À Tokyo, il est fréquent de chercher une adresse sans jamais trouver de nom de rue. Ce n’est pas un oubli : la plupart des voies n’en ont tout simplement pas. Au Japon, on ne localise pas un lieu par la rue, mais par le bloc où il se trouve.
Une adresse japonaise se lit comme un entonnoir : on part de la préfecture, puis de la ville, du quartier, du district (chōme), avant d’arriver au numéro du bloc et enfin au numéro du bâtiment. La rue n’est qu’un espace entre deux blocs ; elle n’a pas besoin d’un nom pour permettre de trouver une porte.
Cette organisation vient d’une longue tradition. Autrefois, on se repère grâce à des repères visibles : temples, marchés, rivières, palais ou quartiers connus. Lorsque le Japon modernise son système postal au XXᵉ siècle, il conserve cette logique du territoire découpé en blocs, plutôt que d’imposer des noms de voies à l’européenne.
Le résultat surprend souvent les visiteurs. Une grande avenue peut porter un nom pour la circulation ou le tourisme, mais ce nom ne figure pas dans l’adresse. Pour s’orienter, les Tokyoïtes utilisent les plans affichés aux sorties de gare, les postes de police de proximité, les enseignes et les repères du quartier — aujourd’hui aidés, bien sûr, par les applications de navigation.