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La tradition des étrennes

Chaque hiver, entre la mi-décembre et la mi-janvier, s’ouvre la période des étrennes — un moment où l’on exprime sa reconnaissance envers ceux qui nous rendent service tout au long de l’année : le facteur, la concierge, les éboueurs ou encore les pompiers. Une enveloppe glissée avec un sourire, un petit geste qui perpétue une tradition vieille de plusieurs siècles.

Le mot « étrennes » trouve son origine dans le latin strena, signifiant « présage » ou « signe favorable ». À l’origine, il s’agissait d’un cadeau offert lors d’un jour de fête, censé porter bonheur à celui qui le recevait. Cette idée du don comme augure de prospérité est indissociable de la déesse Strenia (ou Strena), figure romaine du renouveau et du bien-être. Un bois sacré lui était consacré à Rome, près du Colisée, au début de la Via Sacra. Selon la légende, le roi sabin Titus Tatius inaugurait chaque nouvelle année en offrant à ses proches des rameaux de verveine cueillis dans ce bois. Ce simple geste symbolique serait l’embryon de la coutume des étrennes.

Avec le temps, la pratique s’enracine dans la vie quotidienne de Rome, traversant les classes sociales et les siècles. Sous l’Empire, elle devient un usage partagé par tous, du citoyen au sénateur. Le Moyen Âge, toutefois, voit l’Église tenter d’éradiquer cette coutume jugée trop païenne. Puis, à la Révolution française, l’Assemblée constituante y met officiellement fin pour les agents de l’État, estimant qu’elle s’apparente à une forme de corruption. Mais les traditions populaires sont tenaces : loin de disparaître, les étrennes changent simplement de visage.

À l’époque moderne, elles se recentrent sur les métiers du quotidien, devenant un signe de reconnaissance civique plus que sociale. Si la pratique s’est quelque peu essoufflée avec le temps — notamment en raison du contexte économique —, elle demeure un vestige bienveillant d’un lointain rituel romain : celui du souhait de bonheur, transmis par un geste de générosité.