Le 30 avril 1993, à Hambourg, le tennis mondial bascule dans l’horreur. Monica Seles, 19 ans, alors numéro un incontestée, est poignardée dans le dos par un spectateur lors d’un quart de finale. Günter Parche, un Allemand de 38 ans, fan obsessionnel de Steffi Graf, vient de commettre l’impensable : attaquer une athlète en plein match pour « rendre » sa couronne à son idole.
Avant l’agression, Monica Seles révolutionne le tennis féminin. Professionnelle à 15 ans en 1989, elle remporte son premier titre WTA la même année à Houston et accède au top 10 mondial après un parcours remarqué à Roland-Garros. En 1990, à 16 ans et demi, elle devient la plus jeune lauréate de l’histoire du tournoi parisien, battant Graf en finale. Frappes à deux mains (coup droit et revers), cris stridents et puissance inédite : son style, qualifié de « boxing tennis », pulvérise les codes. Numéro 1 mondiale en 1991 à 17 ans, elle collectionne huit titres du Grand Chelem avant ses 20 ans, trustant l’Open d’Australie, Roland-Garros et l’US Open entre 1991 et 1993. Invaincue en Grand Chelem depuis 1991, elle domine Graf grâce à une agressivité tactique : prise de balle précoce, angles improbables et accélérations fulgurantes.
Ce jour-là , Seles mène 6-4, 4-3 face à Magdalena Maleeva lorsqu’elle s’assoit au changement de côté. Parche surgit des gradins, un couteau de cuisine à la main, et plante la lame entre ses omoplates. La blessure, superficielle, masque un traumatisme bien plus profond. La prodige yougoslave, qui dominait le circuit avec huit titres du Grand Chelem en trois ans, sombre dans une dépression de 28 mois.
Son retour en août 1995, après une convalescence marquée par l’isolement, stupéfie le monde sportif. À Toronto, elle écrase ses adversaires sans perdre un set, avant d’échouer en finale de l’US Open face à Graf. En 1996, elle remporte un neuvième Grand Chelem à Melbourne, mais ne retrouve jamais son hégémonie.
Parche, lui, écope de deux ans de prison avec sursis et de soins psychiatriques. Décédé en 2022, ce chômeur au profil instable devient le symbole des dérives du fanatisme sportif. L’affaire entraîne un renforcement drastique de la sécurité dans les enceintes, avec un contrôle accru des spectateurs.
Aujourd’hui, Seles, 51 ans, vit loin des projecteurs en Floride aux côtés de Tom Golisano, milliardaire américain. Elle écrit des romans jeunesse, soutient des œuvres caritatives contre les troubles alimentaires et apparaît ponctuellement lors d’exhibitions. Son héritage ? Un palmarès tronqué par la folie d’un inconnu, et une carrière qui rappelle que les courts de tennis ne sont pas à l’abri de la démence humaine.
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