
John Haberle
National Gallery of Art
Peinte en 1887, Imitation de John Haberle est l’un des chefs-d’œuvre du trompe-l’œil américain. Sur une planche de bois clair, l’artiste dispose quelques objets du quotidien : un billet d’un dollar, une pièce de cinquante cents, une photographie, une coupure de journal et, au centre, une petite étiquette portant le titre du tableau – « Imitation » – comme pour nous mettre sur la piste.
Tout est peint à l’huile sur toile, mais avec une précision quasi microscopique : les bords déchirés du papier qui se soulèvent légèrement, les ombres portées, les fines hachures du billet imitant la gravure, jusqu’à la signature « J. HABERLE / NEW HAVEN, CT. / 1887 » qui semble gravée dans le bois. Haberle, formé à la gravure, n’hésite pas à gratter la peinture avec une aiguille pour reproduire les traits de la monnaie et donner un léger relief aux papiers, comme s’ils avaient été collés.
Lorsqu’elle est exposée à la National Academy of Design en 1887, l’œuvre fait sensation : certains critiques sont convaincus que le peintre a réellement collé un vrai billet sur la toile, puis l’a partiellement effacé avec des acides pour ne laisser que l’encre du motif. Haberle devra se rendre à Chicago pour exiger un examen minutieux du tableau et prouver qu’il s’agit bien… d’une imitation.
Le titre lui-même est un jeu de mots : chaque élément est une « imitation » (d’un billet, d’une photo, d’une coupure), et le tableau tout entier est une imitation de la réalité. Une leçon d’humilité pour le spectateur, invité à douter de ce qu’il voit – et à admirer la virtuosité d’un artiste qui fait de la tromperie un art.