comme un homme du monde ou comme un croque-mort, mais la légende du fantôme avait bientôt pris des proportions colossales dans le corps de ballet. Toutes prétendaient avoir rencontré plus ou moins cet être extra-naturel et avoir été victimes de ses maléfices. Et celles qui en riaient le plus fort n’étaient point les plus rassurées. Quand il ne se laissait point voir, il signalait sa présence ou son passage par des événements drolatiques ou funestes dont la superstition quasi générale le rendait responsable. Avait-on à déplorer un accident, une camarade avait-elle fait une niche à l’une de ces demoiselles du corps de ballet, une houppette à poudre de riz était-elle perdue ? Tout était de la faute du fantôme, du fantôme de l’Opéra !
Au fond, qui l’avait vu ? On peut rencontrer tant d’habits noirs à l’Opéra qui ne sont pas des fantômes. Mais celui-là avait une spécialité que n’ont point tous les habits noirs. Il habillait un squelette.
Du moins, ces demoiselles le disaient.
Et il avait, naturellement, une tête de mort.
Tout cela était-il sérieux ? La vérité est que l’imagination du squelette était née de la description qu’avait faite du fantôme, Joseph Buquet, chef machiniste, qui, lui, l’avait réellement vu. Il s’était heurté — on ne saurait dire « nez à nez », car le fantôme n’en avait pas, — avec le mystérieux personnage dans le petit escalier qui, près de la rampe, descend directement aux « dessous ». Il avait eu le temps de l’apercevoir une seconde — car le fantôme s’était enfui, — et avait conservé un souvenir ineffaçable de cette vision.
Et voici ce que Joseph Buquet a dit du fantôme à qui voulait l’entendre :
« Il est d’une prodigieuse maigreur et son habit noir flotte sur une charpente squelettique. Ses yeux sont si profonds qu’on ne distingue pas bien les prunelles immobiles. On ne voit, en somme, que deux grands trous noirs comme aux crânes des morts. Sa peau, qui est tendue sur l’ossature comme une peau de tambour, n’est point blanche, mais vilainement jaune ; son nez est si peu de chose qu’il est invisible de profil, et l’absence de ce nez est une chose horrible à voir. Trois ou quatre longues mèches brunes sur le front et derrière les oreilles font office de chevelure. »
En vain Joseph Buquet avait-il poursuivi cette étrange apparition. Elle avait disparu comme par magie et il n’avait pu retrouver sa trace.
Ce chef machiniste était un homme sérieux, rangé, d’une imagination lente, et il était sobre. Sa parole fut écoutée avec stupeur et intérêt, et aussitôt il se trouva des gens pour raconter qu’eux aussi avaient rencontré un habit noir avec une tête de mort.
Les personnes sensées qui eurent vent de cette histoire affirmèrent d’abord que Joseph Buquet avait été victime d’une plaisanterie d’un de ses subordonnés. Et puis, il se produisit coup sur coup des incidents si curieux et si inexplicables que les plus malins commencèrent à se tourmenter.
Un lieutenant de pompiers, c’est brave ! Ça ne craint rien, ça ne craint surtout pas le feu !
Eh bien, le lieutenant de pompiers en question[1], qui s’en était allé faire un tour de surveillance dans les dessous et qui s’était aventuré, paraît-il, un peu plus loin que de coutume, était soudain réapparu sur le plateau, pâle, effaré, tremblant, les yeux hors des orbites, et s’était quasi évanoui dans les bras de la noble mère de la petite Jammes. Et pourquoi ? Parce qu’il avait vu s’avancer vers lui, à hauteur de tête, mais sans corps, une tête de feu ! Et je le répète, un lieutenant de pompiers, ça ne craint pas le feu.
Ce lieutenant de pompiers s’appelait Papin.
Le corps de ballet fut consterné. D’abord cette tête de feu ne répondait nullement à la description qu’avait donnée du fantôme Joseph Buquet. On questionna bien le pompier, on interrogea à nouveau le chef machiniste, à la suite de quoi ces demoiselles furent persuadées que le fantôme avait plusieurs têtes dont il changeait comme il voulait. Naturellement, elles imaginèrent aussitôt qu’elles couraient les plus grands dangers. Du moment qu’un lieutenant de pompiers n’hésitait pas à s’évanouir, coryphées et rats pouvaient invoquer bien des excuses à la terreur qui les faisait se sauver de toutes leurs petites pattes quand elles passaient devant quelque trou obscur d’un corridor mal éclairé.
Si bien que, pour protéger dans la mesure du possible le monument voué à d’aussi horribles maléfices, la Sorelli elle-même, entourée de toutes les danseuses et suivie même de toute la marmaille des petites classes en maillot, avait, — au lendemain de l’histoire du lieutenant de pompiers, — sur la table qui se trouve dans le vestibule du concierge, du côté de la cour de l’administration, déposé un fer à cheval que quiconque pénétrant dans l’Opéra, à un autre titre que celui de spectateur, devait toucher avant de mettre le pied sur la première marche de l’escalier. Et cela sous peine de devenir la proie de la puissance occulte qui s’était emparée du bâtiment, des caves au grenier !
Ce fer à cheval, comme toute cette histoire, du reste, — hélas ! — je ne l’ai point inventé, et l’on peut encore aujourd’hui le voir sur la table du vestibule, devant la loge du concierge, quand on entre dans l’Opéra par la cour de l’administration.
Voilà qui donne assez rapidement un aperçu de l’état d’âme de ces demoiselles, le soir où nous pénétrons avec elles dans la loge de la Sorelli.
« C’est le fantôme ! » s’était donc écriée la petite Jammes.
Et l’inquiétude des danseuses n’avait fait que grandir. Maintenant, un angoissant silence régnait dans la loge. On n’entendait plus que le bruit des respirations haletantes. Enfin, Jammes s’étant jetée avec les marques d’un sincère effroi jusque dans le coin le plus reculé de la muraille, murmura ce seul mot :
« Écoutez ! »
Il semblait, en effet, à tout le monde qu’un frôlement se faisait entendre derrière la porte. Aucun bruit de pas. On eût dit d’une soie légère qui glissait sur le panneau. Puis, plus rien. La Sorelli tenta de se montrer moins pusillanime que ses compagnes. Elle s’avança vers la porte, et demanda d’une voix blanche :
« Qui est là ? »
Mais personne ne lui répondit.
Alors, sentant sur elle tous les yeux qui épiaient ses moindres gestes, elle se força à être brave et dit très fort :
« Il y a quelqu’un derrière la porte ?
— Oh ! oui ! Oui ! certainement, il y a quelqu’un derrière la porte ! répéta ce petit pruneau sec de Meg Giry, qui retint héroïquement la Sorelli par sa jupe de gaze… Surtout, n’ouvrez pas ! Mon Dieu, n’ouvrez pas ! »
Mais la Sorelli, armée d’un stylet qui ne la quittait jamais, osa tourner la clef dans la serrure, et ouvrir la porte, pendant que les danseuses reculaient jusque dans le cabinet de toilette et que Meg Giry soupirait :
« Maman ! maman ! »
La Sorelli regardait dans le couloir courageusement. Il était désert ; un papillon de feu, dans sa prison de verre, jetait une lueur rouge et louche au sein des ténèbres ambiantes, sans parvenir à les dissiper. Et la danseuse referma vivement la porte avec un gros soupir.
« Non, dit-elle, il n’y a personne !
— Et pourtant, nous l’avons bien vu ! affirma encore Jammes en reprenant à petits pas craintifs sa place auprès de la Sorelli. Il doit être quelque part, par là, à rôder. Moi, je ne retourne point m’habiller. Nous devrions descendre toutes au foyer, ensemble, tout de suite, pour le « compliment », et nous remonterions ensemble. »
Là-dessus, l’enfant toucha pieusement le petit doigt de corail qui était destiné à la conjurer du mauvais sort. Et la Sorelli dessina, à la dérobée, du bout de l’ongle rose de son pouce droit, une croix de Saint-André sur la bague en bois qui cerclait l’annulaire de sa main gauche.
« La Sorelli, a écrit un chroniqueur célèbre, est une danseuse grande, belle, au visage grave et voluptueux, à la taille aussi souple qu’une branche de saule ; on dit communément d’elle que c’est « une belle créature ». Ses cheveux blonds et purs comme l’or couronnent un front mat au-dessous duquel s’enchâssent deux yeux d’émeraude. Sa tête se balance mollement comme une aigrette sur un cou long, élégant et fier. Quand elle danse, elle a un certain mouvement de hanches indescriptible, qui donne à tout son corps un frissonnement d’ineffable langueur. Quand elle lève les bras et se penche pour commencer une pirouette, accusant ainsi tout le dessin du corsage, et que l’inclination du corps fait saillir la hanche de cette délicieuse femme, il paraît que c’est un tableau à se brûler la cervelle. »
En fait de cervelle, il paraît avéré qu’elle n’en eut guère. On ne le lui reprochait point.
Elle dit encore aux petites danseuses :
« Mes enfants, il faut vous « remettre » ! Le fantôme ? Personne ne l’a peut-être jamais vu !
— Si ! si ! Nous l’avons vu !… nous l’avons vu tout à l’heure ! reprirent les petites. Il avait la tête de mort et son habit, comme le soir où il est apparu à Joseph Buquet !
— Et Gabriel aussi l’a vu ! fit Jammes… pas plus tard qu’hier ! hier après-midi… en plein jour…
— Gabriel, le maître de chant ?
— Mais oui… Comment ! vous ne savez pas ça ?
— Et il avait son habit, en plein jour ?
— Qui ça, Gabriel ?
— Mais non ! Le fantôme !
— Bien sûr, qu’il avait son habit ! affirma Jammes. C’est Gabriel lui-même qui me l’a dit. C’est même à ça qu’il l’a reconnu. Et voici comment ça s’est passé. Gabriel se trouvait dans le bureau du régisseur. Tout à coup, la porte s’est ouverte. C’était le Persan qui entrait. Vous savez si le Persan a le « mauvais œil ».
— Oh ! oui ! répondirent en chœur les petites danseuses qui, aussitôt qu’elles eurent évoqué l’image du Persan, firent les cornes au Destin avec leur index et leur auriculaire allongés, cependant que le médium et l’annulaire étaient repliés sur la paume et retenus par le pouce.
— … Et si Gabriel est superstitieux ! continua Jammes, cependant qu’il est toujours poli et quand il voit le Persan, il se contente de mettre tranquillement sa main dans sa poche et de toucher ses clefs… Eh bien ! aussitôt que la porte s’est ouverte devant le Persan, Gabriel ne fit qu’un bond du fauteuil où il était assis jusqu’à la serrure de l’armoire, pour toucher du fer ! Dans ce mouvement, il déchira à un clou tout un pan de son paletot. En se pressant pour sortir, il alla donner du front contre une patère et se fit une bosse énorme ; puis, en reculant brusquement, il s’écorcha le bras au paravent, près du piano ; il voulut s’appuyer au piano, mais si malheureusement que le couvercle lui retomba sur les mains et lui écrasa les doigts ; il bondit comme un fou hors du bureau et enfin prit si mal son temps en descendant l’escalier qu’il dégringola sur les reins toutes les marches du premier étage. Je passais justement à ce moment-là avec maman. Nous nous sommes précipitées pour le relever. Il était tout meurtri et avait du sang plein la figure, que ça nous en faisait peur. Mais tout de suite il s’est mis à nous sourire et à s’écrier : « Merci, mon Dieu ! d’en être quitte pour si peu ! » Alors, nous l’avons interrogé et il nous a raconté toute sa peur. Elle lui était venue de ce qu’il avait aperçu, derrière le Persan, le fantôme ! le fantôme avec la tête de mort, comme l’a décrit Joseph Buquet. »
Un murmure effaré salua la fin de cette histoire au bout de laquelle Jammes arriva tout essoufflée, tant elle l’avait narrée vite, vite, comme si elle était poursuivie par le fantôme. Et puis, il y eut encore un silence qu’interrompit, à mi-voix, la petite Giry, pendant que, très émue, la Sorelli se polissait les ongles.
« Joseph Buquet ferait mieux de se taire, énonça le pruneau.
— Pourquoi donc qu’il se tairait ? lui demanda-t-on.
— C’est l’avis de m’man…, répliqua Meg, tout à fait à voix basse, cette fois-ci, et en regardant autour d’elle comme si elle avait peur d’être entendue d’autres oreilles que de celles qui se trouvaient là.
— Et pourquoi que c’est l’avis de ta mère ?
— Chut ! M’man dit que le fantôme n’aime pas qu’on l’ennuie !
— Et pourquoi qu’elle dit ça, ta mère ?
— Parce que… Parce que… rien… »
Cette réticence savante eut le don d’exaspérer la curiosité de ces demoiselles, qui se pressèrent autour de la petite Giry et la supplièrent de s’expliquer. Elles étaient là, coude à coude, penchées dans un même mouvement de prière et d’effroi. Elles se communiquaient leur peur, y prenant un plaisir aigu qui les glaçait.
« J’ai juré de ne rien dire ! » fit encore Meg, dans un souffle.
Mais elles ne lui laissèrent point de repos et elles promirent si bien le secret que Meg, qui brûlait du désir de raconter ce qu’elle savait, commença, les yeux fixés sur la porte :
« Voilà… c’est à cause de la loge…
— Quelle loge ?
— La loge du fantôme !
— Le fantôme a une loge ? »
À cette idée que le fantôme avait sa loge, les danseuses ne purent contenir la joie funeste de leur stupéfaction. Elles poussèrent de petits soupirs. Elles dirent :
« Oh ! mon Dieu ! raconte… raconte…
— Plus bas ! commanda Meg. C’est la première loge, numéro 5, vous savez bien, la première loge à côté de l’avant-scène de gauche.
— Pas possible !
— C’est comme je vous le dis… C’est m’man qui en est l’ouvreuse… Mais vous me jurez bien de ne rien raconter ?
— Mais oui, va !…
— Eh bien, c’est la loge du fantôme… Personne n’y est venu depuis plus d’un mois, excepté le fantôme, bien entendu, et on a donné l’ordre à l’administration de ne plus jamais la louer…
— Et c’est vrai que le fantôme y vient ?
— Mais oui…
— Il y vient donc quelqu’un ?
— Mais non !… Le fantôme y vient et il n’y a personne. »
Les petites danseuses se regardèrent. Si le fantôme venait dans la loge, on devait le voir, puisqu’il avait un habit noir et une tête de mort. C’est ce qu’elles firent comprendre à Meg, mais celle-ci leur répliqua :
« Justement ! On ne voit pas le fantôme ! Et il n’a ni habit ni tête !… Tout ce qu’on a raconté sur sa tête de mort et sur sa tête de feu, c’est des blagues ! Il n’a rien du tout… On l’entend seulement quand il est dans la loge. M’man ne l’a jamais vu, mais elle l’a entendu. M’man le sait bien, puisque c’est celle qui lui donne le programme ! »
La Sorelli crut devoir intervenir :
« Petite Giry, tu te moques de nous. »
Alors, la petite Giry se prit à pleurer.
« J’aurais mieux fait de me taire… si m’man savait jamais ça !… mais pour sûr que Joseph Buquet a tort de s’occuper de choses qui ne le regardent pas… ça lui portera malheur… m’man le disait encore hier soir… »
À ce moment, on entendit des pas puissants et pressés dans le couloir et une voix essoufflée qui criait :
« Cécile ! Cécile ! es-tu là ?
— C’est la voix de maman ! fit Jammes. Qu’y a-t-il ? »
Et elle ouvrit la porte. Une honorable dame, taillée comme un grenadier poméranien, s’engouffra dans la loge et se laissa tomber, en gémissant, dans un fauteuil. Ses yeux roulaient, affolés, éclairant lugubrement sa face de brique cuite.
« Quel malheur ! fit-elle !… Quel malheur !
— Quoi ? Quoi ?
— Joseph Buquet…
— Eh bien, Joseph Buquet…
— Joseph Buquet est mort ! »
La loge s’emplit d’exclamations, de protestations étonnées, de demandes d’explications effarées…
« Oui… on vient de le trouver pendu dans le troisième dessous !… Mais le plus terrible, continua, haletante, la pauvre honorable dame, le plus terrible est que les machinistes qui ont trouvé son corps, prétendent que l’on entendait autour du cadavre comme un bruit qui ressemblait au chant des morts !
— C’est le fantôme ! » laissa échapper, comme malgré elle, la petite Giry.
Mais elle se reprit immédiatement, ses poings à la bouche :
« Non !… non !… je n’ai rien dit !… je n’ai rien dit !… »
Autour d’elle, toutes ses compagnes, terrorisées, répétaient à voix basse :
« Pour sûr ! C’est le fantôme !… »
La Sorelli était pâle…
« Jamais je ne pourrai dire mon compliment », fit-elle.
La maman de Jammes donna son avis en vidant un petit verre de liqueur qui traînait sur une table : il devait y avoir du fantôme là-dessous…
La vérité est qu’on n’a jamais bien su comment était mort Joseph Buquet. L’enquête, sommaire, ne donna aucun résultat, en dehors du suicide naturel. Dans les Mémoires d’un Directeur, M. Moncharmin, qui était l’un des deux directeurs, succédant à MM. Debienne et Poligny, rapporte ainsi l’incident du pendu :
« Un fâcheux incident vint troubler la petite fête que MM. Debienne et Poligny se donnaient pour célébrer leur départ. J’étais dans le bureau de la direction quand je vis entrer tout à coup Mercier — l’administrateur. — Il était affolé en m’apprenant qu’on venait de découvrir, pendu dans le troisième dessous de la scène, entre une ferme et un décor du Roi de Lahore, le corps d’un machiniste. Je m’écriai : Allons le décrocher ! Le temps que je mis à dégringoler l’escalier et à descendre l’échelle du portant, le pendu n’avait déjà plus sa corde ! »
Voilà donc un événement que M. Moncharmin trouve naturel. Un homme est pendu au bout d’une corde, on va le décrocher, la corde a disparu. Oh ! M. Moncharmin a trouvé une explication bien simple. Écoutez-le : C’était l’heure de la danse, et coryphées et rats avaient bien vite pris leurs précautions contre le mauvais œil. Un point, c’est tout. Vous voyez d’ici le corps de ballet descendant l’échelle du portant et se partageant la corde de pendu en moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire. Ce n’est pas sérieux. Quand je songe, au contraire, à l’endroit exact où le corps a été retrouvé — dans le troisième dessous de la scène — j’imagine qu’il pouvait y avoir quelque part un intérêt à ce que cette corde disparût après qu’elle eut fait sa besogne et nous verrons plus tard si j’ai tort d’avoir cette imagination-là.
La sinistre nouvelle s’était vite répandue du haut en bas de l’Opéra, où Joseph Buquet était très aimé. Les loges se vidèrent, et les petites danseuses, groupées autour de la Sorelli comme des moutons peureux autour du pâtre, prirent le chemin du foyer, à travers les corridors et les escaliers mal éclairés, trottinant de toute la hâte de leurs petites pattes roses.
Un peu de ciel bleu
October 7
#fmspad
G is for ... les Gorges du Verdon en Provence
Bonne fête à tous les télescopes !
Cette bataille ainsi que l’échec du siège de Malte marquent un coup d'arrêt dans l’expansion de l’Empire ottoman.
fr.wikipedia.org/wiki/Bataill...
#CeJourLà
Les migrations et invasions barbares dans le première moitié du Ve siècle.
Source : Documentation photographique : L'Empire Romain (CNRS Éditions)
le-cartographe.net/publications...
Symbole national de l'Écosse depuis le XIIe siècle, elle fut choisie pour sa nature indomptable, sa pureté et sa force légendaire.Elle est presque toujours représentée enchainée et reliée à une couronnes force canalisée ,au service du royaume anglais >2
🔗 letempsduncafe.b1001d.fr
Image IA
😳 J'ai appliqué cette règle l'autre jour.
🤔 Et alors ?
😳 Je me suis fait jeter de la pharmacie !
Cet arbre surnommé le "Dragon Tree" se trouve aux États-Unis dans o’États-Unis de la Caroline du Nord dans la forêt nationale de Pisgah le long de la route panoramique Blue Ridge
He is often depicted with distinctive facial features, including a prominent nose and fangs.
#Maya #Archaeology