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DOUBLE MEURTRE CRAPULEUX À ANGERS 📆 8 fĂ©vrier 1582

À Angers, le 8 fĂ©vrier 1582, un double assassinat crapuleux ensanglante les abords de l’hĂŽtel PincĂ©, dans la paroisse Saint-Maurille. Ce crime sordide, survenu en pleine pĂ©riode des guerres de Religion qui dĂ©chirent le royaume, met en lumiĂšre la dĂ©bauche et la cupiditĂ© d’un Ă©tudiant dĂ©voyĂ©, Lancelot Johane, dont la vie dissolue Ă  travers les cabarets et les amours illicites trahit les mƓurs corrompues d’une Ă©poque troublĂ©e. Les murs sĂ©culaires de la citĂ© angevine, habituellement tĂ©moins de querelles confessionnelles, rĂ©sonnent cette fois des Ă©chos d’un forfait domestique d’une rare violence, oĂč l’or et la luxure prĂ©sident au massacre.

Un crime odieux

Jeudi 8 fĂ©vrier 1582, alors que la nuit tombe vers vingt heures sur les ruelles sombres d’Angers, Lancelot Johane, Ă©tudiant en droit originaire d’Alençon et dĂ©bauchĂ© depuis sept ou huit ans dans les bas-fonds de la ville, s’introduit subrepticement avec son serviteur Marin Modhuy dans la maison de demoiselle Jehanne Jouaneaux, dite de La Chauffecire. SƓur de sa maĂźtresse Urbaine Blanchet, surnommĂ©e Champeaux, la victime accueille peut-ĂȘtre ces visiteurs nocturnes sans mĂ©fiance, ignorant le destin funeste qui l’attend ; bientĂŽt, elle et sa servante, jeune femme d’environ vingt-cinq ans, gisent massacrĂ©es dans une mare de sang, tandis que le chien fidĂšle de la maison agonise Ă©gorgĂ© dans l’Ăątre.

Les assassins, mĂ©thodiques, enveloppent les corps sans vie dans une couette de plume, les prĂ©cipitent dans les latrines nausĂ©abondes pour dissimuler leur Ɠuvre, puis pillent sans vergogne les coffres : or, bijoux Ă©tincelants, vaisselle d’argent ciselĂ©e, linges fins et douze habits somptueux de soie ou velours disparaissent dans leurs sacs. Ils referment enfin la porte comme si de rien n’Ă©tait, laissant la maison scellĂ©e dans un silence de mort.

De viles mobiles

CupiditĂ© vorace et passions adultĂšres dĂ©bridĂ©es guident ces scĂ©lĂ©rats dans leur forfait impie. Lancelot Johane, adonnĂ© corps et Ăąme Ă  la voluptĂ© avec Champeaux durant ces annĂ©es de vagabondage, trouve en ces temps de guerres de Religion le terreau idĂ©al pour ses dĂ©rives ; le vol constitue le mobile direct et palpable, motivĂ© par la rapine d’un butin opulent qui devait assurer leur fuite ou leur luxe Ă©phĂ©mĂšre.

Pourtant, des ombres plus sombres planent : rumeurs de complot familial, dettes cachĂ©es ou chantage liĂ© Ă  la liaison illicite ; les aveux ultĂ©rieurs du serviteur dĂ©signent Champeaux comme instigatrice, suggĂ©rant qu’elle a peut-ĂȘtre ourdi le piĂšge pour Ă©liminer une sƓur gĂȘnante et s’approprier les biens, transformant ainsi un adultĂšre banal en tragĂ©die sanglante.

Une découverte macabre

La maison obstinĂ©ment close Ă©veille les soupçons d’un closier vigilant, locataire ou voisin attentif, qui, inquiet de l’absence prolongĂ©e de rĂ©ponse aux coups frappĂ©s Ă  la porte, alerte sans tarder la sƓur de la victime et le procureur du roi, autoritĂ© zĂ©lĂ©e en ces heures incertaines. Le magistrat, prudent, diffĂšre l’ouverture jusqu’au dimanche matin, vers huit-neuf heures, lorsque l’on force enfin l’entrĂ©e sur un spectacle d’horreur absolue : les corps putrĂ©fiĂ©s Ă©mergent des latrines, enveloppĂ©s dans leur linceul de couette souillĂ©e, tandis que les coffres bĂ©ants attestent du saccage.

Un closier dĂ©signe, dans le contexte historique français de l’Ancien RĂ©gime (notamment en Anjou, Touraine et Ouest), un modeste fermier ou locataire qui exploite une petite terre close entourĂ©e de haies ou de murs, souvent avec un bail rural et un cheptel rĂ©duit, par opposition au laboureur plus prospĂšre. Dans cette affaire, la position de ce voisin en tant que locataire ou gardien d’un clos adjacent le place au cƓur de l’enquĂȘte.

Le commissaire lance immĂ©diatement ses archers sur les traces des fuyards ; le valet Marin Modhuy, alourdi par le butin volĂ©, est pistĂ© et apprĂ©hendĂ© Ă  ChĂąteau-Gontier, non loin d’Angers, alors qu’il tente de s’Ă©vanouir dans la nature. De retour dans la citĂ©, les enquĂȘteurs surprennent Lancelot Johane Ă  l’hĂŽtellerie des Trois-Maries, prĂȘt Ă  seller son cheval pour rejoindre son complice ; la suspicion flagrante scelle son sort, et on l’arrĂȘte sur-le-champ dans une rafle expĂ©ditive.

Un chĂątiment exemplaire

Samedi 17 fĂ©vrier, Ă  peine neuf jours aprĂšs le crime, le procĂšs bĂąillon se tient dans la fiĂšvre d’une justice royale intransigeante, rĂ©vĂ©lant pleinement la culpabilitĂ© des assassins par confessions arrachĂ©es et preuves irrĂ©futables. Marin Modhuy, valet subalterne mais complice actif, monte aux halles centrales d’Angers, condamnĂ© Ă  la pendaison haute et courte ; au faĂźte de la potence, alors que la corde se resserre autour de son cou, il hurle sa derniĂšre accusation, dĂ©signant publiquement Champeaux, dĂ©jĂ  prisonniĂšre, comme la cause maudite de leur damnation et l’instigateur occulte du double meurtre.

Lancelot Johane, cerveau du crime et auteur principal, subit le supplice suprĂȘme : rompu vif sur la roue dressĂ©e en place publique, Ă©cartelĂ© Ă  grands coups de barres de fer qui brisent ses membres un Ă  un dans un craquement sinistre, il expie ainsi sous les yeux mĂ©dusĂ©s de la foule angevine le double meurtre crapuleux et le sacrilĂšge du vol. Justice expĂ©ditive et exemplaire, propre Ă  rĂ©tablir l’ordre moral dans un Angers Ă©branlĂ© par tant de barbarie domestique.

Un procĂšs bĂąillon dĂ©signe une procĂ©dure judiciaire abusive en droit français moderne, intentĂ©e par une entitĂ© puissante pour intimider et faire taire un adversaire, souvent un journaliste ou un militant. Cette tactique, inspirĂ©e du SLAPP anglo-saxon, exploite des plaintes en diffamation sans fondement rĂ©el afin d’Ă©puiser financiĂšrement la cible et de censurer le dĂ©bat public sur des enjeux majeurs.

Dans le contexte historique du XVIe siĂšcle, comme pour cette affaire, l’expression Ă©voque un jugement expĂ©ditif et sommaire, rendu en neuf jours avec confessions rapides et exĂ©cutions immĂ©diates. Typique des juridictions royales pendant les guerres de Religion, cette justice bĂąclĂ©e privilĂ©gie la rapiditĂ© sur le formalisme, contrairement au sens contemporain d’intimidation stratĂ©gique.



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