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Aujourd'hui c'est la Saint-Thermo, bonne fête à tous les échauffés

Les célébrations notables

Bonne fête aux Sylvie

Jour de la dinde le 15 brumaire

Journée mondiale de sensibilisation aux tsunamis
Journée mondiale de la langue romani

Les évènements notables

2017 - Publication des Paradise Papers

Le 5 novembre 2017, une vaste fuite de documents fiscaux révèle les stratégies d’optimisation financière de multinationales, célébrités, responsables politiques et institutions. Issue principalement du cabinet Appleby, l’enquête met en lumière l’usage de paradis fiscaux légaux mais controversés. Elle relance le débat sur la transparence, l’évasion fiscale et les inégalités, et pousse certains États à renforcer la régulation financière... lire l'article

2000 - Révélation d’une supercherie autour de faux artefacts préhistorique au Japon

Le 5 novembre 2000, la presse japonaise révèle que des « artefacts paléolithiques » découverts sur des sites fouillés par l'archéologue amateur Shinichi Fujimura étaient des faux, plantés par ses soins. Des photos le montrent en train d'enfouir des pierres taillées. Ce scandale, surnommé le « Peabird » ou l'affaire du Paléolithique japonais, ébranle la communauté archéologique et remet en cause des découvertes vieilles de dizaines d'années.

1943 - 1er bombardement du Vatican

Le 5 novembre 1943, durant la Seconde Guerre mondiale, le Vatican, officiellement neutre, est touché par une attaque aérienne nocturne. Les dégâts matériels sont limités, mais l’épisode suscite un choc diplomatique. L’origine exacte du bombardement reste débattue. Cet événement illustre la vulnérabilité du micro-État au cœur du conflit et les tensions politiques liées au rôle du Saint-Siège pendant la guerre.

1940 - Franklin D. Roosevelt est réélu Président des États-Unis, pour un 3ème mandat

Le 5 novembre 1940, en pleine crise internationale, Roosevelt brise la tradition limitant les présidents à deux mandats. Son programme du New Deal reste populaire. Alors que l’Europe est en guerre, sa réélection permet la poursuite de l’aide aux Alliés. Cet événement renforcera plus tard l’adoption du 22ᵉ amendement, limitant désormais les mandats présidentiels à deux... lire l'article

1605 - A Londres, la Conspiration des poudres est découverte et se solde par un échec

Le 5 novembre 1605, un groupe de catholiques anglais, dont Guy Fawkes, projette de faire exploser le Parlement pour assassiner le roi Jacques Ier et renverser le gouvernement protestant. Découverte in extremis, la tentative échoue. Ses auteurs sont arrêtés et exécutés. L’affaire devient une commémoration annuelle, la “Guy Fawkes Night”, et demeure un symbole culturel de rébellion et conspiration politique.

Les naissances et décès notables

1980 - Naissance de Ibrahim Maalouf, trompettiste libano-français
1979 - Naissance de Tarek Boudali, acteur français
1977 - Naissance de Cyril Lignac, cuisinier français
1948 - Naissance de Bernard-Henri Lévy, écrivain, philosophe, cinéaste français.

2014 - Décès de Manitas de Plata (Ricardo Baliardo), guitariste gitan
1983 - Décès de Jean-Marc Reiser, dessinateur humoristique et scénariste français
1977 - Décès de René Goscinny, scénariste de bande dessinée français, cocréateur des personnages Iznogoud et Astérix
1977 - Décès de Alekseï Stakhanov, mineur soviétique dont le nom fut largement exploité par la propagande stalinienne
1955 - Décès de Maurice Utrillo, peintre français


L’œuvre du jour

Daguerréotype d’une femme non identifiée (vers 1850)
Studio de photographie Southworth et Hawes
Musée du MET (Domaine public)


Savais-tu ?

Un coffret de jeu nucléaire pour enfant

Dans les années 1950, alors que l’Amérique vit au rythme de la fascination atomique, la société A. C. Gilbert commercialise un coffret pour enfants : le Laboratoire d’énergie atomique Gilbert U-238. Vendu entre 1950 et 1951, ce kit scientifique contient de véritables minerais d’uranium et des sources radioactives de faible activité.

Le coffret comprend quatre échantillons de minerais uranifères — autunite, torbernite, uraninite et carnotite — ainsi qu’un compteur Geiger, un électroscope, un spinthariscope et une chambre à brouillard. L’enfant mesure la radioactivité, observe les traces de particules et découvre les principes de la physique nucléaire. Il promet environ 150 expériences autour des sources de rayonnement alpha, bêta et gamma, ce qui en fait l’un des coffrets scientifiques les plus ambitieux jamais destinés à un jeune public.

Il est souvent présenté comme l’un des jouets les plus dangereux jamais commercialisés, notamment parce qu’il contient des matières radioactives. Les sources sont toutefois de faible activité et les échantillons scellés ; le risque dépend surtout d’une manipulation inappropriée, par exemple l’ouverture des fioles et l’inhalation de poussières.

Le prix atteint 49,50 dollars, une somme très élevée pour un jouet de l’époque. Ce coût, combiné à la complexité du produit, limite son succès : moins de 5 000 exemplaires sont vendus avant sa disparition du catalogue en 1951.

Le Vatican, un État minuscule mais bien réel

Avec ses quelque 0,44 km², la Cité du Vatican est le plus petit État souverain du monde. Enclavée au cœur de Rome, elle n’en possède pas moins les attributs d’un véritable pays.

Le Vatican dispose notamment de son propre code postal international : SCV-00120. Il possède également un service postal, émet ses propres timbres et frappe des pièces en euros à son effigie.

Autre particularité bien connue : la Garde suisse pontificale. Fondée en 1506, elle assure la protection du pape et la sécurité de certains bâtiments officiels. Malgré ses uniformes chamarrés, il ne s’agit donc pas d’un simple groupe de cérémonie, mais bien d’un corps chargé d’une mission militaire et de sécurité.

Le Vatican a aussi sa propre radio, Radio Vatican, qui diffuse les informations et les activités du Saint-Siège dans de nombreuses langues. Enfin, ses véhicules officiels portent des plaques d’immatriculation distinctes : le préfixe SCV, pour Status Civitatis Vaticanae. La plaque SCV 1 est réservée au véhicule du pape, tandis que les véhicules privés enregistrés dans l’État utilisent généralement le préfixe CV.

Ainsi, derrière ses dimensions réduites se cache un État doté d’une identité administrative, diplomatique et symbolique bien affirmée. Petit par la taille, le Vatican est loin de passer inaperçu.

Derniers articles


Un peu d’humour

QUOI ?

😀 Hey, salut Kévin,… 😳 dis, pourquoi tu as une banane dans l’oreille ?
😮 Quoi ?
😳 POURQUOI TU AS UNE BANANE DANS L’OREILLE ?
😮 Parle plus fort, j’ai une banane dans l’oreille !

Armstrong, dopé !?

🤨 Mais bien sûr qu’il était dopé Armstrong !
😲 Ah ça, je suis bien d’accord avec toi… le mec il gagne sept tours de France, marche sur la Lune et en prime joue de la trompette… faut pas déconner !

La mode des robes papier

La mode des vêtements en papier des années 1960 était une tendance éphémère et jetable, lancée comme opération publicitaire par des entreprises américaines de papier. Elle symbolisait l’esprit pop, expérimental et consumériste de l’époque, avec des pièces bon marché et souvent à usage unique.

En 1966, la Scott Paper Company, spécialiste du papier hygiénique et essuie-tout, distribue des robes en matériau non tissé imprimé de motifs psychédéliques ou bandanas, appelées « Paper Caper ». Ce coup marketing initial remporte un succès viral, avec des centaines de milliers d’unités vendues à 1,5 dollar pièce, suivi par des producteurs comme Mars of Asheville qui en fabriquent jusqu’à 80 000 par semaine.

Ces vêtements, souvent des robes trapèze courtes aux couleurs vives et motifs graphiques, étaient faits de cellulose renforcée de fibres synthétiques comme la rayonne ou le polyester pour plus de solidité. Jetables et personnalisables (parfois avec peintures à l’eau), ils incarnaient la mode pop et unisexe, portée par des stars comme Nico avec des designs d’Andy Warhol.

La fièvre dure de 1966 à 1968, boostée par des collaborations avec Oscar de la Renta ou Butterfinger pour des tenues publicitaires, avant de s’essouffler face aux problèmes d’inflammabilité et de durabilité. Elle préfigure la fast fashion et influence des expositions comme « Generation Paper » au MAD de New York.


Instant de vie

Quelques instants de vie à travers le temps.

Premier tableau

Une petite famille se promène à vélo lors d’un dimanche ensoleillé qui sent bon l’insouciance. Les parents, émus et fiers, observent leur premier enfant pédaler sans ses petites roues, conquérant du bitume, roi du square. Et soudain…

CHUTE DANS LE PELOTON FAMILIAL !!! OH LÀ LÀ, MON DIEU !

Le père freine dans un dérapage digne du Tour de France, saute de son vélo, accourt et soulève l’enfant avec délicatesse. La mère, déjà à genoux, sort une trousse de secours qui ferait pâlir une ambulance. Elle déballe tout immédiatement : désinfectant, compresses stériles, Mercurochrome, pansement, bande.

Verdict : écorchure de niveau 2. On sécurise le périmètre. On rassure. On souffle. On désinfecte. On panse. On câline.

Le père est prêt à appeler les urgences. Le SAMU n’est jamais très loin dans ces moments-là. Mais contre toute attente… l’enfant survit.

Rideau.

Quelques années plus tard.

Même décor. Même piste cyclable. Même parents. Mais un deuxième enfant est apparu dans le casting…

CHUTE À L’AVANT !

Le père s’approche, jette un œil rapide, analyse la situation.
Diagnostic : égratignure.
La mère intervient. Pas de trousse, pas de protocole.
Un simple bisou magique, homologué depuis des générations. « Voilà, c’est passé. »
L’enfant renifle, hésite… puis repart.

Fin de l’incident. Pas même de quoi interrompre la balade.

Encore quelques années passent.

Même lieu. Même parents. Et — on ne sait pas trop comment — un troisième enfant…

Chute.

Les parents en choeur : « AAAH MAIS C’EST PAS POSSIBLE ! TU PEUX PAS FAIRE ATTENTION !? »


A la maison et au jardin

Gelée de pissenlit

On cueille 300 à 400 fleurs de pissenlit dans un lieu non pollué, on enlève le vert et on garde les jaunes. On les lave, on les sèche, puis on les met dans une marmite avec 2 oranges bio et 2 citrons bio en morceaux, recouverts de 1,5 l d’eau. On laisse frémir 45 minutes, on filtre le jus en écrasant bien les fleurs et agrumes, on ajoute 1 kg de sucre gélifiant et on cuit encore 45 minutes jusqu’à ce que la gelée prenne. On verse dans des pots.

Un bougeoir original avec de vieux couverts

Donnez une seconde vie à de vieux couverts en fabriquant un bougeoir aussi simple qu’original.

Pour ce bricolage, il vous faut une petite pièce de bois d’environ 10 × 10 cm, une vieille cuillère à soupe, une fourchette en métal — de préférence provenant du même service — quelques vis, une pince et une bougie.

Commencez par poncer et, si vous le souhaitez, peindre ou teinter le support en bois. Courbez ensuite le manche de la cuillère afin de pouvoir le visser sur le support. Le cuilleron, placé au centre, doit rester horizontal : il servira de coupelle à la bougie.

Fixez la fourchette en face de la cuillère. Courbez son manche vers le centre, tournez le fourchon d’un quart de tour pour le placer à l’horizontale, puis recourbez ses dents en demi-cercle. Elles formeront un petit anneau destiné à maintenir la bougie bien droite.

Il ne reste plus qu’à installer la bougie dans le cuilleron et à vérifier que l’ensemble est stable. Vous obtenez ainsi un bougeoir décoratif, fabriqué avec des objets récupérés et quelques gestes simples.

N’oubliez pas : une bougie allumée ne doit jamais être laissée sans surveillance et doit rester éloignée de tout matériau inflammable.


Activation des méninges


Espace lecture

Le baiser du dragon – Ysabelle Lacamp

Le dormeur du Val – Arthur Rimbaud

Le temps d’une nouvelle

La main d’écorché – Guy de Maupassant

En février 1875, un jeune homme de 25 ans signe « Joseph Prunier » dans les pages d’un modeste almanach lorrain. Derrière ce pseudonyme se cache Guy de Maupassant, qui publie là sa toute première nouvelle : La Main d’écorché. Le texte paraît dans L’Almanach lorrain de Pont-à-Mousson, grâce à l’entremise d’un ami, Léon Fontaine, dont le cousin dirige la publication. Maupassant teste ainsi sa plume sans engager son nom, comme s’il voulait voir si ses mots tiennent debout hors de son cercle habituel.

L’histoire met en scène une main humaine desséchée, trophée macabre arraché à un criminel supplicié. L’objet, à la fois curiosité et malédiction, s’anime dans la nuit et laisse derrière lui terreur et folie. Sans dévoiler l’intrigue, on peut dire que Maupassant y installe déjà son univers : l’angoisse sourde, le détail qui trouble, et cette frontière fragile entre raison et surnaturel. Cette nouvelle reste un petit bijou d’efficacité : quelques pages, une atmosphère lourde, et une chute qui hante. Pour qui aime le fantastique du XIXᵉ siècle, voilà une porte d’entrée idéale vers l’univers d’un jeune écrivain futur maître de la nouvelle française.

La main d’écorché

Il y a huit mois environ, un de mes amis, Louis R., avait réuni, un soir, quelques camarades de collège ; nous buvions du punch et nous fumions en causant littérature, peinture, et en racontant, de temps à autre, quelques joyeusetés, ainsi que cela se pratique dans les réunions de jeunes gens. Tout à coup la porte s’ouvre toute grande et un de mes bons amis d’enfance entre comme un ouragan. « Devinez d’où je viens », s’écria-t-il aussitôt. — « Je parie pour Mabille », répond l’un, — « Non, tu es trop gai, tu viens d’emprunter de l’argent, d’enterrer ton oncle, ou de mettre ta montre chez ma tante », reprend un autre ; « Tu viens de te griser, riposte un troisième, et comme tu as senti le punch chez Louis, tu es monté pour recommencer. » — « Vous n’y êtes point, je viens de P… en Normandie, où j’ai été passer huit jours et d’où je rapporte un grand criminel de mes amis que je vous demande la permission de vous présenter. » À ces mots, il tira de sa poche une main d’écorché ; cette main était affreuse, noire, sèche, très longue et comme crispée, les muscles, d’une force extraordinaire, étaient retenus à l’intérieur et à l’extérieur par une lanière de peau parcheminée, les ongles jaunes, étroits, étaient restés au bout des doigts ; tout cela sentait le scélérat d’une lieue. « Figurez-vous, dit mon ami, qu’on vendait l’autre jour les défroques d’un vieux sorcier bien connu dans toute la contrée ; il allait au sabbat tous les samedis sur un manche à balai, pratiquait la magie blanche et noire, donnait aux vaches du lait bleu et leur faisait porter la queue comme celle du compagnon de saint Antoine. Toujours est-il que ce vieux gredin avait une grande affection pour cette main, qui, disait-il, était celle d’un célèbre criminel supplicié en 1736, pour avoir jeté, la tête la première, dans un puits sa femme légitime, en quoi faisant je trouve qu’il n’avait pas tort, puis pendu au clocher de l’église le curé qui l’avait marié. Après ce double exploit, il était allé courir le monde et dans sa carrière aussi courte que bien remplie, il avait détroussé douze voyageurs, enfumé une vingtaine de moines dans leur couvent et fait un sérail d’un monastère de religieuses. » — « Mais que vas-tu faire de cette horreur ? » nous écriâmes-nous. — « Eh parbleu, j’en ferai mon bouton de sonnette pour effrayer mes créanciers. » — « Mon ami, dit Henri Smith, un grand Anglais très flegmatique, je crois que cette main est tout simplement de la viande indienne conservée par un procédé nouveau, je te conseille d’en faire du bouillon. » — « Ne raillez pas, Messieurs, reprit avec le plus grand sang-froid un étudiant en médecine aux trois quarts gris, et toi, Pierre, si j’ai un conseil à te donner, fais enterrer chrétiennement ce débris humain, de crainte que son propriétaire ne vienne te le redemander ; et puis, elle a peut-être pris de mauvaises habitudes cette main, car tu sais le proverbe : « Qui a tué tuera. » — « Et qui a bu boira », reprit l’amphitryon ; là-dessus il versa à l’étudiant un grand verre de punch, l’autre l’avala d’un seul trait et tomba ivre-mort sous la table. Cette sortie fut accueillie par des rires formidables, et Pierre élevant son verre et saluant la main : « Je bois, dit-il, à la prochaine visite de ton maître », puis on parla d’autre chose et chacun rentra chez soi.

Le lendemain, comme je passais devant sa porte, j’entrai chez lui, il était environ deux heures, je le trouvai lisant et fumant. « Eh bien, comment vas-tu ? » lui dis-je. — « Très bien », me répondit-il. — « Et ta main ? » — « Ma main, tu as dû la voir à ma sonnette où je l’ai mise hier soir en rentrant, mais à ce propos figure-toi qu’un imbécile quelconque, sans doute pour me faire une mauvaise farce, est venu carillonner à ma porte vers minuit ; j’ai demandé qui était là, mais comme personne ne me répondait, je me suis recouché et rendormi. »

En ce moment, on sonna, c’était le propriétaire, personnage grossier et fort impertinent. Il entra sans saluer. « Monsieur, dit-il à mon ami, je vous prie d’enlever immédiatement la charogne que vous avez pendue à votre cordon de sonnette, sans quoi je me verrai forcé de vous donner congé. » — « Monsieur, reprit Pierre avec beaucoup de gravité, vous insultez une main qui ne le mérite pas, sachez qu’elle a appartenu à un homme fort bien élevé. » Le propriétaire tourna les talons et sortit comme il était entré. Pierre le suivit, décrocha sa main et l’attacha à la sonnette pendue dans son alcôve. — Cela vaut mieux, dit-il, cette main, comme le « Frère, il faut mourir » des Trappistes, me donnera des pensées sérieuses tous les soirs en m’endormant. Au bout d’une heure je le quittai et je rentrai à mon domicile.

Je dormis mal la nuit suivante, j’étais agité, nerveux ; plusieurs fois je me réveillai en sursaut, un moment même je me figurai qu’un homme s’était introduit chez moi et je me levai pour regarder dans mes armoires et sous mon lit ; enfin, vers 6 heures du matin, comme je commençais à m’assoupir, un coup violent frappé à ma porte, me fit sauter du lit ; c’était le domestique de mon ami, à peine vêtu, pâle et tremblant. « Ah monsieur ! s’écria-t-il en sanglotant, mon pauvre maître qu’on a assassiné. » Je m’habillai à la hâte et je courus chez Pierre. La maison était pleine de monde, on discutait, on s’agitait, c’était un mouvement incessant, chacun pérorait, racontait et commentait l’événement de toutes les façons. Je parvins à grand-peine jusqu’à la chambre, la porte était gardée, je me nommai, on me laissa entrer. Quatre agents de la police étaient debout au milieu, un carnet à la main, ils examinaient, se parlaient bas de temps en temps et écrivaient ; deux docteurs causaient près du lit sur lequel Pierre était étendu sans connaissance. Il n’était pas mort, mais il avait un aspect effrayant. Ses yeux démesurément ouverts, ses prunelles dilatées semblaient regarder fixement avec une indicible épouvante une chose horrible et inconnue, ses doigts étaient crispés, son corps, à partir du menton, était recouvert d’un drap que je soulevai. Il portait au cou les marques de cinq doigts qui s’étaient profondément enfoncés dans la chair, quelques gouttes de sang maculaient sa chemise. En ce moment une chose me frappa, je regardai par hasard la sonnette de son alcôve, la main d’écorché n’y était plus. Les médecins l’avaient sans doute enlevée pour ne point impressionner les personnes qui entreraient dans la chambre du blessé, car cette main était vraiment affreuse. Je ne m’informai point de ce qu’elle était devenue.

Je coupe maintenant, dans un journal du lendemain, le récit du crime avec tous les détails que la police a pu se procurer. Voici ce qu’on y lisait :

« Un attentat horrible a été commis hier sur la personne d’un jeune homme, M. Pierre B…, étudiant en droit, qui appartient à une des meilleures familles de Normandie. Ce jeune homme était rentré chez lui vers 10 heures du soir, il renvoya son domestique, le sieur Bouvin, en lui disant qu’il était fatigué et qu’il allait se mettre au lit. Vers minuit, cet homme fut réveillé tout à coup par la sonnette de son maître qu’on agitait avec fureur. Il eut peur, alluma une lumière et attendit ; la sonnette se tut environ une minute, puis reprit avec une telle force que le domestique, éperdu de terreur, se précipita hors de sa chambre et alla réveiller le concierge, ce dernier courut avertir la police et, au bout d’un quart d’heure environ, deux agents enfonçaient la porte.

« Un spectacle horrible s’offrit à leurs yeux, les meubles étaient renversés, tout indiquait qu’une lutte terrible avait eu lieu entre la victime et le malfaiteur. Au milieu de la chambre, sur le dos, les membres raides, la face livide et les yeux effroyablement dilatés, le jeune Pierre B… gisait sans mouvement ; il portait au cou les empreintes profondes de cinq doigts. Le rapport du docteur Bourdeau, appelé immédiatement, dit que l’agresseur devait être doué d’une force prodigieuse et avoir une main extraordinairement maigre et nerveuse, car les doigts qui ont laissé dans le cou comme cinq trous de balle s’étaient presque rejoints à travers les chairs. Rien ne peut faire soupçonner le mobile du crime, ni quel peut en être l’auteur. »

On lisait le lendemain dans le même journal :

« M. Pierre B…, la victime de l’effroyable attentat que nous racontions hier, a repris connaissance après deux heures de soins assidus donnés par M. le docteur Bourdeau. Sa vie n’est pas en danger, mais on craint fortement pour sa raison ; on n’a aucune trace du coupable. »

En effet, mon pauvre ami était fou ; pendant sept mois, j’allai le voir tous les jours à l’hospice, mais il ne recouvra pas une lueur de raison. Dans son délire, il lui échappait des paroles étranges et, comme tous les fous, il avait une idée fixe, et se croyait toujours poursuivi par un spectre. Un jour, on vint me chercher en toute hâte en me disant qu’il allait plus mal, je le trouvai à l’agonie. Pendant deux heures, il resta fort calme, puis tout à coup, se dressant sur son lit malgré nos efforts, il s’écria en agitant les bras et comme en proie à une épouvantable terreur : « Prends-la ! prends-la ! Il m’étrangle, au secours, au secours ! » Il fit deux fois le tour de la chambre en hurlant, puis il tomba mort, la face contre terre.

Comme il était orphelin, je fus chargé de conduire son corps au petit village de P… en Normandie, où ses parents étaient enterrés. C’est de ce même village qu’il venait, le soir où il nous avait trouvés buvant du punch chez Louis R. et où il nous avait présenté sa main d’écorché. Son corps fut enfermé dans un cercueil de plomb, et quatre jours après, je me promenais tristement avec le vieux curé qui lui avait donné ses premières leçons, dans le petit cimetière où l’on creusait sa tombe. Il faisait un temps magnifique, le ciel tout bleu ruisselait de lumière ; les oiseaux chantaient dans les ronces du talus, où, bien des fois, enfants tous deux, nous étions venus manger des mûres. Il me semblait encore le voir se faufiler le long de la haie et se glisser par le petit trou que je connaissais bien, là-bas, tout au bout du terrain où l’on enterre les pauvres, puis nous revenions à la maison, les joues et les lèvres noires de jus des fruits que nous avions mangés ; et je regardai les ronces, elles étaient couvertes de mûres, machinalement j’en pris une, et je la portai à ma bouche ; le curé avait ouvert son bréviaire et marmottait tout bas ses oremus, et j’entendais au bout de l’allée la bêche des fossoyeurs qui creusaient la tombe. Tout à coup, ils nous appelèrent, le curé ferma son livre et nous allâmes voir ce qu’ils nous voulaient. Ils avaient trouvé un cercueil. D’un coup de pioche, ils firent sauter le couvercle et nous aperçûmes un squelette démesurément long, couché sur le dos, qui de son œil creux semblait encore nous regarder et nous défier ; j’éprouvai un malaise, je ne sais pourquoi, j’eus presque peur. « Tiens ! s’écria un des hommes, regardez donc, le gredin a un poignet coupé, voilà sa main. » Et il ramassa à côté du corps une grande main desséchée qu’il nous présenta. « Dis donc, fit l’autre en riant, on dirait qu’il te regarde et qu’il va te sauter à la gorge pour que tu lui rendes sa main. » — « Allons mes amis, dit le curé, laissez les morts en paix et refermez ce cercueil, nous creuserons autre part la tombe de ce pauvre Monsieur Pierre. »

Le lendemain tout était fini et je reprenais la route de Paris après avoir laissé 50 francs au vieux curé pour dire des messes pour le repos de l’âme de celui dont nous avions ainsi troublé la sépulture.

Un peu de ciel bleu