Le 2 avril 1982, l’armée argentine envahit les îles Malouines, déclenchant un conflit armé contre le Royaume-Uni. Cette opération, baptisée « Opération Rosario », voit environ 5 000 soldats argentins débarquer à Port Stanley, rebaptisée Puerto Argentino, et prendre le contrôle rapide de l’archipel après une résistance symbolique du gouverneur britannique Rex Hunt.
Menée par la junte militaire dirigée par Leopoldo Galtieri, cette action vise non seulement à affirmer la souveraineté argentine sur les îles – considérées comme les Malvinas depuis l’indépendance – mais aussi à redorer le blason d’un régime fragilisé par une grave crise économique, des scandales de corruption et une répression interne contre les opposants. Galtieri annonce la « libération » lors d’un discours triomphal à Buenos Aires, espérant un regain de popularité, tandis que Margaret Thatcher, Premier ministre britannique, réagit avec fermeté, mobilisant immédiatement une task force navale pour reconquérir les territoires.
Histoire des Malouines
Les Européens repèrent les îles dès 1520 avec l’équipage de Magellan, puis en 1526 par Esteban Gómez, sous l’égide du traité de Tordesillas qui les attribue à l’Espagne. Ce traité de 1494, signé entre Portugal et Espagne, divise le Nouveau Monde et place les Malouines dans la zone espagnole, bien que leur localisation exacte reste floue à l’époque. Des navigateurs successifs, comme John Davis en 1592, Richard Hawkins en 1593 ou Sebald Van Weert vers 1600, les mentionnent et leur donnent des noms variés – telles les « îles Sebald » –, mais sans y établir de présence durable, les considérant comme un repaire inhospitalier pour les phoques et les navires en perdition.
En 1690, John Strong leur donne le nom de Falkland Islands. Ce nom honore le vicomte Falkland, trésorier de la Royal Navy, lors d’une expédition britannique cherchant un passage vers le Pacifique. La première colonie permanente émerge en 1764 lorsque Louis-Antoine de Bougainville, au nom de la France, fonde Port-Saint-Louis-du-Sud avec 150 colons ; deux ans plus tard, en 1766, les Britanniques s’installent à Port Egmont à l’ouest de l’île principale. Cette cohabitation fragile s’effrite : les Espagnols, revendiquant l’héritage colonial, rachetent la colonie française en 1767 et chassent les Britanniques en 1770 après un incident naval, rebaptisant le site Puerto de la Soledad.
Après l’indépendance argentine en 1816, Buenos Aires revendique les îles et y installe un gouverneur en 1820, mais les Britanniques les occupent définitivement en 1833. L’Argentine, successeur des vice-royautés espagnoles, envoie le colonel David Jewett pour hisser le pavillon en 1820, suivi d’une petite colonie mixte. En 1833, une frégate britannique expulse la garnison argentine et rétablit le contrôle permanent, justifié par une présence historique et l’absence de population indigène stable. Les tensions persistent tout au long du XIXème siècle, culminant avec l’invasion argentine du 2 avril 1982 – repoussée après 74 jours de combats – et un référendum en 2013 où 99,8% des insulaires votent pour rester britanniques, confirmant le statu quo malgré les revendications argentines persistantes.
Déroulement de la guerre
La guerre dure du 2 avril au 14 juin 1982 et se déroule en phases distinctes. L’invasion argentine rapide prend Port Stanley avec 5 000 soldats des forces spéciales et régulières, ainsi que la Géorgie du Sud le 3 avril ; la résistance britannique se limite à quelques dizaines de Royal Marines, évacués ensuite par hélicoptère. Buenos Aires sous-estime la réaction de Londres, comptant sur une négociation diplomatique plutôt qu’une reconquête militaire.
Margaret Thatcher envoie une task force de 28 000 hommes et 100 navires, couvrant 13 000 km. Cette armada exceptionnelle, partie d’Angleterre fin avril, inclut les porte-avions HMS Hermes et Invincible, des destroyers, sous-marins et 80 avions ; elle arrive près des îles début mai malgré la distance et le froid austral. L’escalade navale marque des tournants tragiques : le 2 mai, le sous-marin nucléaire HMS Conqueror torpille le croiseur argentin General Belgrano au large, tuant 323 marins et coulant le navire (premier combat naval d’un sous-marin contre un bâtiment de surface depuis 1945) ; en riposte, un missile Exocet lancé par un Super Étendard argentin coule le destroyer Sheffield le 4 mai, causant 20 morts.
Les débarquements à San Carlos le 21 mai précèdent des combats terrestres intenses. Surnommée « D-Day des Malouines », cette opération amphibie voit 4 000 Britanniques s’emparer d’une tête de pont malgré des attaques aériennes argentines dévastatrices (huit navires touchés). Goose Green tombe les 28-29 mai après une bataille acharnée (17 morts britanniques), puis les assauts finaux autour de Port Stanley – mont Longdon (2 Para), Two Sisters, Harriet et Tumbledown (11-14 juin) – brisent les lignes argentines mal préparées. La capitulation argentine survient le 14 juin : 649 morts côté argentin contre 258 britanniques, 11 000 prisonniers.
Réactions internationales
L’ONU condamne l’invasion via la résolution 502 le 3 avril, exigeant le retrait argentin. Adoptée à 10 voix contre 0 (abstentions de l’URSS, Chine, Guinée équatoriale ; vote contre du Panama), cette résolution inédite qualifie l’occupation de « rupture de la paix » et appelle à un cessez-le-feu. Une résolution 505 le 26 mai renforce l’appel à la négociation, mais reste lettre morte face à la détermination britannique.
Les États-Unis, après une médiation ratée d’Alexander Haig, soutiennent le Royaume-Uni avec renseignements et armes. Washington, lié à Buenos Aires par l’antenne anti-submarine et à Londres par l’OTAN, penche pour Thatcher dès le 30 avril : satellites, carburant en temps réel, missiles Sidewinder et AIM-9L sont fournis, malgré les réticences initiales de Reagan face à un allié anticommuniste latino. La France de Mitterrand joue un rôle décisif : elle bloque les livraisons d’Exocet à l’Argentine, autorise l’usage de Dakar comme base aérienne et entraîne des pilotes Harrier britanniques.
L’Amérique latine, via l’OEA, soutient l’Argentine, tandis que le Commonwealth et l’OTAN se rangent derrière Thatcher. L’Organisation des États américains adopte des résolutions condamnant l' »agression britannique » et affirmant la légitimité des Malvinas, avec un embargo symbolique. Le Commonwealth (Canada, Australie…) et l’OTAN apportent un soutien logistique et diplomatique ; l’URSS reste neutre, vendant discrètement du grain à l’Argentine, tandis que les non-alignés évitent de s’engager fermement pour Buenos Aires.