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Aujourd'hui c'est la Sainte-Quikafaiça, bonne fête à toutes les dames pipi

A la une,

LE GLANAGE D’HIER À AUJOURD’HUI 📆 2 novembre 1554

DÉBUT DE LA GRANDE GUERRE DES ÉMEUS 📆 2 novembre 1932

Aujourd’hui, l’éphéméride

Toutes les heures, l’oeuvre du jour, quelques connaissances, un peu d’humour, un instant de vie, à la maison et au jardin, un peu de lecture

Au fil de la journée, un peu de ciel bleu

Sans oublier d’activer vos méninges

Les célébrations notables

Bonne fête aux Marcien

Jour de la mâcre le 12 brumaire

Journée mondiale pour le droit de mourir dans la dignité
Journée mondiale pour la protection des journalistes

Les évènements notables

1994 - Inondations suite à un impact de la foudre à Dronka en Egypte

Le 2 novembre 1994 à Dronka, la foudre frappe des dépôts de carburant près d’Assiout, provoquant de gigantesques incendies. Les réservoirs explosent et déversent du fuel enflammé dans les rues, aggravé par de fortes pluies. Les flammes et inondations entraînent des centaines de morts et de blessés, détruisant habitations et infrastructures. Cet événement marque l’une des pires catastrophes technologiques du pays.

1932 - Sortie du film Fanny de Marcel Pagnol en France

Le 2 novembre 1932, adapté de sa propre pièce, Fanny poursuit la trilogie marseillaise de Pagnol. Le film met en scène l’amour contrarié entre Fanny et Marius, ancré dans la vie populaire du Vieux-Port. Succès critique et public, il contribue à la renommée de Pagnol au cinéma parlant. L’œuvre influence durablement l’identité culturelle marseillaise et la représentation du Midi dans le cinéma français... lire l'article

1917 - 1er engagement du corps expéditionnaire américain sur le front français

Le 2 novembre 1917, les troupes américaines participent à leur premier combat à Bathelémont-lès-Bauzemont, confirmant l’entrée active des États-Unis dans la Première Guerre mondiale. Leur présence redonne espoir aux Alliés épuisés. Ce premier engagement symbolique annonce une participation massive qui pèsera dans le rapport de force, entraînant progressivement le basculement du conflit en faveur de l’Entente.

1917 - Par la déclaration Balfour, le Royaume-Uni se déclare en faveur d'« un foyer national pour le peuple juif » en Palestine

Le 2 novembre 1917, dans une lettre adressée à Lord Rothschild, le gouvernement britannique soutient l’établissement d’un foyer national juif en Palestine. Ce texte devient un élément fondateur du sionisme politique. Ambigu quant aux droits des populations locales arabes, il provoquera de fortes tensions. Ses conséquences pèseront durablement sur le Proche-Orient, nourrissant le conflit israélo-palestinien.

1789 - Les biens de l’église catholique sont mis à disposition de la nation avec le décret du 2 nov. 1789

Le 2 novembre 1789, face à la crise financière, l’Assemblée nationale décide de nationaliser les biens ecclésiastiques. Ces propriétés serviront à garantir les assignats, nouvelle monnaie d’État. La mesure modifie profondément l’organisation religieuse et économique du royaume. Elle annonce la Constitution civile du clergé et fragilise les relations entre l’Église et la Révolution, alimentant résistances et divisions.

1721 - Pierre Ier le Grand prend le titre d'« Empereur de toutes les Russies »

Le 2 novembre 1721, ayant modernisé l’État et vaincu la Suède lors de la Grande Guerre du Nord, Pierre Ier adopte officiellement le titre d’empereur. Ce changement marque la naissance de l’Empire russe. Il renforce l’autorité autocratique, centralise les institutions et ouvre davantage le pays à l’Europe. Cette transformation durable influencera la politique et l’identité russe pendant des siècles.

1554 - Un édit royal autorise le glanage

Le 2 novembre 1554, un édit royal confirme un droit coutumier : après la récolte, les pauvres peuvent recueillir sur les champs les épis restés au sol. Ce geste de solidarité limite les tensions sociales dans les campagnes. Il participe à la subsistance des plus démunis. Le glanage sera représenté dans l’art et la littérature comme symbole de modestie rurale, survivant comme tradition dans plusieurs régions... lire l'article

1439 - Charles VII instaure la paiement de "la taille"

Le 2 novembre 1439, pour financer une armée permanente après la guerre de Cent Ans, Charles VII rend la taille perpétuelle. Cet impôt direct pèse principalement sur les roturiers, renforçant la capacité militaire du royaume. La réforme marque un tournant dans la construction de l’État moderne en France. Malgré son impopularité, la taille demeurera l’un des piliers fiscaux de la monarchie.

Les naissances et décès notables

1966 - Naissance de David Schwimmer, acteur américain notamment dans Friends
1965 - Naissance de Samuel Le Bihan, acteur français
1960 - Naissance de Jean-Luc Reichmann, animateur français de télévision
1944 - Naissance de Patrice Chéreau, metteur en scène et réalisateur français
1932 - Naissance de Michel Oliver, cuisinier français, animateur d'émissions télé de cuisine, auteur de livres de cuisine
1913 - Naissance de Burt Lancaster, acteur et producteur américain
1906 - Naissance de Luchino Visconti, cinéaste italien

2019 - Décès de Marie Laforêt (Maïtena Douménach), chanteuse et actrice française
1979 - Décès de Jacques Mesrine, gangster français
1950 - Décès de George Bernard Shaw, écrivain irlandais (prix Nobel de littérature en 1925)

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L’œuvre du jour


Savais-tu ?

Pègre et mafia

La pègre désigne l’ensemble des milieux criminels informels – autrement dit, les voyous et truands du « Milieu » – sans hiérarchie rigide ni code formel, axés sur des délits opportunistes tels que vols et escroqueries. La mafia, quant à elle, représente une organisation criminelle structurée – originaire de Sicile – avec une hiérarchie claire, l’omertà comme loi d’honneur et une infiltration profonde des institutions via racket, drogue et corruption. Cette distinction oppose le chaos de la pègre à la mafia territoriale et institutionnalisée, bien que les frontières s’estompent dans le crime globalisé.

Les mafias italiennes les plus célèbres incluent la Cosa Nostra sicilienne, qui suit une commission de clans et domine le racket malgré ses revers judiciaires ; la Camorra napolitaine, réseau violent et décentralisé maître du trafic de drogue et des déchets toxiques ; la ‘Ndrangheta calabraise, la plus puissante aujourd’hui grâce à ses familles sanguines et son contrôle mondial de la cocaïne ; enfin, la Sacra Corona Unita des Pouilles et la Mafia de Foggia, plus récentes et brutales dans l’extorsion et les trafics locaux. Chacune marque son territoire par une violence spécifique et une emprise économique persistante.

Pègre et mafia

La pègre désigne l’ensemble des milieux criminels informels – autrement dit, les voyous et truands du « Milieu » – sans hiérarchie rigide ni code formel, axés sur des délits opportunistes tels que vols et escroqueries. La mafia, quant à elle, représente une organisation criminelle structurée – originaire de Sicile – avec une hiérarchie claire, l’omertà comme loi d’honneur et une infiltration profonde des institutions via racket, drogue et corruption. Cette distinction oppose le chaos de la pègre à la mafia territoriale et institutionnalisée, bien que les frontières s’estompent dans le crime globalisé.

Les mafias italiennes les plus célèbres incluent la Cosa Nostra sicilienne, qui suit une commission de clans et domine le racket malgré ses revers judiciaires ; la Camorra napolitaine, réseau violent et décentralisé maître du trafic de drogue et des déchets toxiques ; la ‘Ndrangheta calabraise, la plus puissante aujourd’hui grâce à ses familles sanguines et son contrôle mondial de la cocaïne ; enfin, la Sacra Corona Unita des Pouilles et la Mafia de Foggia, plus récentes et brutales dans l’extorsion et les trafics locaux. Chacune marque son territoire par une violence spécifique et une emprise économique persistante.

Derniers articles


Un peu d’humour

Campagne marketing Air France

Dans le cadre de sa nouvelle politique de marketing, Air France, pour remercier de leur fidélité les hommes d’affaires qui fréquentent régulièrement ses lignes, décide de leur offrir un billet gratuit pour leur femme afin qu’elle puisse les accompagner sur la destination de leur choix.

Trois mois plus tard, la compagnie écrit aux épouses pour leur demander si elles ont été satisfaites du vol.

La plupart répondent alors : « Quel vol ? »

Acheter du sel de l’Himalaya

😳 Je voulais acheter un sachet de sel de l’Himalaya. Le vendeur m’a confirmé que ce sel s’est formé il y a 250 millions d’années. Mais finalement je ne l’ai pas pris… 🤨 faut pas déconner, il expire en 2028 !

L’homme paratonnerre

Roy Cleveland Sullivan détient le record mondial du plus grand nombre de foudroiements, avec sept cas documentés entre 1942 et 1977. Ce garde forestier américain de Virginie est reconnu par le Guinness World Records comme l’homme paratonnerre humain. Il survit à chaque incident malgré des blessures variées, sans victimes référencées autour de lui.

Les circonstances de ses foudroiements sont souvent liées à son travail ou à des activités quotidiennes. En 1942, il est touché dans une tour d’observation ; en 1969, dans sa camionnette ; en 1970, en jardinant ; en 1972, dans un poste de garde ; en 1973, en patrouille ; en 1976, sans détails précis ; et en 1977, en pêchant, où un ours intervient ensuite. Sa femme est foudroyée une fois seule, tandis que lui cette fois-ci en réchappe.

Roy est officiellement inscrit au Guinness Book, qui valide ce record unique. Les gens l’évitent par superstition, craignant un effet de ricochet, mais aucun cas de victimes simultanées avec des proches ou collègues n’est référencé.


Instant de vie

Le smartphone fait click – un son minuscule, presque ridicule – et voilà que l’instant, encore anodin, se trouve expédié on ne sait trop où, dans quelque nuage invisible où s’entassent déjà des milliards de souvenirs pixelisés.

Autour, les amis suspendent leur souffle : certains par tendresse, d’autres par lassitude, tous vaguement conscients qu’ils viennent d’être aspirés dans une composition dont ils ne maîtrisent ni le cadre ni la destination. les inconnus, eux, s’en emparent sans vergogne : ils likent, ils commentent, ils interprètent – souvent à côté, parfois avec aplomb.

Pendant ce temps, dans les coulisses, les algorithmes s’éveillent comme une nuée d’insectes zélés : ils classent, ils trient, ils propulsent, décidant en une fraction de seconde si cette photo mérite l’oubli discret ou la célébrité tapageuse.

Et la toile s’agite, bruisse, s’emballe ; le moindre sourire devient sujet d’analyse, le moindre détail, matière à débat. bientôt, le landerneau numérique s’échauffe : on disserte, on juge, on s’indigne – ou pire, on applaudit.

Tout ça pour quoi ? Pour un simple click. une image capturée à la volée, devenue vacarme collectif. preuve, s’il en fallait, qu’à l’ère moderne, il ne faut parfois presque rien pour faire beaucoup de bruit.

Déjà, une autre main se lève, un autre téléphone se braque, prêt à recommencer – comme si le silence numérique lui-même était devenu suspect…


A la maison et au jardin

Bouchées concombre, saumon fumé et fromage frais

Serrure à l’huile d’olive

Une petite goutte d’huile d’olive peut parfois aider à dégripper une serrure : déposez délicatement une toute petite goutte sur la clé (évitez d’en mettre directement dans le cylindre), insérez-la puis effectuez des rotations lentes et des mouvements d’entrée-sortie pour répartir l’huile; répétez si nécessaire et essuyez l’excédent pour éviter l’encrassement. Gardez tout de même cette astuce pour un dépannage ponctuel et préférez ensuite un lubrifiant spécifique pour serrure pour un entretien durable.


Activation des méninges


Espace lecture

Druss la Légende : le cœur battant du cycle de Drenaï

Si vous aimez l’heroic fantasy où les héros ont des muscles, des cicatrices et une âme, le cycle de Drenaï de David Gemmell est fait pour vous. Et au centre de ce monde, il y a un nom qui résonne comme un coup de hache : Druss.

Le cycle de Drenaï, c’est avant tout une saga en 11 romans, construite autour d’un même royaume imaginaire, le Drenaï, et de ses peuples en guerre. On y trouve des batailles épiques, des quêtes désespérées, des mercenaires, des démons et, surtout, des héros qui portent leurs valeurs à bout de bras : courage, loyauté, sacrifice. Chaque livre peut se lire indépendamment, mais tous tissent peu à peu la légende d’un monde où l’histoire se forge dans le sang et l’honneur .

Druss est la figure la plus emblématique de ce cycle. Guerrier à la hache, surnommé « la Légende », il est à la fois craint et respecté dans tout le monde drenaï. Dans le roman Druss la Légende, Gemmell revient aux sources du personnage. On y découvre un jeune homme ordinaire, bûcheron hargneux mais mari tendre, vivant paisiblement avec son épouse bien-aimée, Rowena. Lorsque des mercenaires envahissent son village, massacrent les siens et enlèvent Rowena, Druss bascule. Armé de Snaga, la hache de son grand-père, il se lance dans une quête de vengeance qui le mènera aux confins du monde connu. De lutteur à mercenaire, de tueur à sauveur, il deviendra peu à peu cette figure mythique qui, plus tard, défendra des places fortes comme Skeln Pass et Dros Delnoch.

Ce qui fait la force de Druss, c’est qu’il n’est pas un demi-dieu : c’est un homme, violent et rustre, mais épris de justice, marqué par la perte et la rage.
Dans un genre où les héros sont parfois trop parfaits, Gemmell offre un personnage brut, imparfait, mais profondément humain — ce qui rend sa « légende » d’autant plus crédible et attachante.

Poèmes saturniens – Croquis parisien – Paul Verlaine

La lune plaquait ses teintes de zinc
Par angles obtus.
Des bouts de fumée en forme de cinq

Sortaient drus et noirs des hauts toits pointus.
Le ciel était gris. La bise pleurait
Ainsi qu’un basson.

Au loin, un matou frileux et discret
Miaulait d’étrange et grêle façon.
Moi, j’allais, rêvant du divin Platon

Et de Phidias,
Et de Salamine et de Marathon,
Sous l’œil clignotant des bleus becs de gaz.

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Le temps d’une nouvelle

La main d’écorché – Guy de Maupassant

En février 1875, un jeune homme de 25 ans signe « Joseph Prunier » dans les pages d’un modeste almanach lorrain. Derrière ce pseudonyme se cache Guy de Maupassant, qui publie là sa toute première nouvelle : La Main d’écorché. Le texte paraît dans L’Almanach lorrain de Pont-à-Mousson, grâce à l’entremise d’un ami, Léon Fontaine, dont le cousin dirige la publication. Maupassant teste ainsi sa plume sans engager son nom, comme s’il voulait voir si ses mots tiennent debout hors de son cercle habituel.

L’histoire met en scène une main humaine desséchée, trophée macabre arraché à un criminel supplicié. L’objet, à la fois curiosité et malédiction, s’anime dans la nuit et laisse derrière lui terreur et folie. Sans dévoiler l’intrigue, on peut dire que Maupassant y installe déjà son univers : l’angoisse sourde, le détail qui trouble, et cette frontière fragile entre raison et surnaturel. Cette nouvelle reste un petit bijou d’efficacité : quelques pages, une atmosphère lourde, et une chute qui hante. Pour qui aime le fantastique du XIXᵉ siècle, voilà une porte d’entrée idéale vers l’univers d’un jeune écrivain futur maître de la nouvelle française.

La main d’écorché

Il y a huit mois environ, un de mes amis, Louis R., avait réuni, un soir, quelques camarades de collège ; nous buvions du punch et nous fumions en causant littérature, peinture, et en racontant, de temps à autre, quelques joyeusetés, ainsi que cela se pratique dans les réunions de jeunes gens. Tout à coup la porte s’ouvre toute grande et un de mes bons amis d’enfance entre comme un ouragan. « Devinez d’où je viens », s’écria-t-il aussitôt. — « Je parie pour Mabille », répond l’un, — « Non, tu es trop gai, tu viens d’emprunter de l’argent, d’enterrer ton oncle, ou de mettre ta montre chez ma tante », reprend un autre ; « Tu viens de te griser, riposte un troisième, et comme tu as senti le punch chez Louis, tu es monté pour recommencer. » — « Vous n’y êtes point, je viens de P… en Normandie, où j’ai été passer huit jours et d’où je rapporte un grand criminel de mes amis que je vous demande la permission de vous présenter. » À ces mots, il tira de sa poche une main d’écorché ; cette main était affreuse, noire, sèche, très longue et comme crispée, les muscles, d’une force extraordinaire, étaient retenus à l’intérieur et à l’extérieur par une lanière de peau parcheminée, les ongles jaunes, étroits, étaient restés au bout des doigts ; tout cela sentait le scélérat d’une lieue. « Figurez-vous, dit mon ami, qu’on vendait l’autre jour les défroques d’un vieux sorcier bien connu dans toute la contrée ; il allait au sabbat tous les samedis sur un manche à balai, pratiquait la magie blanche et noire, donnait aux vaches du lait bleu et leur faisait porter la queue comme celle du compagnon de saint Antoine. Toujours est-il que ce vieux gredin avait une grande affection pour cette main, qui, disait-il, était celle d’un célèbre criminel supplicié en 1736, pour avoir jeté, la tête la première, dans un puits sa femme légitime, en quoi faisant je trouve qu’il n’avait pas tort, puis pendu au clocher de l’église le curé qui l’avait marié. Après ce double exploit, il était allé courir le monde et dans sa carrière aussi courte que bien remplie, il avait détroussé douze voyageurs, enfumé une vingtaine de moines dans leur couvent et fait un sérail d’un monastère de religieuses. » — « Mais que vas-tu faire de cette horreur ? » nous écriâmes-nous. — « Eh parbleu, j’en ferai mon bouton de sonnette pour effrayer mes créanciers. » — « Mon ami, dit Henri Smith, un grand Anglais très flegmatique, je crois que cette main est tout simplement de la viande indienne conservée par un procédé nouveau, je te conseille d’en faire du bouillon. » — « Ne raillez pas, Messieurs, reprit avec le plus grand sang-froid un étudiant en médecine aux trois quarts gris, et toi, Pierre, si j’ai un conseil à te donner, fais enterrer chrétiennement ce débris humain, de crainte que son propriétaire ne vienne te le redemander ; et puis, elle a peut-être pris de mauvaises habitudes cette main, car tu sais le proverbe : « Qui a tué tuera. » — « Et qui a bu boira », reprit l’amphitryon ; là-dessus il versa à l’étudiant un grand verre de punch, l’autre l’avala d’un seul trait et tomba ivre-mort sous la table. Cette sortie fut accueillie par des rires formidables, et Pierre élevant son verre et saluant la main : « Je bois, dit-il, à la prochaine visite de ton maître », puis on parla d’autre chose et chacun rentra chez soi.

Le lendemain, comme je passais devant sa porte, j’entrai chez lui, il était environ deux heures, je le trouvai lisant et fumant. « Eh bien, comment vas-tu ? » lui dis-je. — « Très bien », me répondit-il. — « Et ta main ? » — « Ma main, tu as dû la voir à ma sonnette où je l’ai mise hier soir en rentrant, mais à ce propos figure-toi qu’un imbécile quelconque, sans doute pour me faire une mauvaise farce, est venu carillonner à ma porte vers minuit ; j’ai demandé qui était là, mais comme personne ne me répondait, je me suis recouché et rendormi. »

En ce moment, on sonna, c’était le propriétaire, personnage grossier et fort impertinent. Il entra sans saluer. « Monsieur, dit-il à mon ami, je vous prie d’enlever immédiatement la charogne que vous avez pendue à votre cordon de sonnette, sans quoi je me verrai forcé de vous donner congé. » — « Monsieur, reprit Pierre avec beaucoup de gravité, vous insultez une main qui ne le mérite pas, sachez qu’elle a appartenu à un homme fort bien élevé. » Le propriétaire tourna les talons et sortit comme il était entré. Pierre le suivit, décrocha sa main et l’attacha à la sonnette pendue dans son alcôve. — Cela vaut mieux, dit-il, cette main, comme le « Frère, il faut mourir » des Trappistes, me donnera des pensées sérieuses tous les soirs en m’endormant. Au bout d’une heure je le quittai et je rentrai à mon domicile.

Je dormis mal la nuit suivante, j’étais agité, nerveux ; plusieurs fois je me réveillai en sursaut, un moment même je me figurai qu’un homme s’était introduit chez moi et je me levai pour regarder dans mes armoires et sous mon lit ; enfin, vers 6 heures du matin, comme je commençais à m’assoupir, un coup violent frappé à ma porte, me fit sauter du lit ; c’était le domestique de mon ami, à peine vêtu, pâle et tremblant. « Ah monsieur ! s’écria-t-il en sanglotant, mon pauvre maître qu’on a assassiné. » Je m’habillai à la hâte et je courus chez Pierre. La maison était pleine de monde, on discutait, on s’agitait, c’était un mouvement incessant, chacun pérorait, racontait et commentait l’événement de toutes les façons. Je parvins à grand-peine jusqu’à la chambre, la porte était gardée, je me nommai, on me laissa entrer. Quatre agents de la police étaient debout au milieu, un carnet à la main, ils examinaient, se parlaient bas de temps en temps et écrivaient ; deux docteurs causaient près du lit sur lequel Pierre était étendu sans connaissance. Il n’était pas mort, mais il avait un aspect effrayant. Ses yeux démesurément ouverts, ses prunelles dilatées semblaient regarder fixement avec une indicible épouvante une chose horrible et inconnue, ses doigts étaient crispés, son corps, à partir du menton, était recouvert d’un drap que je soulevai. Il portait au cou les marques de cinq doigts qui s’étaient profondément enfoncés dans la chair, quelques gouttes de sang maculaient sa chemise. En ce moment une chose me frappa, je regardai par hasard la sonnette de son alcôve, la main d’écorché n’y était plus. Les médecins l’avaient sans doute enlevée pour ne point impressionner les personnes qui entreraient dans la chambre du blessé, car cette main était vraiment affreuse. Je ne m’informai point de ce qu’elle était devenue.

Je coupe maintenant, dans un journal du lendemain, le récit du crime avec tous les détails que la police a pu se procurer. Voici ce qu’on y lisait :

« Un attentat horrible a été commis hier sur la personne d’un jeune homme, M. Pierre B…, étudiant en droit, qui appartient à une des meilleures familles de Normandie. Ce jeune homme était rentré chez lui vers 10 heures du soir, il renvoya son domestique, le sieur Bouvin, en lui disant qu’il était fatigué et qu’il allait se mettre au lit. Vers minuit, cet homme fut réveillé tout à coup par la sonnette de son maître qu’on agitait avec fureur. Il eut peur, alluma une lumière et attendit ; la sonnette se tut environ une minute, puis reprit avec une telle force que le domestique, éperdu de terreur, se précipita hors de sa chambre et alla réveiller le concierge, ce dernier courut avertir la police et, au bout d’un quart d’heure environ, deux agents enfonçaient la porte.

« Un spectacle horrible s’offrit à leurs yeux, les meubles étaient renversés, tout indiquait qu’une lutte terrible avait eu lieu entre la victime et le malfaiteur. Au milieu de la chambre, sur le dos, les membres raides, la face livide et les yeux effroyablement dilatés, le jeune Pierre B… gisait sans mouvement ; il portait au cou les empreintes profondes de cinq doigts. Le rapport du docteur Bourdeau, appelé immédiatement, dit que l’agresseur devait être doué d’une force prodigieuse et avoir une main extraordinairement maigre et nerveuse, car les doigts qui ont laissé dans le cou comme cinq trous de balle s’étaient presque rejoints à travers les chairs. Rien ne peut faire soupçonner le mobile du crime, ni quel peut en être l’auteur. »

On lisait le lendemain dans le même journal :

« M. Pierre B…, la victime de l’effroyable attentat que nous racontions hier, a repris connaissance après deux heures de soins assidus donnés par M. le docteur Bourdeau. Sa vie n’est pas en danger, mais on craint fortement pour sa raison ; on n’a aucune trace du coupable. »

En effet, mon pauvre ami était fou ; pendant sept mois, j’allai le voir tous les jours à l’hospice, mais il ne recouvra pas une lueur de raison. Dans son délire, il lui échappait des paroles étranges et, comme tous les fous, il avait une idée fixe, et se croyait toujours poursuivi par un spectre. Un jour, on vint me chercher en toute hâte en me disant qu’il allait plus mal, je le trouvai à l’agonie. Pendant deux heures, il resta fort calme, puis tout à coup, se dressant sur son lit malgré nos efforts, il s’écria en agitant les bras et comme en proie à une épouvantable terreur : « Prends-la ! prends-la ! Il m’étrangle, au secours, au secours ! » Il fit deux fois le tour de la chambre en hurlant, puis il tomba mort, la face contre terre.

Comme il était orphelin, je fus chargé de conduire son corps au petit village de P… en Normandie, où ses parents étaient enterrés. C’est de ce même village qu’il venait, le soir où il nous avait trouvés buvant du punch chez Louis R. et où il nous avait présenté sa main d’écorché. Son corps fut enfermé dans un cercueil de plomb, et quatre jours après, je me promenais tristement avec le vieux curé qui lui avait donné ses premières leçons, dans le petit cimetière où l’on creusait sa tombe. Il faisait un temps magnifique, le ciel tout bleu ruisselait de lumière ; les oiseaux chantaient dans les ronces du talus, où, bien des fois, enfants tous deux, nous étions venus manger des mûres. Il me semblait encore le voir se faufiler le long de la haie et se glisser par le petit trou que je connaissais bien, là-bas, tout au bout du terrain où l’on enterre les pauvres, puis nous revenions à la maison, les joues et les lèvres noires de jus des fruits que nous avions mangés ; et je regardai les ronces, elles étaient couvertes de mûres, machinalement j’en pris une, et je la portai à ma bouche ; le curé avait ouvert son bréviaire et marmottait tout bas ses oremus, et j’entendais au bout de l’allée la bêche des fossoyeurs qui creusaient la tombe. Tout à coup, ils nous appelèrent, le curé ferma son livre et nous allâmes voir ce qu’ils nous voulaient. Ils avaient trouvé un cercueil. D’un coup de pioche, ils firent sauter le couvercle et nous aperçûmes un squelette démesurément long, couché sur le dos, qui de son œil creux semblait encore nous regarder et nous défier ; j’éprouvai un malaise, je ne sais pourquoi, j’eus presque peur. « Tiens ! s’écria un des hommes, regardez donc, le gredin a un poignet coupé, voilà sa main. » Et il ramassa à côté du corps une grande main desséchée qu’il nous présenta. « Dis donc, fit l’autre en riant, on dirait qu’il te regarde et qu’il va te sauter à la gorge pour que tu lui rendes sa main. » — « Allons mes amis, dit le curé, laissez les morts en paix et refermez ce cercueil, nous creuserons autre part la tombe de ce pauvre Monsieur Pierre. »

Le lendemain tout était fini et je reprenais la route de Paris après avoir laissé 50 francs au vieux curé pour dire des messes pour le repos de l’âme de celui dont nous avions ainsi troublé la sépulture.

Un peu de ciel bleu