« Tchin-tchin » ?
L'expression « tchin-tchin » que l'on lance joyeusement en trinquant vient tout droit de Chine, où des soldats français l'entendent au début du XXe siècle, vers 1900, lors de la campagne de Canton. C'est une déformation amusante de « qing qing » ou « tsing tsing », une formule polie en pidgin cantonais qui signifie « je vous en prie, buvez ». De retour au pays, ces gaillards la popularisent dans les cafés et les dîners, transformant ce clin d'œil exotique en rituel convivial français, bien loin de l'idée romantique du bruit des verres qui s'entrechoquent – une explication plus tardive et fantaisiste.
Quant à l'habitude de trinquer avant de boire, elle plongerait ses racines au Moyen Âge en France, époque où les banquets regorgent de poisons et de trahisons. Les convives cognent vigoureusement leurs gobelets de métal pour verser un peu de leur boisson dans celui du voisin, partageant ainsi tout risque d'empoisonnement, tout en se fixant dans les yeux pour guetter la moindre lueur malveillante. Cette pratique antique, héritée des Grecs et Romains qui versaient des libations aux dieux, évolue en geste de confiance et de santé partagée, perdant peu à peu sa dimension défensive pour devenir le toast chaleureux que l'on connaît aujourd'hui.
Le Vatican, un État minuscule mais bien réel
Avec ses quelque 0,44 km², la Cité du Vatican est le plus petit État souverain du monde. Enclavée au cœur de Rome, elle n’en possède pas moins les attributs d’un véritable pays.
Le Vatican dispose notamment de son propre code postal international : SCV-00120. Il possède également un service postal, émet ses propres timbres et frappe des pièces en euros à son effigie.
Autre particularité bien connue : la Garde suisse pontificale. Fondée en 1506, elle assure la protection du pape et la sécurité de certains bâtiments officiels. Malgré ses uniformes chamarrés, il ne s’agit donc pas d’un simple groupe de cérémonie, mais bien d’un corps chargé d’une mission militaire et de sécurité.
Le Vatican a aussi sa propre radio, Radio Vatican, qui diffuse les informations et les activités du Saint-Siège dans de nombreuses langues. Enfin, ses véhicules officiels portent des plaques d’immatriculation distinctes : le préfixe SCV, pour Status Civitatis Vaticanae. La plaque SCV 1 est réservée au véhicule du pape, tandis que les véhicules privés enregistrés dans l’État utilisent généralement le préfixe CV.
Ainsi, derrière ses dimensions réduites se cache un État doté d’une identité administrative, diplomatique et symbolique bien affirmée. Petit par la taille, le Vatican est loin de passer inaperçu.
Quelques chiffres sur le Soleil
Le Soleil est une immense sphère de gaz chaud composée d'hydrogène (≈74% de sa masse) et d'hélium (≈25% de sa masse), tous deux à l'état de plasma. Il contient également ≈1% d'éléments plus lourds comme l'oxygène, le carbone, le fer, le néon et le silicium. Au cœur de son noyau, où la température dépasse 15 millions de degrés, la fusion nucléaire transforme continuellement l'hydrogène en hélium, ce qui libère l'énergie immense qui fait rayonner le Soleil.
Le Soleil perd environ 5,8 millions de tonnes de masse chaque seconde : 620 millions de tonnes d'hydrogène se transforme en 615,7 millions de tonnes d'hélium, la différence étant convertie en énergie tandis que 1,5 million de tonnes s'échappent par le vent solaire, un flux permanent de particules chargées qui part de la couronne vers l'espace. Sur ses 4,6 milliards d'années d'existence, l'étoile perd ainsi environ 0,05% de sa masse totale - environ 100 Terres -, une perte énorme en valeur absolue mais négligeable relativement à sa masse actuelle de 1,99 × 10³⁰ kg.
Les photons émis par le Soleil mettent environ 8 minutes 20 secondes pour atteindre la Terre, ce qui correspond au temps nécessaire pour parcourir les 150 millions de kilomètres que séparent les deux astres à la vitesse de la lumière. Cependant, si l'on considère le photon depuis sa création dans le cœur du Soleil par fusion nucléaire, il errerait pendant des dizaines de milliers d'années avant de réussir à traverser l'intérieur solaire et à s'échapper vers l'espace, où son voyage jusqu'à la Terre ne prend alors plus que quelques minutes.
La photo, cette oeuvre créée par une machine
En 1839, la photographie débarque et bouleverse le monde de l’art. Certains peintres, comme Delacroix, y voient d’abord un outil précieux. D’autres, plus inquiets, prédisent la fin de la peinture.
La tension monte en 1859, lorsque les photographes exposent à côté des peintres au Salon. Pour beaucoup d’artistes académiques, c’est un scandale : comment une image produite par une machine peut-elle rivaliser avec une œuvre peinte à la main ?
Charles Baudelaire s’emporte dans son Salon de 1859. Il qualifie la photo d’« industrie triviale » et réclame qu’elle reste la « très humble servante de la peinture ». En 1862, une pétition signée par Ingres et d’autres grands noms tente même d’empêcher toute reconnaissance artistique de la photographie.
Le débat s’envenime autour du droit d’auteur. Les photographes réclament la même protection que les peintres pour leurs œuvres. Mais les tribunaux hésitent : une image produite mécaniquement mérite-t-elle le statut d’œuvre d’art ? En 1862, lors du procès opposant les photographes Mayer et Pierson, la question divise. Certains juges estiment que la photo relève de l’industrie, pas de l’art. D’autres, plus progressistes, reconnaissent la part de création du photographe dans le choix du cadrage, de la lumière et du sujet.
Finalement, la peinture ne meurt pas. Elle se réinvente. Libérée du réalisme, elle explore l’impressionnisme, puis l’abstraction. La photo, elle, gagne peu à peu ses galeries et ses musées, et finit par obtenir la reconnaissance juridique et artistique qu’elle revendique.
Aujourd’hui, peintres et photographes exposent côte à côte. La querelle est close. Peut-être y a-t-il un enseignement à retirer de cette histoire au sujet de l'IA générative. Si le débat est trop vif aujourd'hui, il est probable que le temps fera son oeuvre.
Le vrai ketchup d’avant la tomate
Quand on dit « ketchup », on pense aussitôt à une sauce rouge, sucrée et épaisse, servie avec des frites. Pourtant, avant 1812, le ketchup n’a rien à voir avec cela.
À l’origine, le mot vient du chinois ké-tsiap, une sauce de poisson fermenté dans de la saumure, épicée, proche du nuoc-mâm. Des marins britanniques la découvrent en Asie du Sud-Est entre la fin du XVIIᵉ et le début du XVIIIᵉ siècle, puis la rapportent en Angleterre. Sur place, on garde l’idée d’une sauce savoureuse, très salée et aromatique, mais on remplace le poisson par des ingrédients locaux : champignons, anchois, huîtres, noix, bière…
La version la plus courante avant 1812 est le mushroom ketchup. Il sert de condiment et d’assaisonnement pour viandes, poissons et sauces, un peu comme un Worcestershire très concentré. Une recette typique, inspirée de Hannah Glasse (1758), utilise des champignons bien mûrs, beaucoup de sel, du gingembre, du poivre, du macis et des clous de girofle. On laisse macérer les champignons dans le sel, on extrait le jus, on le filtre, on le fait bouillir avec des épices, puis on le met en bouteilles avec encore plus d’aromates. Résultat : une sauce liquide, foncée, très parfumée, qui se conserve des années.
On trouve aussi des ketchups à base d’anchois, d’huîtres, de noix, ou même de bière et champignons, certains censés tenir vingt ans en cave. Tous sont très salés, très épicés, et utilisés comme assaisonnement plutôt que comme sauce à tremper.
La grande rupture arrive en 1812, quand l’Américain James Mease publie la première recette de tomato ketchup. Il transpose le concept de ketchup à la tomate, ouvrant la voie au condiment moderne. Mais avant lui, le vrai ketchup est une sauce sombre, liquide et savoureuse, bien loin de la bouteille rouge que nous connaissons aujourd’hui.

Comment le ketchup est devenu le nuoc mam des Américains
Assassinat de Jean Jaurès
Le 31 juillet 1914, Jean Jaurès, figure majeure du socialisme français et grand défenseur de la paix, est assassiné à Paris par Raoul Villain. Son meurtrier est identifié immédiatement, et Villain ne nie jamais son geste.
Le choc est immense, mais l’épilogue judiciaire l’est tout autant : en 1919, Raoul Villain est acquitté. Le verdict est alors justifié dans un climat de patriotisme d’après-guerre, comme si le crime pouvait être relu à travers la tension nationale de l’époque.
La blessure est encore aggravée par le sort réservé à la veuve de Jaurès : elle est condamnée aux dépens et à verser un franc symbolique de dommages et intérêts. Pour beaucoup, c’est une double injustice, car la famille du disparu se retrouve en quelque sorte sanctionnée après l’assassinat.
Après son acquittement, Raoul Villain vit dans l’ombre, change d’identité, s’éloigne de la France et finit par s’installer à Ibiza. Il meurt en 1936, tué durant les troubles de la guerre civile espagnole.
La dame en noir de la banque d’Angleterre
L’histoire la plus célèbre liée à la banque d'Angleterre est celle de Sarah Whitehead, parfois appelée « the Black Nun » ou « the Old Lady of Threadneedle Street » dans les versions populaires. Son frère, employé de banque ou commis lié à la Banque, aurait été accusé de falsification de titres (ou de fraude) et exécuté à la fin du XVIIIᵉ ou au début du XIXᵉ siècle. Déséquilibrée par ce drame, Sarah se serait présentée chaque jour à la Banque pour demander où était son frère, habillée de deuil, en noir de la tête aux pieds.
La légende raconte que, pour mettre fin au scandale, la Banque lui aurait versé une rente à condition qu’elle cesse de venir, mais que son esprit n’aurait jamais accepté le compromis. Depuis, son fantôme en robe noire hanterait encore les abords de la Banque la nuit, demandant à des passants où est son frère. Beaucoup de récits de fantômes londoniens mentionnent encore cette « Dame en noir » comme l’un des esprits emblématiques de la City.
Un Schmiss pour un bon mariage
Un Schmiss est une cicatrice faciale distinctive que portent les étudiants allemands et autrichiens lors des duels traditionnels appelés Mensur, organisés au sein des corporations étudiantes. Ces affrontements à l’épée, où les participants restent immobiles face à la lame adverse, visent délibérément le visage pour marquer la peau d’une balafre visible, suturée sans anesthésie afin qu’elle reste saillante. Symbole de bravoure et de maîtrise de soi, le Schmiss témoigne du courage face à la douleur et de l’appartenance à une élite universitaire et sociale.
Les hommes arborant un Schmiss jouissent d’un prestige matrimonial élevé dans la société germanique des XIX-XXème siècles, car cette marque prouve leur sang-froid, leur intrépidité et leur réseau influent au sein des fraternités. Considérés comme des partis idéaux, ils attirent les familles en quête d’un gendre énergique, promis à une carrière militaire ou industrielle brillante. Bien que la pratique décline après 1930, le Schmiss conserve une aura de virilité et de statut social supérieur.
Sandy Island, l’île fantôme
En 1876, un baleinier signale une terre ou des récifs au nord-ouest de la Nouvelle-Calédonie. Elle est nommée Sandy Island mais il semble que ce soit une île fantôme. Cette information se propage dans les atlas et bases de données cartographiques pendant plus d’un siècle.
Des scientifiques et explorateurs remarquent l’anomalie au XXIème siècle : l’île apparaît sur Google Earth et d’autres cartes numériques, mais personne ne la retrouve lors des passages en mer. En 2008, le service hydrographique français conclut à son inexistence, et en 2012, une expédition australienne confirme que des fonds marins de 1 400 mètres occupent l’endroit, effaçant définitivement Sandy Island des cartes modernes.
Cette affaire illustre comment une simple erreur initiale d’un navire peut se perpétuer par simple recopiage cartographique, même à l’ère des satellites.
« Garrulité » ?
La garrulité, cette envie irrésistible de parler sans s'arrêter, ce bavardage incessant qui envahit les conversations comme un torrent joyeux mais parfois agaçant. La garrulité touche ceux qui ne peuvent s'empêcher de gazouiller des mots, un peu comme des oiseaux en pleine saison des amours, remplissant l'air de leur loquacité débordante.
D'origine latine, avec garrulus signifiant « bavard » et garrire pour « babiller », ce mot entre en français au XVème siècle et évoque d'abord le chant des geais. Brillat-Savarin, dans sa Physiologie du goût, s'excuse avec humour : « quand je conte, je tombe un peu dans la garrulité », humanisant ce défaut en une faiblesse charmante du narrateur passionné.