Le 18 janvier 1949, Charles Ponzi sâĂ©teint dans un hĂŽpital de charitĂ© pour indigents Ă Rio de Janeiro, terrassĂ© par une hĂ©morragie cĂ©rĂ©brale aprĂšs une longue agonie physique et morale. Affaibli par une crise cardiaque dĂšs 1941, presque aveugle en 1948 et paralysĂ© dâun cĂŽtĂ©, il finit ses jours dans la misĂšre la plus crue, avec seulement quelques dizaines de dollars en poche. Un contraste saisissant avec les millions quâil avait manipulĂ©s jadis.
NĂ© Carlo Pietro Giovanni Guglielmo Tebaldo Ponzi le 3 mars 1882 Ă Lugo, une petite ville dâĂmilie-Romagne en Italie, il grandit dans un milieu modeste qui nourrit son rĂȘve amĂ©ricain. Ă 21 ans, en 1903, il embarque pour les Ătats-Unis, portĂ© par lâespoir dâune vie meilleure, mais atterrit vite dans la prĂ©caritĂ© : laveur de vaisselle, cueilleur de citrons, employĂ© de banque. La dĂ©linquance lâattire tĂŽt : en 1909, au Canada, il falsifie un chĂšque de 423 dollars et Ă©cope de trois ans de prison, dont il sort aprĂšs 20 mois. Ă peine libre, en 1910, il tente dâintroduire illĂ©galement des immigrants italiens aux Ătats-Unis et prend deux ans Ă Atlanta, libĂ©rĂ© en 1912. Ces coups durs lui forgent un caractĂšre rusĂ©, le voilĂ prĂȘt pour lâascension.
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Lâillusion pyramidale
à Boston en 1919, Ponzi invente son coup de maßtre : il vante un arbitrage génial sur les coupons-réponse internationaux, ces timbres prépayés pour le courrier commercial, promettant 50% de rendement en 45 jours, doublé en 90. La magie opÚre ; les victimes affluent, 40 000 investisseurs injectent 15 millions de dollars en quelques mois, transformant cet Italien au bagout en idole locale. Il mÚne grand train : costume sur mesure, limousine, roses à profusion pour sa femme Rose.
Mais le secret ? Les « intĂ©rĂȘts » des pionniers sortent des poches des nouveaux venus, une chaĂźne infernale sans fondement rĂ©el. Lâeuphorie culmine jusquâau crash de 1920 : les retraits massifs percent la bulle, rĂ©vĂ©lant le gouffre. Cette « cavalerie financiĂšre » sâeffondre alors comme un chĂąteau de cartes.
La cascade de condamnations
La justice frappe fort : en 1920, cinq ans fĂ©dĂ©raux pour fraude postale, purgĂ©s en trois ans et demi. Puis, au Massachusetts, sept Ă neuf ans Ă Charlestown pour escroquerie ; en 1926, un an supplĂ©mentaire en Floride pour une arnaque immobiliĂšre foireuse. ExpulsĂ© vers lâItalie en 1934, il y retrouve Mussolini qui, impressionnĂ© par son culot, le nomme consultant en import-export pour lâĂthiopie.
Mais Ponzi rate Ă nouveau le coche : soupçons de fraude, brĂšve arrestation, faillite dâune affaire de textile Ă Rome. DĂ©sabusĂ©, il fuit en 1941 vers le BrĂ©sil, oĂč la prĂ©caritĂ© lâengloutit. Le voilĂ traducteur freelance, vendeur de hot-dogs sur la plage, plume pour une autobiographie ignorĂ©e.
La chute dans lâoubli
Ă Rio, la dĂ©crĂ©pitude sâinstalle : infarctus en 1941, cĂ©citĂ© quasi-totale en 1948, paralysie aprĂšs lâhĂ©morragie fatale. RuinĂ©, isolĂ©, enterrĂ© anonymement dans une fosse commune, Ponzi achĂšve son odyssĂ©e en ombre de lui-mĂȘme. Cet Italien charismatique, dont le nom colle Ă jamais aux fraudes pyramidales, illustre tragiquement comment lâambition dĂ©vorante mĂšne Ă lâabĂźme.
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