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Aujourd'hui c'est la Sainte-Alexa, bonne fête à toutes les blondes décolorées

Les célébrations notables

Bonne fête aux Pélagie

Jour de la citrouille le 17 vendémiaire

Journée internationale des lesbiennes

Les évènements notables

2022 - Une explosion endommage le pont de Crimée

Le 8 octobre 2022, une explosion frappe le pont reliant la Russie à la péninsule de Crimée annexée en 2014. L’incident, attribué par Moscou à une attaque ukrainienne, endommage gravement une section routière et le trafic ferroviaire. L'événement a une forte portée symbolique et stratégique dans le contexte de la guerre en Ukraine.

1998 - Procédure d’impeachment contre le président des États-Unis Bill Clinton dans l'affaire Lewinski

Le 8 octobre 1998, la Chambre des représentants américaine ouvre officiellement une enquête en vue d’une mise en accusation de Bill Clinton. Il est soupçonné de parjure et d’entrave à la justice concernant sa relation avec Monica Lewinsky. Le Sénat l’acquittera en février 1999, lui permettant de finir son mandat.

1887 - Début du scandale des décorations entachant le président Jules Grévy

Le 8 octobre 1887 éclate l’affaire des décorations, révélant que le gendre du président français Jules Grévy, Daniel Wilson, monnayait des Légions d’honneur. Le scandale choque l’opinion et met en cause l'intégrité du pouvoir républicain. Grévy finira par démissionner quelques semaines plus tard pour apaiser la crise... lire l'article

1871 - Début du grand incendie de Chicago

Le 8 octobre 1871, un incendie se déclare dans une étable de Chicago et se propage rapidement à cause de la sécheresse et des constructions en bois. Le feu ravage une grande partie de la ville pendant près de trois jours, tuant environ 300 personnes et détruisant des milliers de bâtiments. La reconstruction sera massive.

1600 - La république de Saint-Marin adopte sa Constitution, la plus ancienne connue et encore en vigueur

Le 8 octobre 1600, Saint-Marin promulgue un ensemble de lois fondamentales établissant son organisation politique. Ce texte, inspiré du droit de l’époque, est considéré comme la constitution écrite toujours en usage la plus ancienne du monde. La petite république italienne revendique ainsi une longue tradition institutionnelle... lire l'article

1517 - François Ier signe l'acte de naissance de la ville du Havre

Le 8 octobre 1517, le roi de France François Ier fonde officiellement la ville du Havre par un édit ordonnant la création d’un port sur la Manche. L’objectif est de renforcer la marine française et le commerce maritime. La cité deviendra l’un des principaux ports du pays et un centre économique majeur... lire l'article

Les naissances et décès notables

1949 - Naissance de Sigourney Weaver, actrice américaine
1946 - Naissance de Jean-Jacques Beineix, réalisateur et scénariste français
1939 - Naissance de Paul Hogan, acteur américain
1920 - Naissance de Frank Herbert, écrivain américain

2016 - Décès de Pierre Tchernia, réalisateur, scénariste, journaliste, animateur télé français
2008 - Décès de Marcel Chevalier, dernier bourreau en France
1925 - Décès de Vincenzo Peruggia, peintre en bâtiment et vitrier italien connu pour avoir volé La Joconde


L’œuvre du jour


Savais-tu ?

Siméon le Stylite

Ce moine chrétien syrien du Vème siècle a choisit de vivre une existence d’ascète radical. Né vers 389 dans une famille modeste, il entre jeune au monastère de Téléda et adopte des pratiques de jeûne et de prière extrêmes qui attirent l’attention. Pour échapper à la foule de disciples et intensifier son retrait du monde, il s’installe au sommet d’une colonne (stylos, en grec) près d’Antioche (Qalaat Siman au nord-ouest d’Alep), dans ce qui est aujourd’hui le nord de la Syrie.

Sur sa colonne, initialement haute de quelques mètres puis surélevée à plus de 15 mètres, Siméon demeure immobile pendant près de 37 ans, exposé aux éléments. Il prie sans relâche, enseigne les pèlerins qui affluent de tout l’Empire byzantin et dispense conseils spirituels ou médiatise des conflits. Ses disciples l’entourent en bas, lui remontent de la nourriture minimale et entretiennent un complexe religieux autour de son pilier.

Siméon incarne le stylitisme, cette forme spectaculaire d’érémitisme chrétien qui inspire de nombreux imitateurs, tel Syméon le Jeune (521-596) ou au faîte d’un arbre (appelés dendrites du grec dendron signifiant « arbre »). Sa sainteté rayonne jusqu’à l’empereur, et sa mort en 459, debout en prière sur sa colonne, fait de lui une icône de l’ascèse orientale. L’Église le fête le 27 juillet. Son site attire encore les archéologues pour ses vestiges imposants.

Les feux zombies

Un feux zombie provient d’un incendie qui semble éteint en surface mais continue de brûler en sous-sol, parfois pendant des semaines, des mois, voire davantage. Le nom est imagé : comme un zombie, le feu paraît mort, puis il « revient » à la vie lorsque les conditions redeviennent favorables. Ce phénomène se développe surtout dans des sols riches en matière organique, comme la tourbe, les racines ou certaines couches de végétaux enfouis. La matière végétale accumulée, pauvre en eau et riche en carbone, peut alors se consumer lentement, presque sans flamme visible. Le danger vient de sa discrétion. En surface, tout peut sembler terminé, mais la chaleur reste prisonnière du sol et peut rallumer un foyer dès qu’un vent, une sécheresse ou une remontée de température intervient.

L’été 2022 en Gironde illustre bien la difficulté de lutter contre ces foyers persistants. Les grands incendies ravagent alors des milliers d’hectares dans le massif des Landes de Gascogne, notamment autour de La Teste-de-Buch et de Landiras. Après l’extinction apparente de certains secteurs, des reprises se font ici et là montrant ainsi qu’une partie du feu survit en profondeur. Les pompiers doivent intervenir au-delà de la lutte classique en surface – pendant près de trois mois -, en creusant profondément pour atteindre les zones encore chaudes et empêcher le feu de repartir. Ce phénomène longtemps associé aux régions boréales – notamment la Sibérie -, est désormais observé aussi dans des sols français très sensibles à la sécheresse. Il est à noter enfin, que ce feu, déclenché à la mi-2022, éteint officiellement début 2023, perdure tout de même en sous-sol jusqu’en mars 2025 alimenté par du lignite qui y est présent.


Un peu d’humour

Un indien heureux

Dans le désert du Névada, une touriste est tombée en panne d’essence. Pas une seule voiture en vue. Heureusement arrive un Indien à cheval qui s’arrête et lui dit :

– Montez derrière moi, je vais vous emmener à la prochaine station-service…

Et il repart avec elle au galop… Pendant tout le parcours, il crie : « Youpi ! Yahoo !» Il la dépose à la station et s’éloigne en lançant des « Youpi ! Yahoo !» à tout vent.

– Il avait l’air drôlement joyeux l’Indien ! dit le pompiste à la touriste. Qu’est-ce que vous lui avez fait ?

– Je ne sais pas ! Rien du tout ! J’étais derrière lui sur le cheval, les bras passés autour de sa taille, et je me tenais au pommeau de sa selle.

– Mais ma petite dame, vous ne savez pas que les Indiens montent toujours sans selle ?

La balance balancée

😠 J’ai mis la balance dans la penderie et elle y restera tant qu’elle ne se sera pas excusée !… va falloir qu’elle apprenne le respect.

L’homme paratonnerre

Roy Cleveland Sullivan détient le record mondial du plus grand nombre de foudroiements, avec sept cas documentés entre 1942 et 1977. Ce garde forestier américain de Virginie est reconnu par le Guinness World Records comme l’homme paratonnerre humain. Il survit à chaque incident malgré des blessures variées, sans victimes référencées autour de lui.

Les circonstances de ses foudroiements sont souvent liées à son travail ou à des activités quotidiennes. En 1942, il est touché dans une tour d’observation ; en 1969, dans sa camionnette ; en 1970, en jardinant ; en 1972, dans un poste de garde ; en 1973, en patrouille ; en 1976, sans détails précis ; et en 1977, en pêchant, où un ours intervient ensuite. Sa femme est foudroyée une fois seule, tandis que lui cette fois-ci en réchappe.

Roy est officiellement inscrit au Guinness Book, qui valide ce record unique. Les gens l’évitent par superstition, craignant un effet de ricochet, mais aucun cas de victimes simultanées avec des proches ou collègues n’est référencé.


Instant de vie

Quelques instants de vie à travers le temps.

Premier tableau

Une petite famille se promène à vélo lors d’un dimanche ensoleillé qui sent bon l’insouciance. Les parents, émus et fiers, observent leur premier enfant pédaler sans ses petites roues, conquérant du bitume, roi du square. Et soudain…

CHUTE DANS LE PELOTON FAMILIAL !!! OH LÀ LÀ, MON DIEU !

Le père freine dans un dérapage digne du Tour de France, saute de son vélo, accourt et soulève l’enfant avec délicatesse. La mère, déjà à genoux, sort une trousse de secours qui ferait pâlir une ambulance. Elle déballe tout immédiatement : désinfectant, compresses stériles, Mercurochrome, pansement, bande.

Verdict : écorchure de niveau 2. On sécurise le périmètre. On rassure. On souffle. On désinfecte. On panse. On câline.

Le père est prêt à appeler les urgences. Le SAMU n’est jamais très loin dans ces moments-là. Mais contre toute attente… l’enfant survit.

Rideau.

Quelques années plus tard.

Même décor. Même piste cyclable. Même parents. Mais un deuxième enfant est apparu dans le casting…

CHUTE À L’AVANT !

Le père s’approche, jette un œil rapide, analyse la situation.
Diagnostic : égratignure.
La mère intervient. Pas de trousse, pas de protocole.
Un simple bisou magique, homologué depuis des générations. « Voilà, c’est passé. »
L’enfant renifle, hésite… puis repart.

Fin de l’incident. Pas même de quoi interrompre la balade.

Encore quelques années passent.

Même lieu. Même parents. Et — on ne sait pas trop comment — un troisième enfant…

Chute.

Les parents en choeur : « AAAH MAIS C’EST PAS POSSIBLE ! TU PEUX PAS FAIRE ATTENTION !? »


A la maison et au jardin

Salade de pissenlit aux lardons

On coupe une gousse d’ail et un oignon, on les fait cuire avec 250 g de lardons fumés. On lave 3 poignées de feuilles de pissenlit et on les dispose dans des assiettes. On verse le mélange chaud de lardons, ail et oignon par-dessus, on ajoute 2 œufs durs émiettés, puis on arrose de vinaigrette. On accompagne d’une tranche de pain ancien pour un repas complet.

Un bougeoir original avec de vieux couverts

Donnez une seconde vie à de vieux couverts en fabriquant un bougeoir aussi simple qu’original.

Pour ce bricolage, il vous faut une petite pièce de bois d’environ 10 × 10 cm, une vieille cuillère à soupe, une fourchette en métal — de préférence provenant du même service — quelques vis, une pince et une bougie.

Commencez par poncer et, si vous le souhaitez, peindre ou teinter le support en bois. Courbez ensuite le manche de la cuillère afin de pouvoir le visser sur le support. Le cuilleron, placé au centre, doit rester horizontal : il servira de coupelle à la bougie.

Fixez la fourchette en face de la cuillère. Courbez son manche vers le centre, tournez le fourchon d’un quart de tour pour le placer à l’horizontale, puis recourbez ses dents en demi-cercle. Elles formeront un petit anneau destiné à maintenir la bougie bien droite.

Il ne reste plus qu’à installer la bougie dans le cuilleron et à vérifier que l’ensemble est stable. Vous obtenez ainsi un bougeoir décoratif, fabriqué avec des objets récupérés et quelques gestes simples.

N’oubliez pas : une bougie allumée ne doit jamais être laissée sans surveillance et doit rester éloignée de tout matériau inflammable.


Activation des méninges


Espace lecture

L’almanach des gourmands

À Paris, au début du XIXème siècle, on ne se contente plus de bien manger : on en parle, on juge, on compare. C’est dans cet esprit que paraît L’Almanach des gourmands, publié chaque année de 1803 à 1812 sous la houlette de Grimod de La Reynière, fin gourmet à la plume aussi aiguisée que son palais.

L’ouvrage ressemble à un guide avant l’heure. On y découvre les meilleures tables, les pâtissiers à la mode, les épiceries dignes d’intérêt… mais aussi quelques piques bien senties. Car Grimod et ses complices ne ménagent pas toujours les établissements qu’ils jugent : ici, un service négligé ; là, une sauce décevante. Le ton est libre, parfois malicieux, toujours savoureux.

Pensé pour les Parisiens eux-mêmes, L’Almanach s’adresse à ceux qui aiment manger avec discernement. Il accompagne l’essor des restaurants, encore récents, et attise une joyeuse rivalité entre eux. Chacun veut plaire, séduire, être remarqué — et surtout, éviter les foudres du critique.

Les ouvrages dans Gallica

Pour approfondir le sujet :
The world’s first influencers were French and they emerged after the Revolution – theconversation.com

Chanson d’automne – Paul Verlaine

Dans Chanson d’automne (1866), Verlaine écrit : « Les sanglots longs … Blessent mon cœur » Pourtant, une erreur tenace s’est installée : on entend et on cite souvent « bercent mon cœur ».

Cette coquille vient d’une lithographie de Cazals (fin XIXᵉ), puis d’une citation fautive d’Émile Faguet (1900). Elle se propage avec la mise en musique de Charles Trenet (1941), qui chante « bercent », et même certains enregistrements de Léo Ferré reprennent la variante.

Lors des messages codés de Radio Londres annonçant le Débarquement, la BBC diffuse le 5 juin 1944 : « Bercent mon cœur d’une langueur monotone », probablement sous l’influence de Trenet. Depuis, l’erreur s’ancre dans la mémoire du 6 juin.

Autre idée reçue : ces vers ne lancent pas un appel à toute la Résistance. Ils visent le seul réseau Ventriloquist, actif en Sologne, chargé de saboter les voies ferrées et les lignes téléphoniques. Le film Le Jour le plus long (1962) transforme ce signal sectoriel en symbole national, et la confusion perdure encore aujourd’hui.

Poèmes saturniens (1866) – Chansons d’automne – Paul Verlaine

Les sanglots longs
Des violons
De l’automne
Blessent mon cœur
D’une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l’heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m’en vais
Au vent mauvais
Qui m’emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte

Le temps d’une nouvelle

La main d’écorché – Guy de Maupassant

En février 1875, un jeune homme de 25 ans signe « Joseph Prunier » dans les pages d’un modeste almanach lorrain. Derrière ce pseudonyme se cache Guy de Maupassant, qui publie là sa toute première nouvelle : La Main d’écorché. Le texte paraît dans L’Almanach lorrain de Pont-à-Mousson, grâce à l’entremise d’un ami, Léon Fontaine, dont le cousin dirige la publication. Maupassant teste ainsi sa plume sans engager son nom, comme s’il voulait voir si ses mots tiennent debout hors de son cercle habituel.

L’histoire met en scène une main humaine desséchée, trophée macabre arraché à un criminel supplicié. L’objet, à la fois curiosité et malédiction, s’anime dans la nuit et laisse derrière lui terreur et folie. Sans dévoiler l’intrigue, on peut dire que Maupassant y installe déjà son univers : l’angoisse sourde, le détail qui trouble, et cette frontière fragile entre raison et surnaturel. Cette nouvelle reste un petit bijou d’efficacité : quelques pages, une atmosphère lourde, et une chute qui hante. Pour qui aime le fantastique du XIXᵉ siècle, voilà une porte d’entrée idéale vers l’univers d’un jeune écrivain futur maître de la nouvelle française.

La main d’écorché

Il y a huit mois environ, un de mes amis, Louis R., avait réuni, un soir, quelques camarades de collège ; nous buvions du punch et nous fumions en causant littérature, peinture, et en racontant, de temps à autre, quelques joyeusetés, ainsi que cela se pratique dans les réunions de jeunes gens. Tout à coup la porte s’ouvre toute grande et un de mes bons amis d’enfance entre comme un ouragan. « Devinez d’où je viens », s’écria-t-il aussitôt. — « Je parie pour Mabille », répond l’un, — « Non, tu es trop gai, tu viens d’emprunter de l’argent, d’enterrer ton oncle, ou de mettre ta montre chez ma tante », reprend un autre ; « Tu viens de te griser, riposte un troisième, et comme tu as senti le punch chez Louis, tu es monté pour recommencer. » — « Vous n’y êtes point, je viens de P… en Normandie, où j’ai été passer huit jours et d’où je rapporte un grand criminel de mes amis que je vous demande la permission de vous présenter. » À ces mots, il tira de sa poche une main d’écorché ; cette main était affreuse, noire, sèche, très longue et comme crispée, les muscles, d’une force extraordinaire, étaient retenus à l’intérieur et à l’extérieur par une lanière de peau parcheminée, les ongles jaunes, étroits, étaient restés au bout des doigts ; tout cela sentait le scélérat d’une lieue. « Figurez-vous, dit mon ami, qu’on vendait l’autre jour les défroques d’un vieux sorcier bien connu dans toute la contrée ; il allait au sabbat tous les samedis sur un manche à balai, pratiquait la magie blanche et noire, donnait aux vaches du lait bleu et leur faisait porter la queue comme celle du compagnon de saint Antoine. Toujours est-il que ce vieux gredin avait une grande affection pour cette main, qui, disait-il, était celle d’un célèbre criminel supplicié en 1736, pour avoir jeté, la tête la première, dans un puits sa femme légitime, en quoi faisant je trouve qu’il n’avait pas tort, puis pendu au clocher de l’église le curé qui l’avait marié. Après ce double exploit, il était allé courir le monde et dans sa carrière aussi courte que bien remplie, il avait détroussé douze voyageurs, enfumé une vingtaine de moines dans leur couvent et fait un sérail d’un monastère de religieuses. » — « Mais que vas-tu faire de cette horreur ? » nous écriâmes-nous. — « Eh parbleu, j’en ferai mon bouton de sonnette pour effrayer mes créanciers. » — « Mon ami, dit Henri Smith, un grand Anglais très flegmatique, je crois que cette main est tout simplement de la viande indienne conservée par un procédé nouveau, je te conseille d’en faire du bouillon. » — « Ne raillez pas, Messieurs, reprit avec le plus grand sang-froid un étudiant en médecine aux trois quarts gris, et toi, Pierre, si j’ai un conseil à te donner, fais enterrer chrétiennement ce débris humain, de crainte que son propriétaire ne vienne te le redemander ; et puis, elle a peut-être pris de mauvaises habitudes cette main, car tu sais le proverbe : « Qui a tué tuera. » — « Et qui a bu boira », reprit l’amphitryon ; là-dessus il versa à l’étudiant un grand verre de punch, l’autre l’avala d’un seul trait et tomba ivre-mort sous la table. Cette sortie fut accueillie par des rires formidables, et Pierre élevant son verre et saluant la main : « Je bois, dit-il, à la prochaine visite de ton maître », puis on parla d’autre chose et chacun rentra chez soi.

Le lendemain, comme je passais devant sa porte, j’entrai chez lui, il était environ deux heures, je le trouvai lisant et fumant. « Eh bien, comment vas-tu ? » lui dis-je. — « Très bien », me répondit-il. — « Et ta main ? » — « Ma main, tu as dû la voir à ma sonnette où je l’ai mise hier soir en rentrant, mais à ce propos figure-toi qu’un imbécile quelconque, sans doute pour me faire une mauvaise farce, est venu carillonner à ma porte vers minuit ; j’ai demandé qui était là, mais comme personne ne me répondait, je me suis recouché et rendormi. »

En ce moment, on sonna, c’était le propriétaire, personnage grossier et fort impertinent. Il entra sans saluer. « Monsieur, dit-il à mon ami, je vous prie d’enlever immédiatement la charogne que vous avez pendue à votre cordon de sonnette, sans quoi je me verrai forcé de vous donner congé. » — « Monsieur, reprit Pierre avec beaucoup de gravité, vous insultez une main qui ne le mérite pas, sachez qu’elle a appartenu à un homme fort bien élevé. » Le propriétaire tourna les talons et sortit comme il était entré. Pierre le suivit, décrocha sa main et l’attacha à la sonnette pendue dans son alcôve. — Cela vaut mieux, dit-il, cette main, comme le « Frère, il faut mourir » des Trappistes, me donnera des pensées sérieuses tous les soirs en m’endormant. Au bout d’une heure je le quittai et je rentrai à mon domicile.

Je dormis mal la nuit suivante, j’étais agité, nerveux ; plusieurs fois je me réveillai en sursaut, un moment même je me figurai qu’un homme s’était introduit chez moi et je me levai pour regarder dans mes armoires et sous mon lit ; enfin, vers 6 heures du matin, comme je commençais à m’assoupir, un coup violent frappé à ma porte, me fit sauter du lit ; c’était le domestique de mon ami, à peine vêtu, pâle et tremblant. « Ah monsieur ! s’écria-t-il en sanglotant, mon pauvre maître qu’on a assassiné. » Je m’habillai à la hâte et je courus chez Pierre. La maison était pleine de monde, on discutait, on s’agitait, c’était un mouvement incessant, chacun pérorait, racontait et commentait l’événement de toutes les façons. Je parvins à grand-peine jusqu’à la chambre, la porte était gardée, je me nommai, on me laissa entrer. Quatre agents de la police étaient debout au milieu, un carnet à la main, ils examinaient, se parlaient bas de temps en temps et écrivaient ; deux docteurs causaient près du lit sur lequel Pierre était étendu sans connaissance. Il n’était pas mort, mais il avait un aspect effrayant. Ses yeux démesurément ouverts, ses prunelles dilatées semblaient regarder fixement avec une indicible épouvante une chose horrible et inconnue, ses doigts étaient crispés, son corps, à partir du menton, était recouvert d’un drap que je soulevai. Il portait au cou les marques de cinq doigts qui s’étaient profondément enfoncés dans la chair, quelques gouttes de sang maculaient sa chemise. En ce moment une chose me frappa, je regardai par hasard la sonnette de son alcôve, la main d’écorché n’y était plus. Les médecins l’avaient sans doute enlevée pour ne point impressionner les personnes qui entreraient dans la chambre du blessé, car cette main était vraiment affreuse. Je ne m’informai point de ce qu’elle était devenue.

Je coupe maintenant, dans un journal du lendemain, le récit du crime avec tous les détails que la police a pu se procurer. Voici ce qu’on y lisait :

« Un attentat horrible a été commis hier sur la personne d’un jeune homme, M. Pierre B…, étudiant en droit, qui appartient à une des meilleures familles de Normandie. Ce jeune homme était rentré chez lui vers 10 heures du soir, il renvoya son domestique, le sieur Bouvin, en lui disant qu’il était fatigué et qu’il allait se mettre au lit. Vers minuit, cet homme fut réveillé tout à coup par la sonnette de son maître qu’on agitait avec fureur. Il eut peur, alluma une lumière et attendit ; la sonnette se tut environ une minute, puis reprit avec une telle force que le domestique, éperdu de terreur, se précipita hors de sa chambre et alla réveiller le concierge, ce dernier courut avertir la police et, au bout d’un quart d’heure environ, deux agents enfonçaient la porte.

« Un spectacle horrible s’offrit à leurs yeux, les meubles étaient renversés, tout indiquait qu’une lutte terrible avait eu lieu entre la victime et le malfaiteur. Au milieu de la chambre, sur le dos, les membres raides, la face livide et les yeux effroyablement dilatés, le jeune Pierre B… gisait sans mouvement ; il portait au cou les empreintes profondes de cinq doigts. Le rapport du docteur Bourdeau, appelé immédiatement, dit que l’agresseur devait être doué d’une force prodigieuse et avoir une main extraordinairement maigre et nerveuse, car les doigts qui ont laissé dans le cou comme cinq trous de balle s’étaient presque rejoints à travers les chairs. Rien ne peut faire soupçonner le mobile du crime, ni quel peut en être l’auteur. »

On lisait le lendemain dans le même journal :

« M. Pierre B…, la victime de l’effroyable attentat que nous racontions hier, a repris connaissance après deux heures de soins assidus donnés par M. le docteur Bourdeau. Sa vie n’est pas en danger, mais on craint fortement pour sa raison ; on n’a aucune trace du coupable. »

En effet, mon pauvre ami était fou ; pendant sept mois, j’allai le voir tous les jours à l’hospice, mais il ne recouvra pas une lueur de raison. Dans son délire, il lui échappait des paroles étranges et, comme tous les fous, il avait une idée fixe, et se croyait toujours poursuivi par un spectre. Un jour, on vint me chercher en toute hâte en me disant qu’il allait plus mal, je le trouvai à l’agonie. Pendant deux heures, il resta fort calme, puis tout à coup, se dressant sur son lit malgré nos efforts, il s’écria en agitant les bras et comme en proie à une épouvantable terreur : « Prends-la ! prends-la ! Il m’étrangle, au secours, au secours ! » Il fit deux fois le tour de la chambre en hurlant, puis il tomba mort, la face contre terre.

Comme il était orphelin, je fus chargé de conduire son corps au petit village de P… en Normandie, où ses parents étaient enterrés. C’est de ce même village qu’il venait, le soir où il nous avait trouvés buvant du punch chez Louis R. et où il nous avait présenté sa main d’écorché. Son corps fut enfermé dans un cercueil de plomb, et quatre jours après, je me promenais tristement avec le vieux curé qui lui avait donné ses premières leçons, dans le petit cimetière où l’on creusait sa tombe. Il faisait un temps magnifique, le ciel tout bleu ruisselait de lumière ; les oiseaux chantaient dans les ronces du talus, où, bien des fois, enfants tous deux, nous étions venus manger des mûres. Il me semblait encore le voir se faufiler le long de la haie et se glisser par le petit trou que je connaissais bien, là-bas, tout au bout du terrain où l’on enterre les pauvres, puis nous revenions à la maison, les joues et les lèvres noires de jus des fruits que nous avions mangés ; et je regardai les ronces, elles étaient couvertes de mûres, machinalement j’en pris une, et je la portai à ma bouche ; le curé avait ouvert son bréviaire et marmottait tout bas ses oremus, et j’entendais au bout de l’allée la bêche des fossoyeurs qui creusaient la tombe. Tout à coup, ils nous appelèrent, le curé ferma son livre et nous allâmes voir ce qu’ils nous voulaient. Ils avaient trouvé un cercueil. D’un coup de pioche, ils firent sauter le couvercle et nous aperçûmes un squelette démesurément long, couché sur le dos, qui de son œil creux semblait encore nous regarder et nous défier ; j’éprouvai un malaise, je ne sais pourquoi, j’eus presque peur. « Tiens ! s’écria un des hommes, regardez donc, le gredin a un poignet coupé, voilà sa main. » Et il ramassa à côté du corps une grande main desséchée qu’il nous présenta. « Dis donc, fit l’autre en riant, on dirait qu’il te regarde et qu’il va te sauter à la gorge pour que tu lui rendes sa main. » — « Allons mes amis, dit le curé, laissez les morts en paix et refermez ce cercueil, nous creuserons autre part la tombe de ce pauvre Monsieur Pierre. »

Le lendemain tout était fini et je reprenais la route de Paris après avoir laissé 50 francs au vieux curé pour dire des messes pour le repos de l’âme de celui dont nous avions ainsi troublé la sépulture.

Un peu de ciel bleu