Je soutiens le projet

24 SEPTEMBRE

Aujourd’hui à la une

Les célébrations notables

Bonne fête aux Thècle

Jour de la châtaigne le 3 vendémiaire

Journée mondiale de Bollywood
Journée mondiale des rivières

Les évènements notables

1991 – Sortie de l’album Nevermind du groupe Nirvana

Le 24 septembre 1991 sort Nevermind, le deuxième album du groupe américain Nirvana. Porté par le titre Smells Like Teen Spirit, il propulse le mouvement grunge sur la scène mondiale et devient un symbole de la génération des années 1990. Avec plus de 30 millions d’exemplaires vendus, il reste l’un des albums les plus influents de l’histoire du rock… lire l’article

1957 – Les “Neuf de Little Rock” effectuent leur rentrée protégés par la 101e division aéroportée

Le 24 septembre 1957, neuf lycéens afro-américains intègrent le lycée Central High à Little Rock, Arkansas, malgré l’opposition violente des ségrégationnistes. Le président Eisenhower envoie la 101e division aéroportée pour les protéger, marquant une étape cruciale dans la lutte pour les droits civiques et la déségrégation scolaire aux États-Unis… lire l’article

1952 – Disparition du sous-marin La Sibylle

Le 24 septembre 1952, le sous-marin français La Sibylle, un ex-sous-marin britannique acquis après la guerre, disparaît mystérieusement au large de Toulon avec 47 marins à bord. Jamais retrouvé, ce drame naval reste une énigme et rappelle les dangers des sous-marins en pleine Guerre froide.

1906 – La Devils Tower devient le premier monument national des États-Unis

Le 24 septembre 1906, le président Theodore Roosevelt signe le décret proclamant la Devils Tower, dans le Wyoming, premier monument national des États-Unis. Ce monolithe impressionnant, sacré pour les tribus amérindiennes, devient un site naturel et culturel majeur, symbole de la préservation du patrimoine par le gouvernement fédéral.

1888 – Lancement du Gymnote, 1er sous-marin torpilleur à moteur électrique opérationnel français

Le 24 septembre 1888, la France lance le Gymnote, premier sous-marin torpilleur fonctionnant grâce à un moteur électrique. Conçu par Gustave Zédé et Henri Dupuy de Lôme, il représente une avancée technologique majeure dans la guerre navale. Bien que limité, il préfigure les futurs sous-marins modernes.

1877 – Couronnement de Pōmare V comme roi de Tahiti

Le 24 septembre 1877, Pōmare V est couronné roi de Tahiti, succédant à sa mère Pōmare IV. Son règne, marqué par l’influence croissante de la France, s’achève en 1880 lorsqu’il abdique en faveur de la République française. Tahiti devient alors une colonie française, intégrée aux Établissements français d’Océanie… lire l’article

1869 – Scandale Fisk-Gould à la Bourse de New York

Le 24 septembre 1869, les financiers Jay Gould et James Fisk tentent de manipuler le marché de l’or, provoquant un krach connu sous le nom de « Black Friday ». La panique financière ruine de nombreux investisseurs et illustre les excès de la spéculation non régulée à l’époque de l’essor capitaliste américain.

1853 – La Nouvelle-Calédonie est proclamée colonie française

Le 24 septembre 1853, le contre-amiral Febvrier-Despointes prend possession de la Nouvelle-Calédonie au nom de la France. L’archipel devient colonie française et, quelques années plus tard, l’un des lieux principaux du bagne. Ce rattachement entraîne aussi la marginalisation des populations kanak.

1789 – Martin Heinrich Klaproth présente sa découverte de l’uranium

Le 24 septembre 1789, le chimiste allemand Martin Heinrich Klaproth annonce la découverte d’un nouvel élément, l’uranium, isolé à partir du minerai de pechblende. Il lui donne ce nom en référence à la planète Uranus, découverte peu avant. Cet élément deviendra essentiel au XXe siècle dans la production d’énergie nucléaire et l’armement.

1724 – Création de la Bourse de Paris

Le 24 septembre 1724, le régent Philippe d’Orléans fonde officiellement la Bourse de Paris afin de centraliser les échanges financiers. Installée rue Vivienne, elle contribue à la structuration du marché des capitaux en France. Cette institution, devenue Euronext Paris, reste au cœur de la finance européenne.

1572 – Le dernier héritier inca, Túpac Amaru, est décapité

Le 24 septembre 1572, Túpac Amaru, dernier héritier de la dynastie inca, est capturé puis exécuté par décapitation à Cuzco sur ordre du vice-roi espagnol du Pérou. Sa mort marque la fin officielle de la résistance inca organisée contre la conquête espagnole. Il deviendra une figure symbolique des luttes indigènes en Amérique latine.

Les naissances et décès notables

2006 – Naissance de Paul Seixas, coureur cycliste français
1990 – Naissance de Izïa Higelin, chanteuse française
1936 – Naissance de James Maury « Jim » Henson, marionnettiste américain (The Muppet Show, Fraggle Rock, Dark Crystal)
1896 – Naissance de Elsa Triolet, femme de lettres française, résistante

2004 – Décès de Françoise Sagan (Françoise Quoirez), romancière française
1834 – Décès de Pierre Ier, empereur du Brésil de 1822 à 1831 et régent du Portugal de 1832 à 1834
1435 – Décès de Isabeau de Bavière, reine de France, veuve de Charles VI et mère de Charles VII
768 – Décès de Pépin le Bref, roi des Francs de 751 à 768



Un peu de bonne humeur

3ème guerre mondiale

😏 Dites-vous qu'après la fin de la 3ème guerre mondiale, vous aurez droit à un jour férié supplémentaire.
😉 Alors, toujours anxieux !?

 

Il ne se plaint jamais

😯 C’est bizarre, tu ne te plains jamais.

😏 Bah oui, quand je suis né, j’étais à poil, chauve, sans dent, je chialais et j’étais incontinent, donc tout ce qui m’arrive depuis n’est que du bonus.

Incendie de whisky de Dublin

Le 18 juin 1875, un gigantesque incendie se déclare dans un entrepôt de whisky de la distillerie Malone rue Ardee à Dublin, libérant des milliers de litres d’alcool enflammé qui se déversent dans les rues et les égouts environnants. Les flammes se propagent le long des ruisseaux de whisky jusqu’à la rivière Liffey, qui prend elle-même feu sur plusieurs centaines de mètres. Cet embrasement spectaculaire, visible depuis toute la ville, cause d’importants dégâts matériels mais, fait remarquable, ne fait aucune victime humaine directe, plusieurs riverains ayant préféré boire le whisky répandu plutôt que de fuir. Par la suite, 24 hospitalisations dues à une intoxication alcoolique sont tout de même notées, dont 13 entraînant des décès.

Lien vers la page

Savais-tu ?

Le zoroastrisme

Le zoroastrisme, ou mazdéisme, est l’une des plus anciennes religions encore pratiquées au monde. Il naît dans le monde iranien et repose sur l’enseignement du prophète Zarathoustra, connu en grec sous le nom de Zoroastre. Ses fidèles vénèrent Ahura Mazda, le « Seigneur Sage », créateur et garant de l’ordre du monde.

La religion oppose le bien et le mal : d’un côté la vérité, la lumière et la justice ; de l’autre le mensonge, le chaos et les forces du mal. L’homme choisit son camp par ses pensées, ses paroles et ses actes. Sa devise résume tout : bonnes pensées, bonnes paroles, bonnes actions.

Le feu occupe une place centrale dans les temples zoroastriens, où une flamme brûle en permanence. Il ne fait pas l’objet d’un culte : il symbolise la pureté, la vérité et la présence lumineuse d’Ahura Mazda.

Les textes sacrés se rassemblent dans l’Avesta. Les Gathas, hymnes attribués à Zarathoustra, en forment le cœur le plus ancien. Mais l’Avesta que nous connaissons aujourd’hui n’est qu’un vestige : sur les vingt et un livres recensés à l’époque sassanide, une grande partie a disparu. Il subsiste surtout le Yasna, les Gathas, les Yashts, le Vendidad et des prières quotidiennes.

Religion dominante de la Perse antique avant la conquête arabo-musulmane, le zoroastrisme survit aujourd’hui en Iran et chez les Parsis d’Inde. Il laisse aussi une trace profonde dans les religions de la région, notamment par ses idées de jugement après la mort, de résurrection et de triomphe final du bien.

Lien vers la page

Astuce

Glaçons à la plancha

Après la cuisson, laissez la plancha légèrement chaude (plus tiède que brûlante), jetez quelques glaçons sur la surface puis poussez la glace fondue et les résidus avec une spatule en bois ou une raclette vers le bac à graisse — la vapeur et le choc thermique ramollissent et décollent la graisse sans frotter.

Lien vers la page

Un instant en ce bas monde

Photo de Kiro Wang - Pexels

Le smartphone fait click - un son minuscule, presque ridicule - et voilà que l’instant, encore anodin, se trouve expédié on ne sait trop où, dans quelque nuage invisible où s’entassent déjà des milliards de souvenirs pixelisés.

Autour, les amis suspendent leur souffle : certains par tendresse, d’autres par lassitude, tous vaguement conscients qu’ils viennent d’être aspirés dans une composition dont ils ne maîtrisent ni le cadre ni la destination. les inconnus, eux, s’en emparent sans vergogne : ils likent, ils commentent, ils interprètent - souvent à côté, parfois avec aplomb.

Pendant ce temps, dans les coulisses, les algorithmes s’éveillent comme une nuée d’insectes zélés : ils classent, ils trient, ils propulsent, décidant en une fraction de seconde si cette photo mérite l’oubli discret ou la célébrité tapageuse.

Et la toile s’agite, bruisse, s’emballe ; le moindre sourire devient sujet d’analyse, le moindre détail, matière à débat. bientôt, le landerneau numérique s’échauffe : on disserte, on juge, on s’indigne - ou pire, on applaudit.

Tout ça pour quoi ? Pour un simple click. une image capturée à la volée, devenue vacarme collectif. preuve, s’il en fallait, qu’à l’ère moderne, il ne faut parfois presque rien pour faire beaucoup de bruit.

Déjà, une autre main se lève, un autre téléphone se braque, prêt à recommencer - comme si le silence numérique lui-même était devenu suspect...

Lien vers la page

Espace lecture

La main d’écorché – Guy de Maupassant

En février 1875, un jeune homme de 25 ans signe « Joseph Prunier » dans les pages d’un modeste almanach lorrain. Derrière ce pseudonyme se cache Guy de Maupassant, qui publie là sa toute première nouvelle : La Main d’écorché. Le texte paraît dans L’Almanach lorrain de Pont-à-Mousson, grâce à l’entremise d’un ami, Léon Fontaine, dont le cousin dirige la publication. Maupassant teste ainsi sa plume sans engager son nom, comme s’il voulait voir si ses mots tiennent debout hors de son cercle habituel.

L’histoire met en scène une main humaine desséchée, trophée macabre arraché à un criminel supplicié. L’objet, à la fois curiosité et malédiction, s’anime dans la nuit et laisse derrière lui terreur et folie. Sans dévoiler l’intrigue, on peut dire que Maupassant y installe déjà son univers : l’angoisse sourde, le détail qui trouble, et cette frontière fragile entre raison et surnaturel. Cette nouvelle reste un petit bijou d’efficacité : quelques pages, une atmosphère lourde, et une chute qui hante. Pour qui aime le fantastique du XIXᵉ siècle, voilà une porte d’entrée idéale vers l'univers d'un jeune écrivain futur maître de la nouvelle française.

La main d'écorché

Il y a huit mois environ, un de mes amis, Louis R., avait réuni, un soir, quelques camarades de collège ; nous buvions du punch et nous fumions en causant littérature, peinture, et en racontant, de temps à autre, quelques joyeusetés, ainsi que cela se pratique dans les réunions de jeunes gens. Tout à coup la porte s’ouvre toute grande et un de mes bons amis d’enfance entre comme un ouragan. « Devinez d’où je viens », s’écria-t-il aussitôt. — « Je parie pour Mabille », répond l’un, — « Non, tu es trop gai, tu viens d’emprunter de l’argent, d’enterrer ton oncle, ou de mettre ta montre chez ma tante », reprend un autre ; « Tu viens de te griser, riposte un troisième, et comme tu as senti le punch chez Louis, tu es monté pour recommencer. » — « Vous n’y êtes point, je viens de P… en Normandie, où j’ai été passer huit jours et d’où je rapporte un grand criminel de mes amis que je vous demande la permission de vous présenter. » À ces mots, il tira de sa poche une main d’écorché ; cette main était affreuse, noire, sèche, très longue et comme crispée, les muscles, d’une force extraordinaire, étaient retenus à l’intérieur et à l’extérieur par une lanière de peau parcheminée, les ongles jaunes, étroits, étaient restés au bout des doigts ; tout cela sentait le scélérat d’une lieue. « Figurez-vous, dit mon ami, qu’on vendait l’autre jour les défroques d’un vieux sorcier bien connu dans toute la contrée ; il allait au sabbat tous les samedis sur un manche à balai, pratiquait la magie blanche et noire, donnait aux vaches du lait bleu et leur faisait porter la queue comme celle du compagnon de saint Antoine. Toujours est-il que ce vieux gredin avait une grande affection pour cette main, qui, disait-il, était celle d’un célèbre criminel supplicié en 1736, pour avoir jeté, la tête la première, dans un puits sa femme légitime, en quoi faisant je trouve qu’il n’avait pas tort, puis pendu au clocher de l’église le curé qui l’avait marié. Après ce double exploit, il était allé courir le monde et dans sa carrière aussi courte que bien remplie, il avait détroussé douze voyageurs, enfumé une vingtaine de moines dans leur couvent et fait un sérail d’un monastère de religieuses. » — « Mais que vas-tu faire de cette horreur ? » nous écriâmes-nous. — « Eh parbleu, j’en ferai mon bouton de sonnette pour effrayer mes créanciers. » — « Mon ami, dit Henri Smith, un grand Anglais très flegmatique, je crois que cette main est tout simplement de la viande indienne conservée par un procédé nouveau, je te conseille d’en faire du bouillon. » — « Ne raillez pas, Messieurs, reprit avec le plus grand sang-froid un étudiant en médecine aux trois quarts gris, et toi, Pierre, si j’ai un conseil à te donner, fais enterrer chrétiennement ce débris humain, de crainte que son propriétaire ne vienne te le redemander ; et puis, elle a peut-être pris de mauvaises habitudes cette main, car tu sais le proverbe : « Qui a tué tuera. » — « Et qui a bu boira », reprit l’amphitryon ; là-dessus il versa à l’étudiant un grand verre de punch, l’autre l’avala d’un seul trait et tomba ivre-mort sous la table. Cette sortie fut accueillie par des rires formidables, et Pierre élevant son verre et saluant la main : « Je bois, dit-il, à la prochaine visite de ton maître », puis on parla d’autre chose et chacun rentra chez soi.

Le lendemain, comme je passais devant sa porte, j’entrai chez lui, il était environ deux heures, je le trouvai lisant et fumant. « Eh bien, comment vas-tu ? » lui dis-je. — « Très bien », me répondit-il. — « Et ta main ? » — « Ma main, tu as dû la voir à ma sonnette où je l’ai mise hier soir en rentrant, mais à ce propos figure-toi qu’un imbécile quelconque, sans doute pour me faire une mauvaise farce, est venu carillonner à ma porte vers minuit ; j’ai demandé qui était là, mais comme personne ne me répondait, je me suis recouché et rendormi. »

En ce moment, on sonna, c’était le propriétaire, personnage grossier et fort impertinent. Il entra sans saluer. « Monsieur, dit-il à mon ami, je vous prie d’enlever immédiatement la charogne que vous avez pendue à votre cordon de sonnette, sans quoi je me verrai forcé de vous donner congé. » — « Monsieur, reprit Pierre avec beaucoup de gravité, vous insultez une main qui ne le mérite pas, sachez qu’elle a appartenu à un homme fort bien élevé. » Le propriétaire tourna les talons et sortit comme il était entré. Pierre le suivit, décrocha sa main et l’attacha à la sonnette pendue dans son alcôve. — Cela vaut mieux, dit-il, cette main, comme le « Frère, il faut mourir » des Trappistes, me donnera des pensées sérieuses tous les soirs en m’endormant. Au bout d’une heure je le quittai et je rentrai à mon domicile.

Je dormis mal la nuit suivante, j’étais agité, nerveux ; plusieurs fois je me réveillai en sursaut, un moment même je me figurai qu’un homme s’était introduit chez moi et je me levai pour regarder dans mes armoires et sous mon lit ; enfin, vers 6 heures du matin, comme je commençais à m’assoupir, un coup violent frappé à ma porte, me fit sauter du lit ; c’était le domestique de mon ami, à peine vêtu, pâle et tremblant. « Ah monsieur ! s’écria-t-il en sanglotant, mon pauvre maître qu’on a assassiné. » Je m’habillai à la hâte et je courus chez Pierre. La maison était pleine de monde, on discutait, on s’agitait, c’était un mouvement incessant, chacun pérorait, racontait et commentait l’événement de toutes les façons. Je parvins à grand-peine jusqu’à la chambre, la porte était gardée, je me nommai, on me laissa entrer. Quatre agents de la police étaient debout au milieu, un carnet à la main, ils examinaient, se parlaient bas de temps en temps et écrivaient ; deux docteurs causaient près du lit sur lequel Pierre était étendu sans connaissance. Il n’était pas mort, mais il avait un aspect effrayant. Ses yeux démesurément ouverts, ses prunelles dilatées semblaient regarder fixement avec une indicible épouvante une chose horrible et inconnue, ses doigts étaient crispés, son corps, à partir du menton, était recouvert d’un drap que je soulevai. Il portait au cou les marques de cinq doigts qui s’étaient profondément enfoncés dans la chair, quelques gouttes de sang maculaient sa chemise. En ce moment une chose me frappa, je regardai par hasard la sonnette de son alcôve, la main d’écorché n’y était plus. Les médecins l’avaient sans doute enlevée pour ne point impressionner les personnes qui entreraient dans la chambre du blessé, car cette main était vraiment affreuse. Je ne m’informai point de ce qu’elle était devenue.

Je coupe maintenant, dans un journal du lendemain, le récit du crime avec tous les détails que la police a pu se procurer. Voici ce qu’on y lisait :

« Un attentat horrible a été commis hier sur la personne d’un jeune homme, M. Pierre B…, étudiant en droit, qui appartient à une des meilleures familles de Normandie. Ce jeune homme était rentré chez lui vers 10 heures du soir, il renvoya son domestique, le sieur Bouvin, en lui disant qu’il était fatigué et qu’il allait se mettre au lit. Vers minuit, cet homme fut réveillé tout à coup par la sonnette de son maître qu’on agitait avec fureur. Il eut peur, alluma une lumière et attendit ; la sonnette se tut environ une minute, puis reprit avec une telle force que le domestique, éperdu de terreur, se précipita hors de sa chambre et alla réveiller le concierge, ce dernier courut avertir la police et, au bout d’un quart d’heure environ, deux agents enfonçaient la porte.

« Un spectacle horrible s’offrit à leurs yeux, les meubles étaient renversés, tout indiquait qu’une lutte terrible avait eu lieu entre la victime et le malfaiteur. Au milieu de la chambre, sur le dos, les membres raides, la face livide et les yeux effroyablement dilatés, le jeune Pierre B… gisait sans mouvement ; il portait au cou les empreintes profondes de cinq doigts. Le rapport du docteur Bourdeau, appelé immédiatement, dit que l’agresseur devait être doué d’une force prodigieuse et avoir une main extraordinairement maigre et nerveuse, car les doigts qui ont laissé dans le cou comme cinq trous de balle s’étaient presque rejoints à travers les chairs. Rien ne peut faire soupçonner le mobile du crime, ni quel peut en être l’auteur. »

On lisait le lendemain dans le même journal :

« M. Pierre B…, la victime de l’effroyable attentat que nous racontions hier, a repris connaissance après deux heures de soins assidus donnés par M. le docteur Bourdeau. Sa vie n’est pas en danger, mais on craint fortement pour sa raison ; on n’a aucune trace du coupable. »

En effet, mon pauvre ami était fou ; pendant sept mois, j’allai le voir tous les jours à l’hospice, mais il ne recouvra pas une lueur de raison. Dans son délire, il lui échappait des paroles étranges et, comme tous les fous, il avait une idée fixe, et se croyait toujours poursuivi par un spectre. Un jour, on vint me chercher en toute hâte en me disant qu’il allait plus mal, je le trouvai à l’agonie. Pendant deux heures, il resta fort calme, puis tout à coup, se dressant sur son lit malgré nos efforts, il s’écria en agitant les bras et comme en proie à une épouvantable terreur : « Prends-la ! prends-la ! Il m’étrangle, au secours, au secours ! » Il fit deux fois le tour de la chambre en hurlant, puis il tomba mort, la face contre terre.

Comme il était orphelin, je fus chargé de conduire son corps au petit village de P… en Normandie, où ses parents étaient enterrés. C’est de ce même village qu’il venait, le soir où il nous avait trouvés buvant du punch chez Louis R. et où il nous avait présenté sa main d’écorché. Son corps fut enfermé dans un cercueil de plomb, et quatre jours après, je me promenais tristement avec le vieux curé qui lui avait donné ses premières leçons, dans le petit cimetière où l’on creusait sa tombe. Il faisait un temps magnifique, le ciel tout bleu ruisselait de lumière ; les oiseaux chantaient dans les ronces du talus, où, bien des fois, enfants tous deux, nous étions venus manger des mûres. Il me semblait encore le voir se faufiler le long de la haie et se glisser par le petit trou que je connaissais bien, là-bas, tout au bout du terrain où l’on enterre les pauvres, puis nous revenions à la maison, les joues et les lèvres noires de jus des fruits que nous avions mangés ; et je regardai les ronces, elles étaient couvertes de mûres, machinalement j’en pris une, et je la portai à ma bouche ; le curé avait ouvert son bréviaire et marmottait tout bas ses oremus, et j’entendais au bout de l’allée la bêche des fossoyeurs qui creusaient la tombe. Tout à coup, ils nous appelèrent, le curé ferma son livre et nous allâmes voir ce qu’ils nous voulaient. Ils avaient trouvé un cercueil. D’un coup de pioche, ils firent sauter le couvercle et nous aperçûmes un squelette démesurément long, couché sur le dos, qui de son œil creux semblait encore nous regarder et nous défier ; j’éprouvai un malaise, je ne sais pourquoi, j’eus presque peur. « Tiens ! s’écria un des hommes, regardez donc, le gredin a un poignet coupé, voilà sa main. » Et il ramassa à côté du corps une grande main desséchée qu’il nous présenta. « Dis donc, fit l’autre en riant, on dirait qu’il te regarde et qu’il va te sauter à la gorge pour que tu lui rendes sa main. » — « Allons mes amis, dit le curé, laissez les morts en paix et refermez ce cercueil, nous creuserons autre part la tombe de ce pauvre Monsieur Pierre. »

Le lendemain tout était fini et je reprenais la route de Paris après avoir laissé 50 francs au vieux curé pour dire des messes pour le repos de l’âme de celui dont nous avions ainsi troublé la sépulture.

Lien vers la page