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6 ADOS NAUFRAGÉS RETROUVÉS SUR L’ÎLE DE ‘ATA 📆 11 septembre 1966

Le 11 septembre 1966, le capitaine australien Peter Warner aperçoit une fumée au-dessus de l’île de ʻAta, réputée déserte. En s’approchant, son équipage découvre six adolescents tongiens qui survivent là depuis quinze mois, après avoir dérivé en mer à la suite d’une tempête.

Un départ sans boussole

En juin 1965, Sione Fataua, Fatai Stephen, Kolo Fekitoa, David Fifita, Luke Veikoso et Mano Totau quittent leur pensionnat de Nukuʻalofa, aux Tonga. Âgés de 15 à 17 ans, ils volent un petit bateau de pêche et espèrent rejoindre les Fidji, voire la Nouvelle-Zélande.

Mais ils ne possèdent ni cartes, ni boussole, ni réserves suffisantes. Dès la première nuit, une tempête brise le mât et emporte les voiles. Pendant huit jours, les six garçons dérivent sous le soleil, affamés et assoiffés, avant d’apercevoir ʻAta. Ils abandonnent alors le bateau et nagent jusqu’à la côte.

Survivre sur une île déserte

Sur cette île volcanique inhabitée, les adolescents trouvent d’abord poissons, œufs d’oiseaux, noix de coco et eau de pluie. Puis ils découvrent les vestiges de Kolomaile, un ancien village abandonné au XIXe siècle. Ils y récoltent des plants de taro, des bananes et des poulets redevenus sauvages.

Ils s’organisent en binômes pour cultiver, cuisiner, pêcher et monter la garde. Le feu, allumé par friction, reste constamment entretenu : il sert à cuisiner, se réchauffer et signaler leur présence. Pourtant, quatre navires passent près de l’île sans les apercevoir.

Leur vie ne se réduit pas à la survie. Ils construisent un terrain de badminton, une salle de musculation improvisée et même une guitare avec des débris métalliques et une demi-noix de coco. Le soir, ils chantent, prient et tiennent un journal de bord.

A l’opposé de Sa Majesté des mouches

Les tensions existent, mais les garçons inventent une règle simple : celui qui se met en colère doit s’isoler de l’autre côté de l’île, puis revenir s’excuser. Le groupe discute ensuite calmement pour apaiser le conflit.

Lorsque Stephen se casse la jambe en tombant d’un rocher, ses compagnons le soignent avec des méthodes de médecine traditionnelle tongienne. Après plusieurs mois, il guérit. Cette histoire contraste fortement avec Sa Majesté des mouches de William Golding : ici, la coopération l’emporte sur la violence.

Le sauvetage

Le 11 septembre 1966, Peter Warner cherche de nouveaux fonds de pêche au crabe lorsqu’il voit de la fumée sur ʻAta. Son équipage entend bientôt des cris. Un adolescent saute dans l’eau et nage vers le bateau ; les autres sont secourus à leur tour.

À Nukuʻalofa, les familles les croient morts depuis longtemps : des funérailles ont même été célébrées. Mais la joie des retrouvailles tourne court, car le propriétaire du bateau volé fait emprisonner les six jeunes. Peter Warner vend alors les droits de leur histoire à une chaîne de télévision australienne pour 12 000 dollars, rembourse le bateau et obtient leur libération.

Postérité

L’histoire des « naufragés de ʻAta » devient mondialement connue dans les années 2020, notamment grâce à l’historien Rutger Bregman et son livre Humankind: A Hopeful History, qui la présente comme une réponse optimiste au roman de Golding. Mais ce récit, souvent raconté du point de vue du capitaine australien, suscite aussi des critiques : des voix tongiennes rappellent que l’histoire appartient d’abord aux survivants et à leur culture.

Au-delà du sensationnalisme, leur aventure montre surtout une chose : face à l’isolement, à la faim et à la peur, ces six adolescents choisissent la coopération, la discipline et l’entraide.