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L’éclipse de Thalès

Deux armées s’affrontent depuis des années, l’air vibre sous les cris et le choc des armes. Soudain, en plein jour, le soleil disparaît. La nuit tombe en quelques secondes. Les soldats lèvent les yeux, stupéfaits. Et là, au lieu de continuer à se battre, ils posent les armes.

C’est exactement ce que raconte l’historien Hérodote à propos de la bataille de l’Halys, en Anatolie, le 28 mai 585 av. J.-C. Mèdes contre Lydiens : six ans de guerre, la bataille est indécise, puis, tout à coup, « le jour devient la nuit ». Les deux camps y voient un signe des dieux et décident immédiatement de faire la paix. On appelle cet événement la « bataille de l’Éclipse ».

Le plus étonnant, c’est que, selon Hérodote, ce phénomène n’est pas totalement une surprise. Thalès de Milet, philosophe et savant grec, aurait prévenu les Ioniens qu’une éclipse se produirait cette année-là.
Si le récit est exact, c’est la plus ancienne éclipse solaire connue comme ayant été annoncée à l’avance.

Les calculs astronomiques modernes confirment qu’une éclipse totale de Soleil a bien eu lieu le 28 mai 585 av. J.-C., avec une bande d’ombre passant sur l’ouest de l’Anatolie, là où se déroule la bataille. Reste une petite part de mystère : à cette époque, on connaît surtout le cycle des éclipses lunaires, mais prédire une éclipse solaire totale visible en un lieu précis est beaucoup plus difficile.

Beaucoup d’historiens pensent donc que Thalès a plutôt annoncé une période à risque, en s’appuyant sur des observations et des cycles connus, plutôt qu’une prédiction ultra-précise au sens moderne. Mais n’empêche : un philosophe qui lit le ciel, le jour qui se transforme en nuit, deux ennemis qui décident enfin de discuter… voilà bien un évènement remarquable digne d’être évoqué dans cet almanach.